Imaginez une nuit où les larmes se mêlent aux rires, où l’espoir renaît au son des tambours et des feux d’artifice. À Port-Soudan, sur les rives de la mer Rouge, des milliers de Soudanais ont vécu ce moment suspendu dans le temps, célébrant une nouvelle qui semblait impossible il y a encore quelques mois : la victoire de l’armée à Khartoum. Mais derrière cette euphorie, une question persiste : que reste-t-il de la capitale qu’ils ont fuie il y a deux ans ?
Une Victoire qui Redonne Vie à l’Espoir
Dans les rues de Port-Soudan, la joie a explosé mercredi soir, portée par un discours diffusé à travers des haut-parleurs improvisés. Le chef de l’armée, figure centrale de cette reconquête, a proclamé la capitale « libérée » depuis le palais présidentiel, un lieu qu’il avait abandonné au début du conflit. Pour les habitants, c’est bien plus qu’une annonce : c’est la promesse d’un retour, d’une vie retrouvée.
« La joie est partout. Si tout va bien, nous serons chez nous pour l’Aïd. »
– Un habitant de Khartoum, témoignant à une source proche
Depuis avril 2023, le Soudan est déchiré par une guerre fratricide entre deux hommes forts : le général à la tête de l’armée et son ancien adjoint, commandant des paramilitaires. Ce conflit a transformé Khartoum en champ de bataille, forçant des millions de personnes à tout abandonner. Port-Soudan, devenue capitale de facto, a vu affluer ces âmes perdues, portant avec elles leurs rêves brisés.
Port-Soudan : un Refuge Précaire
Loin des combats, Port-Soudan s’est métamorphosée en un havre fragile. Les ministères s’y sont installés, les Nations unies y ont posé leurs valises, mais surtout, des centaines de milliers de déplacés y ont cherché une lueur d’espoir. Pourtant, la réalité est rude : les infrastructures peinent à suivre, l’eau manque, l’électricité vacille, et la nourriture se fait rare.
- Pénuries : eau, électricité et vivres en déficit constant.
- Abris : centres improvisés débordés par l’afflux.
- Précarité : une population au bord du gouffre.
Mercredi soir, pourtant, ces difficultés ont été mises de côté. Les habitants ont dansé, frappé des mains, certains pleurant de soulagement. « Dès qu’on nous dira que Khartoum est prête, nous serons là le lendemain », confie un père de famille, sa voix presque noyée par les cris de joie et les pétards.
Khartoum : une Capitale Méconnaissable
Mais le retour tant espéré ne sera pas un conte de fées. Khartoum, jadis cœur battant du Soudan, n’est plus qu’un squelette de béton et de désolation. Les rues sont marquées par des fosses communes, les maisons pillées, les services publics à l’arrêt. Les images rapportées par des sources sur place décrivent une ville fantôme, où chaque quartier porte les cicatrices de la guerre.
Destructions | Pillages | Services |
Bâtiments en ruines | Biens volés | Écoles fermées |
Infrastructures brisées | Ressources épuisées | Hôpitaux hors service |
Pour beaucoup, cette réalité est un choc. « On a tout laissé derrière nous : nos voisins, nos maisons, nos vies », raconte un déplacé, le regard perdu dans ses souvenirs. Mais l’espoir persiste : « Nous reconstruirons ce que la guerre a détruit », ajoute-t-il avec une détermination palpable.
Un Conflit Loin d’Être Terminé
Malgré l’optimisme, une ombre plane sur cette victoire. La guerre, qui a déjà tué des dizaines de milliers de personnes et déraciné plus de 12 millions, n’a pas dit son dernier mot. Les paramilitaires, bien que chassés de Khartoum, tiennent encore des positions stratégiques, notamment dans l’ouest et le sud du pays.
« On craint que les milices reviennent et que tout recommence. »
– Une habitante d’Omdourman, ville voisine de Khartoum
À Omdourman, les bombardements continuent, rappelant que la paix reste fragile. L’armée contrôle le nord et l’est, mais le Darfour, vaste région de l’ouest, reste un bastion ennemi. Les habitants rêvent pourtant d’une libération totale, surtout en ces derniers jours de Ramadan.
Les Déplacés : Entre Retour et Incertitude
Pour la première fois depuis des mois, le nombre de déplacés au Soudan a diminué. Près de 400 000 personnes sont rentrées dans des zones reprises par l’armée, selon des données récentes. Mais ce retour est loin d’être idéal : les abris manquent, la nourriture est rare, et les écoles restent fermées.
Réalité du retour : des familles retrouvent des villes vidées de vie, où chaque pas rappelle le chaos passé.
« Nous espérons voir toutes les régions libérées », lance un jeune homme, évoquant des villes comme El-Facher, où des centaines de milliers d’enfants sont encore pris au piège des combats. Ce vœu, porté par la foi et la résilience, résonne comme un défi immense.
Reconstruire : un Défi Colossal
Reconstruire Khartoum et le Soudan tout entier ne sera pas une mince affaire. Les dégâts sont incommensurables, les ressources limitées, et la menace d’un retour des violences plane toujours. Pourtant, les habitants refusent de baisser les bras. « Nous repartirons de zéro s’il le faut », assure une voix parmi la foule.
- Étape 1 : sécuriser les zones libérées.
- Étape 2 : rétablir les services de base.
- Étape 3 : rebâtir pierre par pierre.
Ce projet titanesque nécessitera du temps, de l’argent, et une volonté collective. Mais à Port-Soudan, cette nuit de fête a prouvé une chose : même au cœur de la tempête, l’espoir peut danser.