Dans quelques semaines, les Parisiens seront appelés aux urnes pour choisir leur prochain maire. Au cœur de cette campagne déjà électrique, une annonce forte est venue bousculer le paysage politique : Rachida Dati, actuelle ministre de la Culture et candidate investie par la droite pour conquérir la mairie de Paris, a confirmé qu’elle quitterait ses fonctions gouvernementales avant le double scrutin des 15 et 22 mars.
Cette décision, bien que prévisible au regard des règles de déontologie électorale, n’en reste pas moins lourde de sens. Elle marque un tournant dans la stratégie de celle qui rêve de succéder à la maire sortante socialiste. Mais au-delà du calendrier, c’est tout un symbole qui se dessine : celui d’une femme politique confrontée à la fois à l’ambition suprême et à des enquêtes judiciaires qui continuent de planer au-dessus d’elle.
Une sortie du gouvernement annoncée, mais savamment dosée
Lors d’une intervention sur les ondes de la radio publique, Rachida Dati a levé le voile sur son calendrier personnel sans toutefois livrer tous les détails. Elle a affirmé avec force qu’elle quitterait bel et bien ses fonctions ministérielles avant le premier tour des élections municipales. Une précision toutefois : la date exacte reste pour l’instant secrète.
« Bien sûr que je quitterai le gouvernement », a-t-elle lancé, avant d’ajouter immédiatement : « je ne vais pas vous dire ici quand ». Cette retenue calculée n’est pas anodine. Elle traduit à la fois la volonté de respecter certaines règles éthiques et le souci de préserver jusqu’au bout les intérêts du ministère qu’elle dirige depuis janvier 2024.
Plusieurs acteurs du monde culturel lui auraient en effet demandé de rester en poste le plus longtemps possible afin de défendre jusqu’au bout le budget du secteur. Une requête compréhensible dans un contexte où les crédits publics sont scrutés à la loupe et où chaque euro compte.
Le délicat équilibre entre devoir ministériel et ambition électorale
Ce choix de calendrier révèle une réalité politique bien connue : la frontière entre les fonctions régaliennes et les ambitions personnelles est parfois ténue. En restant ministre le plus longtemps possible, Rachida Dati espère sans doute conserver une visibilité nationale tout en préparant activement sa campagne parisienne.
Mais ce jeu d’équilibriste n’est pas sans risque. Chaque jour passé au gouvernement après l’annonce officielle pourrait être interprété par ses adversaires comme une situation de conflit d’intérêts ou comme un manque de clarté vis-à-vis des électeurs parisiens.
« Je ne veux pas faire de débat de premier tour »
Autre élément marquant de son intervention : la candidate a clairement fermé la porte à tout débat d’entre-deux-tours au premier tour de l’élection. « Je ne veux pas faire de débat de premier tour, ça n’a pas de sens », a-t-elle tranché.
Elle préfère réserver ses forces pour un éventuel face-à-face au second tour et appelle dès à présent les Parisiens à un « vote utile » en sa faveur dès le premier tour. Une stratégie classique à droite lorsque l’on souhaite éviter la dispersion des voix et empêcher une qualification de candidats situés plus à gauche ou au centre.
Cette posture traduit aussi une forme de confiance : Rachida Dati se présente comme la seule candidate capable de rassembler largement la droite et le centre sur son nom pour faire barrage à la gauche.
Un parcours politique hors norme
À 60 ans, Rachida Dati cumule déjà plusieurs vies politiques intenses. Ancienne magistrate, elle entre dans la lumière nationale en devenant garde des Sceaux entre 2007 et 2009, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Une première pour une femme issue de l’immigration maghrébine à ce poste régalien.
Après un passage au Parlement européen, la voilà de retour au gouvernement en janvier 2024, cette fois place Beauvau de la Culture. Un portefeuille qu’elle défend avec énergie, tout en préparant depuis plusieurs mois déjà sa candidature à la mairie de Paris.
Elle est par ailleurs maire du très cossu 7ᵉ arrondissement de la capitale depuis 2008, ce qui lui confère une solide implantation locale.
La culture comme tremplin politique
Diriger le ministère de la Culture tout en briguant la mairie de Paris n’est pas anodin. La capitale reste l’une des villes les plus importantes au monde sur le plan culturel. Musées, théâtres, opéras, monuments historiques… la liste est longue.
En occupant ce poste, Rachida Dati peut légitimement prétendre avoir une vision globale et une expérience directe des grands enjeux culturels parisiens. Un argument qu’elle ne manquera pas de mettre en avant durant la campagne.
Les dossiers judiciaires qui continuent de faire polémique
Malgré cette stature politique affirmée, Rachida Dati reste rattrapée par plusieurs procédures judiciaires qui occupent régulièrement la une de l’actualité.
L’affaire Renault-Nissan
Le dossier le plus lourd concerne des faits présumés remontant aux années 2010-2012. Elle est soupçonnée d’avoir perçu indûment la somme de 900 000 euros de la part d’une filiale de l’alliance Renault-Nissan, alors dirigée par Carlos Ghosn, alors même qu’elle était députée européenne.
Le procès est fixé à Paris en septembre 2026. Les chefs de prévention sont lourds : corruption et trafic d’influence.
Face aux journalistes, l’intéressée a toujours contesté les faits avec vigueur. Elle explique avoir signé un contrat d’avocat classique avec le groupe automobile pour défendre et développer ses intérêts. « Je n’ai pas tapé dans la caisse », a-t-elle martelé lors de son intervention radiophonique.
L’enquête sur les bijoux de luxe
Un second dossier concerne cette fois la transparence de la vie publique. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) s’interroge sur la possible non-déclaration de plusieurs bijoux de valeur.
Là encore, Rachida Dati conteste formellement toute irrégularité et assure respecter l’ensemble des obligations déclaratives qui s’imposent à elle.
Comment ces affaires influencent-elles la campagne ?
Dans une campagne municipale, les questions de probité et de transparence occupent souvent une place centrale. Les électeurs parisiens, particulièrement attentifs à l’image de leur ville, seront attentifs à la façon dont la candidate gère ces dossiers.
Rachida Dati a choisi la ligne de la fermeté et de la contestation totale des faits. Reste à savoir si cette posture suffira à rassurer les électeurs ou si, au contraire, elle alimentera le doute chez certains d’entre eux.
Les grands défis d’une campagne déjà très ouverte
Conquérir la mairie de Paris n’a jamais été une mince affaire. La ville est traditionnellement ancrée à gauche, même si les rapports de force évoluent d’une élection à l’autre.
La candidate de la droite devra donc convaincre au-delà de son camp naturel. Elle mise sur plusieurs thèmes forts : sécurité, propreté, pouvoir d’achat des Parisiens, valorisation du patrimoine et rayonnement culturel de la capitale.
Le vote utile comme leitmotiv
En appelant dès maintenant au « vote utile », Rachida Dati adopte une stratégie offensive. Elle espère ainsi marginaliser les autres candidatures situées à sa droite ou au centre, et arriver en position de force au soir du premier tour.
Une tactique risquée : si elle ne parvient pas à rassembler suffisamment large dès le premier tour, elle pourrait se retrouver dans une situation difficile au second tour face à une gauche potentiellement unie.
Une femme politique sous les projecteurs
Quoi qu’il arrive, Rachida Dati reste l’une des figures les plus clivantes et les plus médiatisées de la vie politique française depuis près de vingt ans. Sa personnalité forte, son parcours atypique et ses prises de position tranchées en font une personnalité qui ne laisse personne indifférent.
Dans les semaines qui viennent, chaque déclaration, chaque déplacement et chaque annonce sera scruté avec attention. Le compte à rebours est lancé vers les municipales parisiennes, et la sortie du gouvernement de la ministre de la Culture n’est que la première étape d’un sprint final qui s’annonce intense.
À Paris, la bataille pour l’Hôtel de Ville s’annonce plus ouverte que jamais. Et au centre de l’échiquier : une femme déterminée, habituée aux combats de haute intensité, qui joue peut-être là l’une des dernières grandes cartes de sa longue carrière politique.
La suite, les Parisiens l’écriront dans les urnes, les 15 et 22 mars prochains.









