Imaginez un homme qui, chaque samedi soir, ose regarder l’horreur du monde droit dans les yeux… et décide d’en rire. Pas un petit ricanement poli, non : un rire franc, parfois grinçant, souvent salvateur. Cet homme, c’est Philippe Caverivière. Et aujourd’hui, après trois saisons et demie à incarner la chronique la plus détonante du paysage audiovisuel français, il choisit de tourner une page. Le 11 janvier 2026, il officialise son départ de l’émission dominicale de France 2 pour se consacrer pleinement à sa première grande tournée de one-man-show. Une décision forte, assumée, et racontée avec cette franchise qui lui colle à la peau.
Quand l’humour refuse de se taire face au chaos
Dans un monde saturé de mauvaises nouvelles, où les conflits, les crises climatiques et les drames sociaux s’enchaînent sans répit, certains choisissent le silence. D’autres, comme Philippe Caverivière, choisissent le rire. Pas n’importe lequel : celui qui dérange, qui gratte là où ça fait mal, celui qui oblige à regarder ce que l’on préférerait ignorer.
Ce choix n’est pas anodin. Il demande du courage, une sacrée dose d’empathie et surtout une liberté que peu d’émissions offrent encore. Pendant plus de trois ans, l’humoriste a bénéficié de ce cadre rare : le service public, une animatrice qui lui laissait carte blanche, et un public prêt – ou presque – à encaisser les uppercuts verbaux.
Une sortie de scène aussi décalée que son personnage
Il aurait pu envoyer un communiqué sobre. Il aurait pu se contenter d’un post laconique. Mais non. Fidèle à lui-même, Philippe Caverivière a choisi la vidéo humoristique pour annoncer son départ. Face caméra, avec ce mélange caractéristique d’autodérision et de tendresse, il s’adresse directement à l’animatrice : « Ma décision est prise… la scène m’appelle. »
Derrière le ton léger, on sent pourtant une vraie émotion. Quitter une émission qui cartonne, qui offre une visibilité exceptionnelle et une régularité confortable n’est jamais anodin. Mais pour lui, l’appel de la scène est plus fort que tout.
« Tu crois que c’est une bonne idée ? » : un titre qui résume tout
Le 16 janvier 2026, à Troyes, il montera sur les planches pour la première fois avec son spectacle solo intitulé Tu crois que c’est une bonne idée ?. Un titre qui, à lui seul, pose déjà la question que beaucoup se sont posée en l’écoutant pendant toutes ces années.
La tournée s’annonce ambitieuse : plus de quatre-vingts dates sont déjà programmées jusqu’en juin 2027. À Paris, il investira le mythique théâtre des Nouveautés pendant plusieurs semaines. Preuve que le public est au rendez-vous : plusieurs représentations affichent déjà complet.
La liberté totale : le vrai luxe du service public
Ce qui frappe quand on écoute Philippe Caverivière revenir sur son expérience, c’est la répétition de ce mot : liberté. « On avait l’immense liberté d’avoir le droit de tout faire sur le service public », confie-t-il sans détour.
Dans un PAF où la plupart des humoristes doivent désormais jongler avec les limites imposées par les annonceurs, les algorithmes ou les rédactions frileuses, cette liberté représente un trésor rare. Et l’humoriste ne s’en est pas privé.
Y compris des vannes sur des choses dramatiques.
Philippe Caverivière
Cette phrase résume parfaitement sa philosophie. Pour lui, le rire n’est pas une fuite face au tragique : c’est une manière de l’affronter, de le domestiquer, de lui refuser le dernier mot.
Quand rire devient acte de résilience
Philippe Caverivière va plus loin. Il explique que les personnes qui ont traversé de grandes épreuves développent souvent une forme particulière d’empathie. Le rire, dans ce contexte, devient un outil de résilience collective.
Il raconte ces messages bouleversants qu’il reçoit parfois : des gens en soins palliatifs, des fils ou filles accompagnant un parent en fin de vie, qui lui écrivent que ses chroniques leur ont redonné un peu de lumière, l’impression que leur proche était « encore là » le temps d’un éclat de rire.
Ces confidences, bien plus que les chiffres d’audience, semblent être sa plus grande fierté.
« Les cons m’ont détesté très vite »
Le revers de la médaille, c’est évidemment la haine. Car quand on ose, on dérange. Et quand on dérange sur des sujets aussi sensibles que le terrorisme, les guerres, le racisme ou la misère, les réactions sont immédiates et souvent violentes.
J’ai les cons qui m’ont détesté très vite. Mais je n’ai que des gens intelligents qui ont capté la tendresse derrière.
Philippe Caverivière
Cette phrase, prononcée avec un mélange de défi et de tendresse, résume parfaitement le paradoxe de son humour : il faut aller chercher très loin derrière la provocation pour en saisir la profonde humanité.
Un pas de côté permanent face à l’horreur
Chaque matin sur une grande radio, puis chaque samedi soir à la télévision, Philippe Caverivière a donc tenu ce rôle difficile : offrir un « pas de côté », un décalage salvateur face à l’horreur quotidienne.
L’Ukraine, Gaza, le chômage de masse, les sans-abri, les attentats… aucun sujet n’était tabou. Et c’est précisément cette absence de tabou qui a fait sa marque de fabrique.
Le rire comme lien social
Car au-delà de la simple blague, ce que cherche l’humoriste, c’est de « faire société ». Rire ensemble d’une même chose, même quand cette chose fait mal, c’est déjà un acte politique et social fort.
Dans un pays fracturé, où les opinions s’opposent violemment, le rire partagé devient un dernier espace commun. Et c’est peut-être cela, plus que tout, que regrettera une partie du public après son départ.
Une page se tourne, une autre s’écrit
Rester chaque samedi soir sur le petit écran aurait été confortable. Continuer à bénéficier de cette visibilité exceptionnelle aussi. Mais Philippe Caverivière a choisi autre chose : l’intimité de la scène, le face-à-face direct avec le public, le risque permanent du direct sans filet.
Sa première tournée solo s’annonce déjà comme un événement. Les places partent vite, les critiques sont dithyrambiques en avant-première. Preuve que le public français a toujours besoin de cette voix singulière.
L’héritage d’un humoriste libre
Ce qu’il laisse derrière lui, c’est surtout l’exemple d’une liberté revendiquée et défendue jusqu’au bout. Dans un milieu où beaucoup rentrent dans le rang, où la peur du buzz négatif ou de la cancel culture paralyse, lui a continué d’avancer droit devant.
Il a montré qu’on pouvait encore, en 2026, faire de l’humour intelligent, politique, grinçant, tendre et populaire en même temps. Un équilibre rare.
Alors bien sûr, il continuera de faire rire chaque matin à la radio. Mais le samedi soir, sur le plateau de l’émission dominicale, il manquera. Beaucoup.
Et pendant ce temps-là, dans les théâtres de France, un homme de 54 ans continuera de poser cette question, avec son sourire en coin : Tu crois que c’est une bonne idée ?
La réponse du public semble être : oui. Et plutôt deux fois qu’une.
« On rit de quelqu’un qui est passé au-dessus d’un grand malheur et qui donne plus. »
– Philippe Caverivière
Et c’est peut-être là, dans cette phrase toute simple, que réside toute la puissance – et la nécessité – de cet humour-là.









