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Procès Historique : Meta et YouTube Face à l’Addiction des Réseaux Sociaux

À Los Angeles, un jury atypique a été constitué après des jours de débats houleux. Mark Zuckerberg, figure clivante, hante les esprits des jurés potentiels révoqués pour hostilité. Ce procès pourrait changer la donne pour les géants du numérique… mais qui l’emportera vraiment ?

Imaginez une salle d’audience où le simple nom de Mark Zuckerberg suffit à faire monter la tension. Où des citoyens ordinaires avouent spontanément leur méfiance envers le créateur de Facebook avant même d’être interrogés. C’est exactement la scène qui se déroule depuis plusieurs jours dans un tribunal de Los Angeles, dans un procès qui pourrait marquer un tournant majeur dans la régulation des réseaux sociaux.

Pour la première fois aux États-Unis, une affaire civile met directement en cause la conception même des plateformes sociales, accusées d’avoir délibérément créé des mécanismes addictifs au détriment de la santé mentale des utilisateurs, en particulier des plus jeunes. Et au centre de cette bataille judiciaire inédite : la figure controversée du patron de Meta.

Un jury sous haute tension face à l’ombre de Zuckerberg

La sélection des jurés a duré pas moins de six journées entières. Un marathon judiciaire rare qui illustre à quel point le sujet est sensible. Sur plus de 150 citoyens convoqués, une grande partie a été écartée, souvent parce que leur opinion sur Mark Zuckerberg ou sur les réseaux sociaux était jugée trop tranchée pour garantir l’impartialité.

Certains jurés potentiels n’hésitaient pas à déclarer ouvertement que, même s’ils se voulaient impartiaux sur le cas précis, la simple évocation du milliardaire provoquait chez eux une « vive réaction ». D’autres rappelaient les origines controversées de Facebook, évoquant des stratégies de séduction initiales jugées douteuses ou le retentissant scandale Cambridge Analytica.

Je me sens impartial vis-à-vis de la plaignante, mais vu ce qu’a fait Mark Zuckerberg objectivement – et qui suscite une vive réaction en moi –, je pense que la défense part avec un train de retard.

Une jurée potentielle révoquée

Ces déclarations, loin d’être isolées, ont poussé les avocats de Meta à demander systématiquement la révocation de ces profils. L’objectif affiché : garantir que les deux parties démarrent sur un pied d’égalité et que les preuves soient examinées sans a priori.

Les profils révoqués : un miroir des clivages sociétaux

De l’autre côté, les avocats de la plaignante ont eux aussi révoqué de nombreux candidats. Parmi eux, des hommes estimant que la responsabilité première des problèmes de santé mentale chez les jeunes incombe aux parents plutôt qu’aux concepteurs d’applications. D’autres exprimaient une défiance générale envers les psychiatres ou avouaient avoir un proche ayant souffert d’addiction ou de harcèlement en ligne.

Quelques rares voix positives sur Zuckerberg ont également été écartées. Un juré potentiel qui déclarait « j’aime ce mec » et regrettait de ne pas posséder d’actions Meta n’a pas survécu aux questions de la partie adverse. Le résultat : un jury final de douze titulaires et six suppléants, validé récemment, prêt à entendre les arguments à partir de lundi.

Une plaignante de 20 ans contre deux géants du numérique

À l’origine de ce procès hors norme : K.G.M., une jeune Californienne aujourd’hui âgée de 20 ans. Elle accuse Meta (propriétaire de Facebook et Instagram) ainsi que YouTube de Google d’avoir conçu sciemment des applications addictives qui ont gravement impacté sa santé mentale durant son adolescence.

Même si l’affaire porte sur un cas individuel, elle est scrutée comme un véritable test pour des centaines d’autres plaintes similaires déposées à travers le pays. Familles, élus locaux et associations espèrent en effet que cette première décision ouvrira la voie à des condamnations plus larges contre les géants technologiques.

Notons que TikTok et Snapchat, également visés initialement, ont préféré régler à l’amiable pour un montant resté confidentiel. Meta et YouTube ont choisi de se défendre, convaincus que leur modèle économique et leurs algorithmes ne sauraient être assimilés à des produits intrinsèquement dangereux.

Dopamine, algorithmes et personnalisation : le cœur du débat

Les débats à venir ne porteront pas principalement sur les contenus publiés – protégés aux États-Unis par une loi fédérale célèbre – mais sur la conception même des interfaces et des algorithmes de recommandation. Les plaignants reprochent aux plateformes d’avoir créé des systèmes optimisés pour maximiser le temps passé, en exploitant les circuits de la récompense cérébrale via la fameuse « dopamine ».

Les fonctionnalités comme le défilement infini, les vidéos courtes à répétition (type Reels ou Shorts) ou les notifications calibrées sont particulièrement pointées du doigt. Un juré potentiel a d’ailleurs spontanément évoqué le risque que YouTube Shorts ne devienne « ce truc de dopamine immédiate », à l’image de ce que TikTok a popularisé.

Je vois le potentiel de YouTube de se transformer en ce truc de dopamine immédiate avec la fonction des vidéos Shorts.

Un juré potentiel interrogé

Les avocats de Google ont insisté pour que le jury distingue clairement YouTube de Meta, rappelant que le patron de Facebook ne dirige pas la plateforme vidéo. Ils ont également tenté de relativiser en comparant l’addiction potentielle aux écrans à celle provoquée jadis par la télévision – jamais condamnée en justice.

Une stratégie inspirée du combat contre le tabac

Les avocats des plaignants n’hésitent pas à établir un parallèle avec les grands procès intentés contre l’industrie du tabac dans les années 1990-2000. Ils accusent les entreprises technologiques d’avoir sciemment minimisé les risques et maximisé les comportements addictifs, tout comme les cigarettiers d’autrefois.

Meta et YouTube ont vigoureusement contesté cette analogie, demandant à la juge d’interdire ce type d’arguments. Sans succès pour l’instant. La magistrate a estimé que le débat devait pouvoir avoir lieu devant le jury.

Un constat partagé… mais une responsabilité disputée

Interrogés par les avocats, la majorité des jurés potentiels ont reconnu que les Américains passent trop de temps sur leurs téléphones. Presque tous ont levé la main quand on leur a demandé si cela posait un problème pour la société.

En revanche, quand la question devenait « Est-ce la faute de YouTube ? », les réponses se faisaient plus hésitantes. Ce flottement illustre parfaitement l’enjeu central du procès : tout le monde ou presque admet l’existence d’un problème collectif, mais rares sont ceux qui s’accordent sur l’identité du principal responsable.

Mark Zuckerberg à la barre : un témoignage très attendu

Le point d’orgue de ce procès sera sans conteste l’audition de Mark Zuckerberg lui-même, prévue dans les prochains jours ou la semaine suivante. Beaucoup de jurés ont déjà avoué qu’il leur serait difficile d’aborder ce témoignage sans arrière-pensées, compte tenu de leur opinion préformée sur le personnage.

Pour les avocats de Meta, l’enjeu sera double : protéger leur témoin vedette des questions trop agressives tout en démontrant que les décisions algorithmiques relèvent d’arbitrages techniques complexes, et non d’une volonté délibérée de nuire.

Un procès aux implications sociétales majeures

Au-delà du cas personnel de la jeune plaignante, cette affaire cristallise des interrogations plus larges sur notre rapport aux technologies numériques. Comment concilier innovation, modèle économique basé sur l’attention et protection des plus vulnérables ?

Les réponses qui seront données dans les semaines à venir pourraient influencer durablement la jurisprudence américaine, et par ricochet, les régulations dans de nombreux autres pays. Les regards du monde entier sont tournés vers cette salle d’audience de Los Angeles où se joue, peut-être, l’avenir de la responsabilité des plateformes sociales.

Alors que les débats s’ouvrent lundi, une question flotte dans l’air : le jury parviendra-t-il à faire abstraction des polémiques passées et à juger uniquement sur les preuves techniques présentées ? Ou l’ombre de Mark Zuckerberg et des scandales successifs pèsera-t-elle trop lourd dans la balance ?

Une chose est sûre : ce procès dépasse largement le cadre d’un simple litige civil. Il interroge notre rapport collectif à la technologie, à l’addiction et à la responsabilité des entreprises qui façonnent nos quotidiens numériques.

À suivre de très près.

Les points clés à retenir

  • Procès historique sur l’addiction aux réseaux sociaux à Los Angeles
  • Mark Zuckerberg figure centrale et très clivante pour les jurés
  • Sélection du jury extrêmement difficile (plus de 150 citoyens examinés)
  • Meta et YouTube visés, TikTok et Snapchat ont transigé
  • Débat centré sur les algorithmes et la conception addictive, non sur les contenus
  • Parallèle assumé avec les procès contre l’industrie du tabac
  • Témoignage du PDG de Meta attendu comme moment décisif

Ce premier grand affrontement judiciaire pourrait n’être que le début d’une longue série de batailles légales entre familles, pouvoirs publics et géants du numérique. L’issue reste incertaine, mais le simple fait que ce procès ait lieu marque déjà un tournant dans la perception sociétale des réseaux sociaux.

Dans une société où près de 4,9 milliards d’êtres humains utilisent quotidiennement ces plateformes, la question n’est plus de savoir si elles influencent nos comportements, mais bien de déterminer jusqu’où va leur responsabilité lorsque cette influence devient néfaste.

Rendez-vous dans les prochains jours pour suivre l’évolution de cette affaire qui pourrait redessiner les contours de notre monde connecté.

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