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Ramadan 2026 au Maroc : Inondations et Précarité dans le Nord-Ouest

Dans le nord-ouest du Maroc, des familles rompent le jeûne du Ramadan 2026 sous des tentes, entourées de boue et de manque. Ahmed, Fatima et d'autres racontent leur quotidien bouleversé par les inondations. Mais jusqu'où ira cette résilience ?
Le Ramadan 2026 au Maroc : un mois sacré marqué par les inondations dévastatrices Dans un pays où le **Ramadan** est synonyme de partage, de joie familiale et de traditions ancrées depuis des générations, l’année 2026 s’annonce bien différente pour de nombreuses familles du nord-ouest. Des pluies torrentielles survenues fin janvier et début février ont provoqué des inondations massives, transformant des villages paisibles en zones sinistrées. Des milliers de personnes se retrouvent aujourd’hui loin de leurs foyers, confrontées à une réalité brutale : célébrer le mois sacré dans la précarité, loin des tables garnies et des maisons chaleureuses.

Un Ramadan sous le signe de la précarité dans les zones inondées

Les inondations exceptionnelles qui ont frappé le nord-ouest du Maroc ont bouleversé la vie quotidienne de milliers d’habitants. Des régions entières, notamment autour de Kénitra et de villages comme Ouled Amer, ont été submergées par les crues des rivières et des oueds. Ce qui devait être un exil temporaire s’est prolongé, forçant les familles à s’installer dans des camps provisoires ou à vivre dans des maisons encore inhabitables.

Pour beaucoup, le début du Ramadan coïncide avec cette période de chaos. Au lieu de préparer des repas traditionnels riches en saveurs, les habitants improvisent avec les moyens du bord. L’absence d’eau courante, d’électricité stable et de ressources financières transforme ce mois de spiritualité en une épreuve quotidienne de survie et de résilience.

La vie dans les camps provisoires : un quotidien improvisé

Dans les camps installés par les autorités, des tentes bleues alignées sur un sol encore humide abritent des familles entières. À l’approche du coucher du soleil, les préparatifs du ftour commencent. Des femmes s’affairent autour de petits réchauds, utilisant ce qu’elles ont sous la main pour confectionner un repas modeste. L’odeur de poisson grillé se répand parfois, rappelant les traditions, mais sans les ingrédients habituels.

Une fois la nuit tombée, l’électricité fait défaut. Les bougies deviennent la seule source de lumière, et les familles se rassemblent sous leur tente pour rompre le jeûne. Ces moments, qui devraient être empreints de sérénité et de convivialité, se déroulent dans une atmosphère de précarité extrême. Les distributions d’aide – un sac de riz par jour, de l’eau – permettent de tenir, mais ne suffisent pas à recréer la magie habituelle du Ramadan.

« On prépare le ftour avec les moyens du bord. »

Un habitant de 37 ans, plâtrier de profession

Cette phrase résume à elle seule la débrouillardise forcée des sinistrés. Retourner chez soi n’est pas envisageable pour tous : la boue monte encore jusqu’aux genoux dans certaines maisons, dont les murs ont été emportés par les eaux. Les estimations parlent de deux à trois mois avant un retour à une vie normale.

Les témoignages poignants des familles touchées

Ahmed, un père de famille, montre sur son téléphone des vidéos déchirantes de sa maison dévastée. La moitié des murs a disparu, emportée par la crue d’une rivière voisine. Pour lui et ses enfants, le camp reste la seule option viable. Il évoque la « débrouille » comme mode de vie temporaire, en attendant que les autorités et le temps permettent une reconstruction.

Fatima, une femme de 60 ans qui cueillait autrefois des framboises dans les champs, exprime son désarroi. Les terres agricoles sont détruites, le travail a cessé, et l’argent manque cruellement. Le Ramadan, habituellement synonyme d’abondance – pain frais, harira fumante, lait pour les enfants – devient une source d’inquiétude supplémentaire.

« Le ramadan n’a rien à voir avec ce que nous vivons d’habitude. Nous manquons de tout : de pain, de harira, même de lait. »

Une cueilleuse de framboises de 60 ans

À quelques kilomètres des camps, dans des communes comme Mograne, située à la confluence du fleuve Sébou, la situation reste critique. Les habitants marchent encore dans la boue, leurs maisons portent les marques des inondations : murs fissurés, sols détrempés. Même sous un grand soleil, les affaires restent perchées en hauteur, par peur d’une nouvelle montée des eaux.

Yamna et sa famille : un premier Ramadan hors de chez soi

Yamna, 42 ans, mère au foyer, avait passé vingt ans dans sa petite maison. Après quinze nuits au camp, elle est rentrée, mais rien n’est comme avant. Les murs menacent de s’effondrer, rendant le lieu inhabitable. Réfugiée chez des voisins, elle fond en larmes en évoquant ses deux filles malades, affaiblies par la situation.

Pour elle, le Ramadan se vit sans célébration réelle. La joie habituelle des préparatifs a disparu, remplacée par l’angoisse et la fatigue. Les maladies des enfants aggravent le quotidien, et l’absence de foyer stable pèse lourdement sur le moral.

« Nous ne célébrons pas le ramadan. J’ai deux filles qui sont actuellement souffrantes à cause de la gravité de la situation. »

Une femme de 42 ans

Ces mots illustrent la douleur profonde ressentie par ceux qui, pour la première fois, vivent ce mois sacré loin de leur maison.

Mansour et les préparatifs du couscous du vendredi

Mansour, 59 ans, agent de sécurité, tente malgré tout de préserver un semblant de tradition. Avec sa femme et leurs trois filles, il prépare le couscous du vendredi, plat emblématique du jour saint. Mais la joie d’antan a laissé place à l’inquiétude.

La maison montre des signes d’affaissement du sol, et la peur d’un effondrement plane constamment. L’épicerie familiale qu’il tenait dans une pièce est endommagée, ajoutant aux difficultés financières.

« D’habitude, il y avait de la joie quand on préparait le couscous. Aujourd’hui, ce n’est plus comme avant. Nous avons peur que la maison s’écroule sur nos têtes. »

Un agent de sécurité de 59 ans

Cette crainte permanente transforme chaque geste quotidien en source d’anxiété.

Abdelmajid : la fatigue et l’isolement au quotidien

Abdelmajid, marchand ambulant de 49 ans, cumule fatigue accumulée et désarroi. Après des nuits difficiles au camp, il constate que les produits alimentaires manquent sur le marché local, ralenti par les inondations. Préparer le ftour devient une gageure.

La boue isole les voisins, rendant les visites familiales ou amicales impossibles. Le Ramadan se vit « au jour le jour », sans perspective claire d’amélioration rapide.

« La boue empêche d’aller voir un voisin, un membre de la famille ou un ami. Cette année, nous vivons le ramadan au jour le jour. »

Un marchand ambulant de 49 ans

Ces témoignages multiples révèlent un tableau commun : une population résiliente, mais profondément affectée par la perte de repères et la précarité.

L’ampleur des inondations et leurs conséquences

Les autorités ont évacué plus de 180 000 personnes en raison des crues. Quatre décès ont été recensés. Les terres agricoles, essentielles pour la région, ont subi des dommages considérables : champs submergés, cultures détruites, bétail déplacé. Cela impacte directement les revenus des familles, déjà fragilisées.

Dans les zones touchées, la reconstruction s’annonce longue. Les routes coupées, les maisons endommagées et les infrastructures affectées compliquent le retour à la normale. Pourtant, les habitants gardent espoir, soutenus par l’aide distribuée et la solidarité communautaire.

Le Ramadan, dans ce contexte, devient un moment de solidarité accrue. Les familles partagent ce qu’elles ont, prient ensemble sous les tentes, et trouvent dans la foi la force de persévérer. Mais l’absence des rituels habituels – tables familiales garnies, échanges de visites, joie collective – laisse un vide palpable.

Vers une reconstruction progressive

Malgré la dureté de la situation, certains signes d’espoir émergent. Les pluies, bien que destructrices dans certaines zones, ont rechargé les barrages après des années de sécheresse. Mais pour les sinistrés du Ramadan 2026, l’urgence reste humaine : retrouver un toit sûr, relancer l’économie locale, et préserver les traditions spirituelles.

Les familles comme celles d’Ahmed, Fatima, Yamna, Mansour et Abdelmajid incarnent cette résilience marocaine face à l’adversité. Leur histoire rappelle que le vrai sens du Ramadan – patience, partage, foi – se manifeste parfois plus intensément dans l’épreuve que dans l’abondance.

Ce mois sacré, loin des célébrations traditionnelles, devient un témoignage vivant de solidarité et d’endurance. Les jours passent, les tentes restent dressées pour certains, mais l’espoir d’un retour à la normale persiste, porté par la communauté et la détermination collective.

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