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Recensement : Ignorer la Question sur les Origines Parentales ?

Alors que le recensement annuel commence, plusieurs organisations appellent à laisser délibérément vide une question précise : le pays de naissance de vos parents. Pourquoi cette fronde inhabituelle ? Quels risques cache cette donnée apparemment anodine ? La réponse pourrait vous surprendre…

Imaginez un instant : vous ouvrez le questionnaire du recensement annuel, ce document administratif que la plupart d’entre nous remplissent par devoir civique, presque machinalement. Et soudain, une ligne vous interpelle. Une simple question, apparemment banale : « Quel est le pays de naissance de votre père ? De votre mère ? ». Rien de bien méchant, direz-vous. Et pourtant, pour certains, cette interrogation innocente cache quelque chose de beaucoup plus inquiétant.

Depuis quelques jours, une polémique discrète mais tenace enfle autour de cette fameuse question. Des organisations historiques de défense des droits humains et des syndicats appellent ouvertement les citoyens à ne pas y répondre. Un acte de désobéissance civile très symbolique qui soulève des questions profondes sur notre rapport à l’identité, aux statistiques et à la République.

Une question facultative… mais hautement symbolique

Précisons d’emblée un point essentiel : la question sur le pays de naissance des parents reste facultative. Personne ne peut être sanctionné pour avoir laissé ces cases vides. Alors pourquoi tant d’émotion autour de quelques lignes qu’on peut ignorer sans conséquence ?

Pour les opposants, la réponse est claire : même facultative, cette question véhicule une vision essentialiste de l’individu. Elle ramène la personne à ses origines familiales plutôt qu’à sa citoyenneté présente. Elle suggère implicitement qu’une partie de l’identité échappe à la communauté nationale et reste ancrée ailleurs.

Les arguments des organisations opposées

Les critiques les plus virulentes avancent plusieurs griefs :

  • Cette donnée ne sert pas réellement à lutter contre les discriminations
  • Elle contribue à stigmatiser certaines populations
  • Elle alimente des stéréotypes et des préjugés tenaces
  • Elle risque d’être utilisée à des fins autres que celles officiellement déclarées

Le raisonnement est le suivant : connaître la répartition géographique des origines parentales à l’échelle nationale ne permettrait pas de mieux cibler les actions contre les discriminations. Pire, cette information pourrait être récupérée par des acteurs mal intentionnés pour dresser des cartes ethniques ou alimenter des discours différentialistes.

« Plutôt que de ranger les gens dans des cases d’origine, concentrons-nous sur l’égalité réelle des droits et des chances ici et maintenant. »

Cette phrase résume assez bien l’état d’esprit des signataires de l’appel au boycott. Pour eux, la vraie question n’est pas « d’où viennent tes parents ? » mais « vis-tu vraiment à égalité avec les autres citoyens ? ».

Et si la question servait vraiment à quelque chose ?

Les défenseurs d’une statistique plus fine sur les origines avancent eux aussi des arguments sérieux. Selon eux, ignorer volontairement cette dimension revient à se priver d’outils de connaissance précieux pour :

  1. Comprendre les trajectoires d’intégration sur plusieurs générations
  2. Mesurer l’ampleur réelle des phénomènes de discrimination systémique
  3. Évaluer l’efficacité des politiques publiques d’intégration
  4. Identifier des territoires ou des groupes particulièrement vulnérables
  5. Alimenter le débat public avec des données objectives plutôt qu’avec des impressions

Ils rappellent que de nombreux pays européens (Suède, Royaume-Uni, Pays-Bas…) collectent ce type d’information depuis longtemps sans que cela mène à des dérives autoritaires ou à une explosion des discriminations.

La singularité française : l’impossible statistique ethnique

La France est l’un des très rares pays occidentaux à interdire officiellement la collecte de données ethniques ou religieuses dans les statistiques publiques. Ce principe, inscrit dans la loi de 1978 sur l’informatique et les libertés, est considéré par beaucoup comme un rempart contre le retour des classifications raciales.

Mais ce choix philosophique a un coût : il rend très difficile l’observation fine des inégalités qui pourraient être liées à l’origine migratoire sur plusieurs générations. Comment prouver scientifiquement l’existence d’une discrimination si l’on refuse de regarder la variable potentiellement discriminante ?

Ce paradoxe explique en grande partie la récurrence du débat autour de cette fameuse question du recensement.

Historique d’une question qui dérange depuis longtemps

Il faut savoir que la question sur le pays de naissance des parents n’est pas nouvelle. Elle apparaît et disparaît des questionnaires selon les époques et les sensibilités politiques.

Dans les années 1990 déjà, des polémiques similaires avaient éclaté. À chaque fois, les mêmes arguments reviennent : danger de fichage, risque de stigmatisation, inutilité pour l’action publique.

Pourtant, la question réapparaît régulièrement, signe que la demande d’information plus précise ne disparaît jamais complètement des radars des statisticiens et des décideurs.

Que faire concrètement face à cette question ?

Vous avez plusieurs possibilités lorsque vous arrivez à cette fameuse ligne :

  • Répondre honnêtement
  • Laisser vide (solution prônée par les organisations signataires)
  • Écrire « France » même si ce n’est pas exact (solution de provocation choisie par certains)
  • Écrire un message politique dans la marge (pratique observée lors des précédentes éditions)

Chacune de ces attitudes dit quelque chose de notre rapport à l’État, à l’identité et à la transparence statistique.

Les implications pour le débat public français

Au-delà du cas particulier de cette question, c’est toute la place des statistiques ethniques dans une démocratie qui est en jeu. Peut-on vraiment lutter contre les discriminations sans les nommer ? Peut-on parler sérieusement d’intégration sans mesurer ses résultats sur plusieurs générations ?

La question divise profondément la classe politique, les intellectuels et la société civile. D’un côté ceux qui estiment que la République doit rester aveugle aux origines pour rester fidèle à son idéal universaliste. De l’autre, ceux qui considèrent que cet aveuglement volontaire empêche de voir les inégalités réelles et donc de les corriger efficacement.

Vers une sortie de l’impasse ?

Certaines voix proposent aujourd’hui des voies médianes : autoriser la collecte de données sur le pays de naissance des parents (voire des grands-parents) mais avec des garanties très fortes sur l’anonymat et l’usage exclusif à des fins statistiques et de lutte contre les discriminations.

D’autres plaident pour des enquêtes spécifiques ponctuelles plutôt que pour une collecte systématique dans le recensement général.

Aucune de ces solutions ne fait consensus pour l’instant. Le statu quo perdure donc, avec son cortège de frustrations de part et d’autre.

Conclusion : un choix intime et politique

Quand vous remplirez (ou non) cette fameuse question sur le pays de naissance de vos parents, vous ferez plus qu’un simple choix administratif. Vous prendrez position, consciemment ou non, dans un débat qui travaille la société française depuis des décennies : comment concilier l’exigence d’égalité républicaine avec la réalité des trajectoires migratoires et des discriminations qui en découlent parfois ?

Une petite case à remplir… ou à laisser vide. Mais derrière cette apparente banalité se cache l’une des questions les plus sensibles de notre époque.

Et vous, qu’allez-vous faire ?

À retenir : La question reste facultative. Choisir d’y répondre ou non relève d’un acte réfléchi qui engage notre vision de la République, de l’égalité et de la transparence statistique.

Quoi qu’il en soit, le débat ne fait que commencer et promet encore de nombreux développements dans les mois et les années à venir.

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