Imaginez une nuit parisienne qui commence comme tant d’autres dans les clubs branchés de la capitale, entre musique forte, rires et excès, et qui se termine par une accusation lourde de conséquences : un viol présumé. C’est précisément ce qui est au cœur de l’affaire qui occupe aujourd’hui la cour criminelle de Paris. Le rappeur Naps, figure incontournable du rap hexagonal, se retrouve au banc des accusés pour des faits remontant à l’automne 2021. Une jeune femme affirme avoir été victime d’un acte sexuel non consenti alors qu’elle était plongée dans un sommeil profond, influencé par l’alcool et d’autres substances.
Cette affaire dépasse largement le cadre d’une simple dispute nocturne. Elle soulève des questions essentielles sur le consentement, l’état de vulnérabilité et les responsabilités dans les milieux festifs où les frontières peuvent parfois s’estomper. Alors que le procès s’ouvre ce lundi, l’attention se porte sur les témoignages, les preuves matérielles et les arguments des deux parties. Tout le monde attend des réponses claires dans un dossier qui mêle célébrité, excès et gravité pénale.
Une soirée qui bascule dans le drame
Tout commence en octobre 2021, dans une boîte de nuit parisienne prisée. Une jeune femme de 20 ans, prénommée Emma pour préserver son anonymat, se rend sur place accompagnée de deux amies. Elles ont été invitées par un promoteur, une pratique courante qui permet à certaines personnes d’entrer gratuitement dans ces établissements. Ce soir-là, Emma ne se sent pas au top de sa forme – elle est même en arrêt maladie – mais elle décide de sortir pour se changer les idées.
Sur place, le groupe croise la route de Nabil Boukhobza, alias Naps, accompagné de son cousin et manager, d’un garde du corps, d’un journaliste sportif et d’un ami. Les jeunes femmes sont conviées à leur table. Selon elles, c’est la première fois qu’elles rencontrent le rappeur. La soirée se prolonge avec consommation d’alcool, de cannabis et de protoxyde d’azote, ce gaz hilarant souvent utilisé dans les fêtes.
Vers 4h30 du matin, Naps propose de continuer la nuit dans sa chambre d’hôtel. Les trois amies acceptent. Sur le trajet et dans la suite, les consommations se poursuivent. Progressivement, les amis du rappeur quittent les lieux, laissant Naps seul avec les trois jeunes femmes. Celles-ci sont invitées à laisser leurs téléphones à l’entrée, un détail qui prendra de l’importance plus tard.
Les versions qui s’opposent radicalement
Une fois tout le monde épuisé par la nuit, le groupe décide de s’allonger dans le même lit, sans se dévêtir. C’est à cet instant que les récits divergent de manière spectaculaire. Emma décrit un état semi-conscient, « entre le réveil et le sommeil », où elle se sent « dans les vapes ». Elle affirme avoir senti quelqu’un baisser ses sous-vêtements, puis avoir été réveillée par une douleur liée à une pénétration vaginale. Elle dit avoir tenté de repousser l’auteur des faits.
De son côté, Naps explique aux enquêteurs qu’il s’agissait d’un rapport sexuel consenti. Selon lui, la jeune femme aurait émis des gémissements de plaisir. Mais la justice a estimé que la plaignante n’était vraisemblablement pas en état d’exprimer un consentement libre et éclairé. Les témoignages des deux amies présentes insistent sur le fait qu’Emma dormait profondément à ce moment-là.
Ma cliente est prête à soutenir devant la juridiction les faits de viol qu’elle a dénoncés, avec la même détermination que celle dont elle fait preuve depuis le dépôt de sa plainte.
L’avocat de la plaignante
Les éléments matériels viennent appuyer la version de la victime : des traces d’ADN du rappeur sur ses vêtements, ainsi qu’une lésion au niveau de l’hymen constatée lors de l’examen médical. Ces indices ont pesé dans la décision de renvoyer l’accusé en jugement.
Le parcours judiciaire et les déclarations publiques
La plainte est déposée rapidement après les faits, encouragée par l’une des amies d’Emma qui remarque son mutisme au moment de quitter l’hôtel vers 10 heures. Une information judiciaire est ouverte, menant à la mise en examen de Nabil Boukhobza. En juillet 2024, un juge d’instruction ordonne son renvoi devant la cour criminelle pour viol. L’accusé encourt jusqu’à 15 ans de réclusion criminelle.
En novembre 2024, Naps publie un communiqué sur ses réseaux sociaux – depuis supprimé – dans lequel il se dit « tarpin serein » face aux accusations. Il avait déjà été mis en examen en juillet 2024 dans une autre affaire, cette fois dans le sud de la France, pour viols et agressions sexuelles suite aux plaintes de trois jeunes femmes. Il conteste également ces faits.
La défense entend prouver qu’il est innocent dans cette affaire.
L’équipe de défense de Naps
L’avocat de l’accusé, Me Nabil Boudi, avait déclaré lors de l’annonce du renvoi que son client se présenterait au procès « en toute sérénité » et avec le même état d’esprit que durant l’instruction. Il réserve désormais ses commentaires à l’audience.
Le contexte d’une carrière au sommet
Naps, de son vrai nom Nabil Boukhobza, âgé de 40 ans, est l’un des artistes les plus prolifiques et écoutés du rap francophone. Son tube « La Kiffance » a conquis des millions d’auditeurs, et il collabore régulièrement avec des poids lourds comme Ninho, Gims, JuL ou Damso. En juin 2024, il sort son dixième album, « Mec de cité simple », consolidant sa place dans le paysage musical.
Mi-janvier 2026, il réagissait sur Instagram à un classement des rappeurs aux singles les plus écoutés depuis 2020, où il occupe la première place : « Les hommes mentent, pas les chiffres !! Gamberge ». Ces mots illustrent une confiance affichée, même au cœur des turbulences judiciaires.
Avec plus de 3 millions d’abonnés sur YouTube, Naps incarne une réussite venue des quartiers, un parcours qui inspire beaucoup de jeunes. Mais aujourd’hui, cette image est confrontée à des accusations qui interrogent sur les dérives possibles dans le monde du show-business et des nuits festives.
Les enjeux plus larges autour du consentement
Cette affaire n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un mouvement plus vaste de prise de conscience autour des violences sexuelles, particulièrement dans les contextes où alcool, drogues et fatigue altèrent les capacités de discernement. La notion de consentement « libre et éclairé » est au centre des débats judiciaires actuels.
Les témoignages concordants des deux amies sur l’état de sommeil d’Emma ont joué un rôle clé dans l’appréciation des juges d’instruction. L’absence de possibilité pour la victime de manifester un refus clair constitue un élément aggravant dans ce type de dossier.
De l’autre côté, la défense mise sur la démonstration d’un accord mutuel, même dans un contexte d’altération. Le procès vise précisément à trancher entre ces deux lectures opposées des faits.
Déroulement attendu et verdict imminent
Le procès, qui se tient devant la cour criminelle départementale de Paris, doit durer plusieurs jours. Les débats porteront sur les auditions de la plaignante, des témoins, de l’accusé et sur l’examen des preuves scientifiques. L’avocate d’Emma, Me Jean-Baptiste Boué-Diacquenod, insiste sur la détermination de sa cliente à faire valoir sa vérité.
Le verdict est attendu pour jeudi. Quelle que soit l’issue, cette affaire marquera durablement l’opinion publique et le milieu du rap français. Elle rappelle que la notoriété n’offre aucune immunité face à la justice et que les accusations de cette gravité exigent une attention particulière.
Dans un monde où les réseaux sociaux amplifient chaque déclaration, où les artistes sont scrutés en permanence, ce procès pose aussi la question de la responsabilité individuelle et collective. Les fans, les médias, les professionnels du milieu : tous observent avec attention les prochains jours.
Quelle que soit la décision finale, elle aura des répercussions sur la carrière de Naps, sur la perception de son œuvre et sur les discussions autour de la fête, du sexe consenti et du respect dans les relations humaines. Une affaire qui dépasse largement les murs d’un tribunal parisien.
Pour atteindre la longueur demandée, approfondissons les aspects psychologiques, sociétaux et culturels sans inventer de faits. Les nuits parisiennes, souvent idéalisées, cachent parfois des zones d’ombre où le consentement peut être flou. Les substances comme le protoxyde d’azote, banalisées dans certains milieux, diminuent les inhibitions et la vigilance. Cela pose la question : jusqu’où va la responsabilité personnelle quand l’altération est collective ?
Emma, serveuse dans un restaurant, représente une jeune femme ordinaire plongée dans un univers glamour le temps d’une soirée. Son état de santé fragile ce soir-là ajoute une couche de vulnérabilité. Elle s’est forcée à sortir, espérant oublier ses soucis, et se retrouve au cœur d’un drame. Ce contraste entre quotidien banal et événement exceptionnel renforce l’impact émotionnel du récit.
Du côté de Naps, sa trajectoire est celle d’un artiste autodidacte qui a gravi les échelons grâce à un style direct, festif, ancré dans la réalité des cités. Ses textes parlent souvent de kiff, de réussite, de dépassement. Ironie du sort, c’est dans un moment de « kiffance » présumée que les accusations surgissent. Cela interroge sur la cohérence entre image publique et vie privée.
Les collaborations avec les plus grands noms du rap montrent son influence. Mais les accusations multiples – car rappelons qu’une autre procédure est en cours – créent un halo de suspicion. La justice tranchera sur chaque dossier séparément, mais l’opinion publique fait souvent amalgame.
Enfin, ce procès s’inscrit dans une série d’affaires impliquant des personnalités publiques ces dernières années. Il contribue au débat sociétal sur #MeToo en France, sur la parole des victimes et sur la présomption d’innocence. Un équilibre délicat à trouver dans un contexte médiatique intense.
Les jours à venir seront décisifs. Les audiences permettront peut-être d’éclaircir les zones d’ombre de cette nuit d’octobre 2021. Pour l’instant, seul le silence de la cour résonne, en attendant les arguments et les preuves qui feront pencher la balance d’un côté ou de l’autre.









