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Procès Martinelli : Corruption Odebrecht au Panama

L'ancien président Ricardo Martinelli, réfugié en Colombie, fait face à un procès retentissant pour corruption et blanchiment dans l'affaire Odebrecht. 59 millions de dollars de pots-de-vin seraient passés par ses mains... Le verdict pourrait tout changer.

Imaginez un ancien chef d’État, aujourd’hui septuagénaire, qui suit depuis l’étranger les débats qui pourraient l’envoyer passer plus d’une décennie derrière les barreaux. C’est la réalité que vit aujourd’hui Ricardo Martinelli, l’ancien président du Panama, au cœur d’un des plus grands scandales de corruption qu’ait connus l’Amérique latine ces dernières années.

Depuis le lundi 12 janvier 2026, une salle de la Cour suprême panaméenne est devenue le théâtre d’un procès hors norme. Au banc des accusés : une vingtaine de personnes, dont l’ex-chef de l’État lui-même, poursuivies pour blanchiment de capitaux et corruption liée aux agissements de l’entreprise brésilienne Odebrecht.

Un scandale qui traverse les frontières et les décennies

Le nom d’Odebrecht résonne encore douloureusement dans de nombreux pays d’Amérique latine. Ce géant du BTP brésilien a admis, dès 2016 devant la justice américaine, avoir distribué plus de 788 millions de dollars de commissions occultes à travers le continent. Le Panama n’a pas été épargné.

Sous la présidence de Ricardo Martinelli, entre 2009 et 2014, l’entreprise aurait versé pas moins de 59 millions de dollars de pots-de-vin. Objectif : décrocher des marchés publics d’envergure, parmi lesquels la construction du métro de la capitale, la réalisation d’une voie littorale ou encore l’extension de l’aéroport international.

Les accusations portées contre Ricardo Martinelli

Âgé aujourd’hui de 73 ans, l’ancien président encourt jusqu’à douze années d’emprisonnement. Bien qu’il ne soit pas physiquement présent dans la salle d’audience, il est représenté par son avocat. Depuis la Colombie, où il a obtenu l’asile politique en 2025, Martinelli suit les débats à distance.

Le ministère public panaméen affirme disposer d’éléments suffisamment solides pour démontrer que l’ex-chef de l’État avait « pleine connaissance de l’origine illicite » des fonds. Même si les paiements n’auraient pas été effectués directement sur des comptes à son nom, les enquêteurs soutiennent que Martinelli en était le bénéficiaire final.

« Le ministère public arrive préparé et va étayer la condamnation des personnes mises en examen pour corruption et blanchiment de capitaux »

Procureure anticorruption Ruth Morcillo

Cette déclaration, faite par la procureure en charge du dossier à son arrivée au tribunal, donne le ton d’une audience qui s’annonce particulièrement tendue.

Un parcours judiciaire semé d’embûches

Le procès, initialement prévu plusieurs années auparavant, a été reporté à cinq reprises pour des raisons procédurales diverses. Les avocats de la défense y voient la preuve d’une volonté de précipiter les choses, tandis que l’accusation parle de complexité du dossier.

La salle choisie pour l’audience n’est pas anodine : il s’agit d’une salle spécialement aménagée au sein même de la Cour suprême du Panama. Symbole d’une affaire considérée comme d’importance nationale.

La stratégie de la défense

Du côté de Ricardo Martinelli, la ligne de défense ne fait aucun mystère. Son avocat principal dénonce une procédure entachée d’irrégularités et une motivation essentiellement politique.

« Une série de garanties procédurales ont été violées afin de tenter de le condamner en dehors du cadre de la loi. Cette affaire est totalement politique. »

L’avocat Carlos Carrillo

Cette position est loin d’être isolée dans la sphère politique panaméenne où certains soutiens de l’ancien président continuent de voir en lui une victime d’une justice instrumentalisée.

D’autres figures politiques dans le viseur

L’affaire dépasse largement la seule personne de Ricardo Martinelli. Parmi les autres personnes mises en cause figurent notamment l’ancien président Juan Carlos Varela (2014-2019), ainsi que deux fils de Martinelli, tous trois actuellement députés.

Ces personnalités seront jugées séparément par la Cour suprême, à une date qui reste à fixer. Leur statut d’élus en exercice complexifie encore davantage le calendrier judiciaire.

Le scandale Odebrecht : un tsunami régional

Le cas panaméen n’est qu’une pièce d’un puzzle beaucoup plus vaste. Depuis les révélations de 2016, le scandale Odebrecht a touché pas moins de dix pays d’Amérique latine : Argentine, Brésil, Colombie, République dominicaine, Équateur, Guatemala, Mexique, Panama, Pérou et Venezuela.

Dans plusieurs de ces pays, des anciens présidents ont été condamnés, placés en détention préventive ou font toujours l’objet de poursuites. Le schéma est presque toujours le même : attribution de marchés publics surdimensionnés contre rémunérations occultes.

Les marchés publics au cœur du système

Au Panama, trois projets majeurs sont particulièrement visés par l’enquête :

  • La construction et les premières extensions du métro de Panama City
  • La voie littorale Cinta Costera, un axe routier emblématique de la capitale
  • L’agrandissement de l’aéroport international de Tocumen

Ces trois chantiers, stratégiques pour le développement du pays, ont représenté des milliards de dollars d’investissements publics. Ils constituent donc des cibles de choix pour des pratiques de corruption à grande échelle.

Pourquoi le cas panaméen est particulier

Si le scandale a touché de nombreux pays, le Panama présente plusieurs spécificités. Le pays est à la fois un hub financier international et un centre logistique majeur grâce au canal. Cette position stratégique a naturellement attiré l’attention d’Odebrecht.

Par ailleurs, la succession rapide de deux présidents impliqués dans l’affaire (Martinelli puis Varela) crée une situation politique particulièrement instable. La justice doit naviguer entre des impératifs de lutte contre la corruption et la nécessité de préserver une certaine stabilité institutionnelle.

L’asile colombien : une nouvelle dimension internationale

La décision de Ricardo Martinelli de demander et d’obtenir l’asile politique en Colombie en 2025 ajoute une couche supplémentaire de complexité à l’affaire. Cette protection accordée par un pays voisin soulève de nombreuses questions sur les relations diplomatiques régionales et sur la coopération judiciaire.

Le fait que l’ancien président puisse suivre son procès depuis l’étranger, tout en étant protégé par le statut d’asile, constitue un précédent intéressant dans la jurisprudence régionale.

Les implications pour la démocratie panaméenne

Ce procès dépasse largement le cadre d’une simple affaire judiciaire. Il pose des questions fondamentales sur le fonctionnement de la démocratie au Panama : transparence des marchés publics, indépendance de la justice, immunité des anciens chefs d’État, lutte contre la corruption endémique.

Pour beaucoup d’observateurs, l’issue de ce procès constituera un test majeur pour l’État de droit dans le pays. Une condamnation ferme enverrait un signal fort contre l’impunité des élites politiques. À l’inverse, une relaxe ou un procès perçu comme biaisé pourrait renforcer le sentiment de deux poids, deux mesures selon les appartenances politiques.

Vers une possible condamnation historique ?

Les prochaines semaines et mois seront déterminants. Les débats s’annoncent longs et techniques. Les avocats de la défense promettent de démontrer les failles procédurales, tandis que l’accusation semble confiante dans la solidité de son dossier.

Quelle que soit l’issue, ce procès restera gravé dans l’histoire politique du Panama. Il marque peut-être le début d’une nouvelle ère où les anciens présidents ne pourront plus se considérer comme intouchables, même des années après avoir quitté le pouvoir.

Dans un pays où la corruption a longtemps été perçue comme une fatalité, cette audience pourrait représenter un tournant. À condition toutefois que la justice parvienne à rester au-dessus de la mêlée politique et à rendre un verdict perçu comme juste et impartial par la majorité des Panaméens.

Les regards de toute l’Amérique latine sont tournés vers Panama City. Le continent attend de voir si, cette fois, la justice parviendra à faire plier l’un de ses anciens puissants.

À retenir : Le procès de Ricardo Martinelli n’est pas seulement l’histoire d’un homme et d’une entreprise. C’est le miroir grossissant des pratiques qui ont gangréné la politique latino-américaine pendant des décennies. Son issue pourrait marquer un avant et un après dans la lutte contre la corruption dans la région.

Les audiences se poursuivent. Chaque jour apporte son lot de révélations, d’affrontements et de rebondissements. Une chose est sûre : l’histoire de ce scandale est loin d’être terminée.

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