Imaginez un jardin luxuriant où chaque plante est un vibrant hommage… au racisme et à l’esclavage. Choquant, n’est-ce pas ? C’est pourtant la triste réalité de la nomenclature botanique, parsemée de termes offensants et de noms de sinistre mémoire. Mais ça, c’était avant ! Car les botanistes ont dit stop, dans un vote historique pour rebaptiser ces végétaux de la discorde.
Un langage fleuri trop discriminant
Des arbres, des fleurs, des fruits… et des mots qui blessent. Voilà le triste inventaire de certains noms botaniques, qui véhiculent depuis trop longtemps des insultes racistes et glorifient des esclavagistes notoires. Le cas le plus flagrant ? L’utilisation du terme « caffra » pour désigner de nombreuses espèces originaires d’Afrique. Un mot lourd de sens, utilisé pendant l’apartheid en Afrique du Sud pour insulter les populations noires. Un héritage empoisonné qui n’a plus sa place, au 21e siècle, dans nos jardins et nos livres de botanique.
Nous sommes satisfaits de la suppression d’une insulte raciste des noms scientifiques des plantes, des algues et des champignons.
Gideon Smith, université Nelson Mandela
Du ménage dans les herbiers
Lors du 20e Congrès international de botanique à Madrid, 500 botanistes ont voté à 63% pour tourner la page de cette nomenclature biaisée. Les premiers changements interviendront avant 2026. Fini les Erythrina, Protea et Dovyalis caffra, place aux Erythrina affra, Protea affra et Dovyalis affra ! Un nouveau départ sémantique qui fait souffler un vent de fraîcheur sur une science poussiéreuse.
- La commission des noms offensants verra le jour en 2026
- Nettoyage en vue pour plus de 200 espèces problématiques
- Fin des hommages botaniques à l’esclavage et au racisme
Au-delà du terme « caffra », d’autres noms honorant des esclavagistes ou des personnages ayant pris position contre l’abolition seront aussi revus. Un grand ménage printanier pour débarrasser les herbiers des mauvaises herbes de l’Histoire.
Des inquiétudes infondées ?
Certains botanistes, minoritaires, s’inquiètent de ces changements. Ils craignent la « confusion » et des « problèmes » dans différents domaines liés aux végétaux. Une frilosité que balaye la communauté botanique internationale, déterminée à en finir avec des appellations d’un autre temps. Et à prouver que la science peut être porteuse de progrès sociétal.
Les noms scientifiques des plantes ne doivent plus être des vecteurs de préjugés d’un autre âge. Il est temps d’écrire une nouvelle page, inclusive et respectueuse, de la botanique mondiale.
Alina Freire-Fierro, botaniste équatorienne.
Les plantes ont droit, elles aussi, à leur Révolution. En rebaptisant les espèces aux noms problématiques, les botanistes dessinent les contours d’une science plus éthique et en phase avec son temps. Car il n’y a pas de progrès sans prise de conscience. Pas d’avancée sans remise en question. En désherbant les mauvais noms, ils plantent les graines d’un avenir meilleur. Et ça, c’est déjà une sacrée victoire, non ?