Un silence glacial règne dans la salle d’audience. Sur le banc des accusés, Dominique Pelicot, 71 ans, le regard fuyant. Face à lui, son ex-épouse Gisèle et leurs trois enfants, visages fermés et meurtris. En ce mardi, devant la cour criminelle du Vaucluse, l’homme a fini par avouer l’inavouable : pendant près de 10 ans, il a drogué, violé, et fait violer sa femme par des dizaines d’inconnus pour assouvir son « fantasme » de « soumettre une femme insoumise ». Un dossier hors norme, emblématique des questions de soumission chimique et de consentement, qui ébranle l’opinion publique française.
Une décennie d’horreur et de manipulation
Entre juillet 2011 et octobre 2020, le cauchemar de Gisèle Pelicot s’est déroulé dans l’intimité de son domicile de Mazan, dans le Vaucluse. Dominique, son mari depuis plus de 40 ans, père de ses enfants, la droguait régulièrement aux anxiolytiques avant de la violer, et d’inviter des hommes contactés sur internet à en faire de même. Aux yeux de tous, un couple sans histoires. Mais dans le huis clos familial, l’impensable.
« Je dois avouer que soumettre une femme insoumise était mon fantasme, par pur égoïsme, sans la faire souffrir », a déclaré le septuagénaire devant la cour. Un « mobile » qu’il a tenté de justifier en expliquant avoir agi « par l’intermédiaire de personnes qui ont volontairement accepté ce que je proposais », ces fameux inconnus recrutés en ligne. Une défense qui ne convainc personne.
Le spectre de l’inceste plane sur le procès
Mais l’affaire prend une tournure encore plus sordide quand Caroline, la fille du couple, accuse son père de gestes incestueux. Des photos d’elle nue et visiblement endormie, parfois vêtue de sous-vêtements de sa mère, ont été retrouvées sur les réseaux sociaux. « Caroline est complètement détruite, elle a besoin d’une réponse audible et humaine », a insisté Me Antoine Camus, un des avocats de la famille.
Face à ces accusations, Dominique Pelicot nie en bloc, affirmant ne pas « se souvenir d’avoir fait ces photos ». « Caroline je ne t’ai jamais rien fait », a-t-il lancé dans un face-à-face glaçant avec sa fille, qui n’a pu contenir sa colère : « Tu mens, tu n’as pas le courage de dire la vérité ! Tu mourras dans le mensonge ! ».
Un procès gigantesque aux multiples zones d’ombre
Ce procès fleuve, qui juge au total 51 accusés âgés de 26 à 74 ans, dont la plupart pour viols aggravés risquent jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle, soulève de nombreuses interrogations. Comment ces actes ont-ils pu rester si longtemps impunis ? Quel est le degré de responsabilité des hommes ayant abusé de Gisèle Pelicot ? Jusqu’où la manipulation de Dominique Pelicot s’étendait-elle ?
Ce dossier ébranle par son ampleur, sa durée, et les questions qu’il soulève sur le consentement d’une personne droguée à son insu. C’est tout un système et une société qui sont interrogés.
Un avocat proche du dossier
Alors que le procès doit encore durer plusieurs semaines, la France retient son souffle. Au-delà des responsabilités individuelles, c’est tout un système de domination et de violences faites aux femmes qui est mis en lumière. Avec l’espoir que la justice sera rendue, et que plus jamais une telle affaire ne puisse se reproduire.