Imaginez un conflit qui dure depuis quarante ans, qui a fait plus de 50 000 morts et qui, soudain, une lueur d’espoir apparaît à l’automne 2024. C’est exactement ce qui se passe actuellement entre la Turquie et le Parti des travailleurs du Kurdistan. Pourtant, cette fragile fenêtre risque de se refermer brutalement.
Le PKK pose un ultimatum clair à Ankara
–>Dans les montagnes escarpées du nord de l’Irak, un commandant du PKK a accordé une interview rare. Son message est sans détour : la guérilla kurde a rempli sa part du contrat. À la Turquie maintenant de prouver sa volonté réelle de paix.
« Nous avons fait ce qu’on nous a demandé », explique le commandant Amed Malazgirt. « C’est désormais à l’État turc de bouger. » Pour lui, les discussions parlementaires restent insuffisantes tant qu’aucune mesure concrète n’est prise.
Le responsable kurde a été très précis sur les conditions posées par son mouvement. Deux points bloquent tout avancement selon lui.
- La libération d’Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 1999 sur l’île-prison d’Imrali
- La reconnaissance constitutionnelle officielle du peuple kurde en Turquie
Sans ces deux avancées majeures, le processus est condamné à l’échec, martèle-t-il. Le ton est ferme, presque solennel. On sent que la patience kurde arrive à son terme après des décennies de lutte armée.
« Faute de libération du leader Apo, le processus ne réussira pas »
Commandant Amed Malazgirt
L’été dernier, une trentaine de combattants du PKK avaient brûlé leurs armes lors d’une cérémonie très médiatisée. Beaucoup y avaient vu un premier pas vers le désarmement total.
Le commandant kurde tient à rectifier cette lecture. « L’État turc a voulu faire croire que nous déposions les armes. En réalité, nous nous sommes simplement engagés à ne plus les utiliser contre l’État. »
Cette nuance est cruciale. Le PKK ne renonce pas à ses moyens de défense tant que ses revendications politiques ne sont pas satisfaites. Il s’agit d’un cessez-le-feu unilatéral, pas d’une capitulation.
À 76 ans, le fondateur du PKK reste une figure centrale pour des millions de Kurdes. Emprisonné depuis vingt-six ans dans des conditions très strictes, il continue d’incarner la résistance kurde.
Une commandante, Serda Mazlum Gabar, précise la position du mouvement : « Nous voulons d’abord le droit à l’espoir pour notre direction, puis sa liberté totale. »
Concrètement, cela pourrait commencer par une assignation à résidence, histoire de garantir sa sécurité tout en lui rendant une forme de liberté de mouvement et d’expression.
Le 24 novembre dernier, une délégation parlementaire turque a pu rencontrer Abdullah Öcalan pour la première fois depuis longtemps. Ce déplacement, organisé dans le cadre de la nouvelle commission transpartisane, a été salué comme un geste positif.
Cependant, les commandants kurdes tempèrent l’enthousiasme. Pour eux, une simple visite ne remplace pas des actes forts comme la levée de l’isolement total ou, mieux, une libération conditionnelle.
Le conflit kurde en Turquie a débuté en 1984. Il oppose l’État turc au PKK, classé terroriste par Ankara et plusieurs pays occidentaux. Le bilan humain est terrible : plus de 50 000 morts, des centaines de milliers de déplacés, des villages entiers rasés dans les années 1990.
Plusieurs tentatives de négociations ont échoué par le passé, notamment entre 2013 et 2015. Chacune s’est terminée par une reprise des hostilités plus violentes encore.
Aujourd’hui, l’espoir renaît timidement grâce à l’initiative du gouvernement et à la création de cette commission parlementaire. Mais la méfiance reste totale des deux côtés.
Le peuple kurde, environ 35 à 40 millions de personnes, vit à cheval sur quatre pays : Turquie, Irak, Iran et Syrie. En Turquie, ils représenteraient entre 15 et 20 % de la population.
La reconnaissance de leur identité reste un sujet explosif à Ankara. La Constitution turque actuelle ne mentionne que la citoyenneté turque, sans référence aux minorités ethniques ou linguistiques.
C’est précisément cette absence de reconnaissance officielle que le PKK veut voir corrigée. Pour les Kurdes, c’est la condition sine qua non de toute paix durable.
La balle est clairement dans le camp turc. Le gouvernement doit décider s’il est prêt à franchir le pas historique de libérer, même partiellement, Abdullah Öcalan et à ouvrir le débat constitutionnel sur l’identité kurde.
Pour l’instant, les signaux sont contradictoires. D’un côté, la commission parlementaire et la visite à Imrali. De l’autre, aucune annonce concrète sur l’avenir du leader kurde.
Dans les montagnes, les combattants attendent. Leurs armes sont toujours là, prêtes à être reprises si la Turquie choisit une nouvelle fois la confrontation plutôt que le dialogue.
Le monde retient son souffle. Une paix historique est possible… ou un nouveau cycle de violence.
Le prochain mouvement d’Ankara pourrait déterminer le destin de toute une région pour les décennies à venir.
Restez connectés. Cette histoire est loin d’être terminée.









