Uvira repasse sous contrôle des forces congolaises
La nouvelle a circulé rapidement : l’armée congolaise, appuyée par des milices locales alliées, a rétabli son autorité sur Uvira. Ce retour s’est effectué dans un climat tendu, avec des scènes contrastées entre joie populaire et incidents regrettables. Les habitants, longtemps sous tension, ont exprimé un soulagement palpable à la vue des troupes loyalistes.
Ce regain de contrôle intervient après plusieurs semaines d’occupation par le groupe armé M23, soutenu par des intérêts extérieurs. La ville, qui compte plusieurs centaines de milliers d’habitants, représente un enjeu majeur en raison de sa position frontalière et de son accès au lac Tanganyika. Sa reprise marque une victoire symbolique pour Kinshasa dans un contexte où les avancées rebelles avaient semé le doute sur la capacité des forces régulières à tenir le terrain.
Le contexte de l’offensive rebelle
Tout commence début décembre, lorsque le M23 lance une opération rapide dans la province du Sud-Kivu. Profitant d’un moment de fragilité, les combattants s’emparent d’Uvira sans résistance majeure. Cette prise survient paradoxalement peu après la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, sous médiation américaine. L’ironie est flagrante : alors que les dirigeants s’engagent à apaiser les tensions, la violence reprend de plus belle sur le terrain.
Le M23, qui se présente comme défenseur d’une communauté spécifique, justifie son action par des menaces sécuritaires. Pourtant, cette offensive accentue les divisions ethniques et ravive les peurs dans une région déjà meurtrie par des décennies de conflits. Uvira devient alors un symbole de l’instabilité persistante, avec des habitants pris en étau entre les belligérants.
Quelques jours plus tard, les rebelles annoncent un retrait progressif, invoquant une demande internationale. Des éléments restent cependant sur place, maintenant une présence policière et militaire. Les mouvements de troupes s’observent progressivement, jusqu’à un départ plus complet observé récemment.
L’entrée des forces pro-gouvernementales
Dimanche, les miliciens wazalendo, ces groupes d’autodéfense favorables à Kinshasa, font leur apparition dans les quartiers sud de la ville. Accueillis par des acclamations dans plusieurs secteurs, ils sont suivis par des unités des forces spéciales congolaises. La population manifeste sa joie, avec des scènes de liesse qui contrastent avec les tirs sporadiques encore audibles.
Cette entrée n’est pas sans désordre. Des pillages touchent des magasins et des habitations, profitant du vide laissé par le départ rebelle. Les autorités rapportent l’interpellation d’une vingtaine de civils impliqués dans ces actes. L’armée annonce un déploiement continu pour stabiliser la situation et consolider ses positions dans la ville et ses environs.
Les FARDC poursuivent leur déploiement dans la ville d’Uvira et ses environs afin de consolider leurs positions.
Le porte-parole militaire insiste sur la nécessité de restaurer l’ordre public rapidement. Des patrouilles s’organisent, et la sécurisation des quartiers sensibles devient prioritaire.
Les positions rebelles après le retrait
Malgré le départ annoncé, les combattants du M23 ne se sont pas éloignés totalement. Positionnés sur les hauteurs dominant la ville, ils maintiennent une menace potentielle. Des sources locales évoquent des armes pointées vers Uvira, ainsi que des présences dans des localités à une quinzaine de kilomètres du centre.
Cette configuration crée une atmosphère d’incertitude. Les habitants craignent une reprise des hostilités, tandis que les autorités affirment travailler à une sécurisation durable. Le gouverneur provincial confirme que les forces loyalistes protègent notamment les zones sensibles, y compris les quartiers où résident des communautés vulnérables.
Accusations croisées et tensions communautaires
Le retrait rebelle s’accompagne d’un flot d’accusations mutuelles. Du côté du M23, on dénonce des règlements de compte et des pillages ciblant spécifiquement une communauté tutsi de l’est, les Banyamulenge. Le coordinateur politique du mouvement évoque une chasse à l’homme et des déplacements forcés.
En réponse, les autorités congolaises rejettent ces allégations, les qualifiant de tentative de victimisation. Le gouvernement accuse le M23 d’avoir déporté certains membres de cette communauté. Le gouverneur insiste sur le fait que l’armée sécurise tous les quartiers sans discrimination, y compris ceux habités par les Banyamulenge.
Ces échanges verbaux reflètent la complexité ethnique du conflit. Les Banyamulenge, souvent victimes de discriminations, se trouvent au cœur des narratifs opposés. Une partie d’entre eux avait quitté Uvira en même temps que les troupes rebelles, alimentant les craintes d’une manipulation des souffrances populaires.
Le rôle de la communauté internationale
Avant leur départ définitif, les rebelles avaient saisi la Monusco pour demander une protection de la ville. Dans une lettre datée du 11 janvier, ils plaidaient pour que l’ONU assume la sécurité d’Uvira. Cette demande reste sans suite concrète, la mission onusienne étant principalement déployée ailleurs.
Le M23 avait même proposé de placer la cité sous responsabilité internationale pleine et entière. Cette posture vise à se décharger de toute responsabilité en cas de troubles post-retrait. Les autorités congolaises y voient une tactique dilatoire.
Un conflit ancré dans trente ans de violence
L’est de la RDC subit depuis plus de trente ans une succession de guerres et d’insurrections. La résurgence du M23 fin 2021 a exacerbé les tensions, avec des prises de vastes territoires. Les conquêtes de grandes villes comme Goma et Bukavu ont marqué les esprits et déplacé des populations entières.
Uvira s’inscrit dans cette continuité. Sa position stratégique, à la frontière burundaise, en fait un point nodal pour le commerce et les mouvements de troupes. Le contrôle de la ville influence les dynamiques régionales, impliquant voisins comme le Rwanda et le Burundi.
Les accords de paix successifs peinent à s’imposer durablement. Les pressions diplomatiques, notamment américaines, ont pu influencer le retrait rebelle, mais la méfiance reste entière. Chaque avancée d’un camp est perçue comme une menace par l’autre.
Impacts humanitaires et sécuritaires immédiats
Le passage de main a provoqué des déplacements. Des civils ont fui vers des zones plus calmes ou vers le Burundi voisin. Les pillages post-retrait aggravent la précarité, avec des biens publics et privés touchés.
L’armée promet de poursuivre les déploiements pour éviter un vide sécuritaire. Des interpellations ont eu lieu pour limiter les débordements. La population espère un retour rapide à la normale, avec la réouverture des commerces et la reprise des activités quotidiennes.
Pourtant, la menace persiste. Les positions rebelles sur les hauteurs rappellent que la guerre n’est pas terminée. Les efforts de stabilisation nécessiteront une vigilance accrue et une coordination entre forces régulières et alliés locaux.
Vers une stabilisation durable ?
La reprise d’Uvira offre un espoir, mais fragile. Elle démontre que les forces gouvernementales peuvent inverser la tendance lorsque l’adversaire recule. Cependant, sans résolution des causes profondes – disputes territoriales, enjeux ethniques, ingérences extérieures –, le cycle de violence risque de se perpétuer.
Les communautés locales aspirent à la paix. Les habitants d’Uvira, après des mois de tension, veulent reconstruire. Les autorités doivent conjuguer fermeté militaire et gestes de réconciliation pour éviter de nouvelles fractures.
Ce développement récent illustre la volatilité de la région. Chaque retrait ou avancée redessine les lignes de front, influençant les négociations plus larges. La communauté internationale observe, mais son rôle reste limité face à des réalités locales complexes.
En attendant, Uvira respire à nouveau sous contrôle congolais. Les prochains jours diront si ce contrôle s’ancre ou si de nouvelles tensions émergent. L’histoire de l’est congolais enseigne la prudence : la paix se construit pas à pas, dans un équilibre précaire.









