Imaginez un instant : vous avez consacré votre vie au sport de haut niveau, gravi les marches des podiums olympiques, ramené des médailles d’or pour votre pays… et le jour où votre nation organise les Jeux olympiques d’hiver sur son sol, on vous oublie complètement. C’est exactement ce que ressentent plusieurs légendes du sport italien aujourd’hui. Une vague d’indignation parcourt le monde sportif transalpin à l’approche des JO de Milan-Cortina 2026.
Une sélection qui fait grincer des dents
Le relais de la flamme olympique a démarré le 4 décembre dernier depuis Rome. Il s’agit d’un parcours exceptionnel : deux mois de voyage, plus de 12 000 kilomètres à travers toute l’Italie, et pas moins de 10 001 personnes choisies pour porter ce symbole universel. Pourtant, parmi ces milliers de relayeurs, des absences remarquées provoquent un tollé grandissant.
Les grands noms des sports d’hiver italiens, ceux qui ont écrit certaines des plus belles pages de l’histoire olympique du pays, brillent par leur absence. Cette situation a fini par sortir du cadre sportif pour atteindre les sphères politiques. Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer un choix perçu comme injuste et maladroit.
Les champions s’expriment sans filtre
Silvio Fauner, figure emblématique du fond italien, a accepté de livrer le fond de sa pensée dans une interview marquante. Quintuple médaillé olympique, il fait partie du relais victorieux de 1994 à Lillehammer, un exploit encore dans toutes les mémoires. Aujourd’hui, il parle d’une véritable blessure.
« Il n’y a pas de respect pour nous, les champions, je considère cela comme une offense incroyable. »
Ces mots résonnent d’autant plus fortement qu’ils ne viennent pas d’une seule personne isolée. Fauner affirme s’exprimer au nom d’un groupe de dix sportifs qui cumulent à eux seuls 35 médailles olympiques. Parmi eux figurent des noms aussi prestigieux que Marco Albarello, Giorgio Di Centa, Cristian Zorzi ou encore Pietro Piller Cottrer.
Tous partagent le même sentiment d’exclusion. Aucun d’entre eux n’a été sollicité, que ce soit pour porter la flamme, devenir ambassadeur des Jeux ou participer à une quelconque initiative officielle. Cette absence totale de reconnaissance les laisse amers.
Le choix du spectacle plutôt que du sport ?
Ce qui choque particulièrement ces champions, c’est la nature de certaines personnalités finalement retenues. Silvio Fauner ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque les profils sélectionnés.
« Ils ont préféré des gens du spectacle, comme l’Uomo Gatto, des chanteurs qui n’incarnent pas le sport olympique. »
Cette comparaison directe entre des athlètes de légende et des figures issues du monde du divertissement cristallise la frustration. Pour ces sportifs qui ont tout donné sur la neige et la glace, voir la flamme olympique confiée à des profils plus médiatiques qu’historiques dans le sport constitue une forme de trahison des valeurs olympiques.
Il n’est d’ailleurs pas le premier à exprimer ce ressenti. Quelques semaines plus tôt, Kristian Ghedina, ancien skieur alpin de très haut niveau, avait déjà publiquement fait part de son incompréhension face aux mêmes choix. Mais c’est la prise de parole de Fauner, plus collective et plus documentée, qui a véritablement fait basculer le sujet dans le débat public national.
La classe politique entre dans la danse
L’affaire a rapidement dépassé les cercles sportifs. La Ligue, parti politique emmené par le vice-premier ministre Matteo Salvini, a publié un communiqué virulent. Le ton est sans ambiguïté : les choix opérés pour le relais de la flamme sont qualifiés d’« incompréhensibles et déconcertants ».
Le parti rappelle que Matteo Salvini s’est personnellement beaucoup investi dans la préparation des Jeux, notamment pour la construction controversée de la piste de bobsleigh à Cortina. L’absence de concertation avec le ministère des Transports, dirigé par Salvini, est également pointée du doigt.
Le ministre des Sports demande des comptes
Andrea Abodi, ministre des Sports, n’est pas resté silencieux non plus. Il a officiellement demandé des explications au comité d’organisation Milano-Cortina ainsi qu’au Comité olympique italien. Il souhaite comprendre les critères qui ont présidé à la sélection des 10 001 relayeurs.
« En principe, il est évident que les légendes du sport, ceux qui ont fait l’histoire, devraient être tenus en très haute et absolue considération. Moi aussi, j’ai été un peu étonné. »
Ces paroles officielles montrent que le malaise dépasse largement le cadre des anciens champions. Même au sein du gouvernement, on semble partager une forme d’étonnement face à cette omission.
Le relais de la flamme : un symbole à double tranchant
Le relais de la flamme olympique est traditionnellement l’un des moments les plus fédérateurs avant les Jeux. Il permet de toucher des millions de personnes, de faire vivre l’esprit olympique dans les villages les plus reculés, de créer du lien social. Avec un parcours aussi long et aussi diversifié que celui prévu pour Milan-Cortina 2026, l’enjeu était encore plus important.
10 001 relayeurs, cela signifie une inclusion massive. L’objectif affiché est de représenter la diversité de la société italienne. Mais quand cette diversité semble se faire au détriment des figures qui ont justement porté haut les couleurs du pays sur la scène olympique internationale, le message devient confus.
Le parcours doit s’achever le 6 février prochain au stade Giuseppe Meazza de San Siro, à Milan, pour la cérémonie d’ouverture. D’ici là, la polémique pourrait encore enfler si aucune réponse claire et satisfaisante n’est apportée aux sportifs médaillés.
Quelles leçons pour l’avenir olympique italien ?
Cette controverse arrive à un moment sensible pour le mouvement sportif italien. Organiser des Jeux olympiques d’hiver représente une opportunité unique de mettre en lumière les disciplines hivernales, souvent moins médiatisées que le football ou le cyclisme dans la péninsule.
Les sports de neige et de glace ont pourtant produit de très grands champions au fil des décennies. Oublier ces pionniers risque de créer un fossé entre le passé glorieux et l’avenir espéré des JO 2026. Les nouvelles générations d’athlètes ont besoin de modèles, de repères, d’histoires inspirantes.
Laisser de côté ceux qui ont construit cette histoire pourrait envoyer un signal négatif, comme si le passé n’avait plus d’importance face à l’exigence de modernité et de spectacle. Or, les valeurs olympiques reposent justement sur un équilibre subtil entre tradition et innovation, entre héritage et ouverture.
Un débat qui dépasse les frontières italiennes
Ce type de polémique n’est pas propre à l’Italie. De nombreux pays organisateurs ont déjà connu des débats similaires autour de la sélection des porteurs de la flamme. La question revient souvent : comment concilier représentativité populaire, inclusion sociale et reconnaissance des mérites sportifs historiques ?
Dans le cas présent, le curseur semble avoir été poussé très loin du côté de la diversité médiatique et du spectacle. Cela peut séduire un large public, attirer l’attention des chaînes de télévision et des réseaux sociaux, mais cela peut aussi frustrer ceux qui considèrent que l’olympisme doit d’abord célébrer l’excellence sportive.
Le comité d’organisation se retrouve donc face à un exercice d’équilibriste particulièrement délicat. Répondre aux critiques sans renier les choix déjà faits demandera beaucoup de diplomatie et sans doute quelques gestes symboliques forts dans les semaines à venir.
Vers une réconciliation possible ?
Pour l’instant, la situation reste tendue. Les anciens champions attendent des explications claires et, idéalement, une forme de reconnaissance officielle. Le ministre des Sports a ouvert la porte à un dialogue en demandant formellement des informations sur les critères de sélection.
Il serait surprenant que le sujet s’arrête là. Les Jeux de Milan-Cortina 2026 doivent être une fête nationale. Pour y parvenir, il faudra sans doute apaiser les tensions et redonner toute leur place aux figures historiques du sport hivernal italien.
Car au-delà des médailles et des titres, c’est aussi l’âme d’un mouvement sportif que l’on célèbre à travers la flamme olympique. Et cette flamme ne doit brûler pleinement que si elle réunit plutôt qu’elle ne divise.
Les prochains jours seront décisifs. Les organisateurs sauront-ils transformer cette polémique en opportunité de rassembler ? Ou la fracture s’élargira-t-elle jusqu’à la cérémonie d’ouverture ? L’avenir nous le dira.
En attendant, une chose est sûre : les champions oubliés ont réussi à se faire entendre. Leur voix porte loin, très loin, jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir. Preuve, s’il en était besoin, que l’héritage sportif italien reste vivant et passionné.
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