Imaginez un monde où, malgré des décennies de progrès vers l’abolition, des centaines, voire des milliers de personnes perdent la vie chaque année sous le couperet légal de l’État. En 2025, cette réalité a pris une tournure particulièrement sombre. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a tiré la sonnette d’alarme : nous assistons à une augmentation alarmante du recours à la peine capitale.
Alors que la tendance mondiale semblait irrémédiablement orientée vers l’abandon de cette pratique, certains pays ont inversé la courbe de manière spectaculaire. Les chiffres révélés récemment choquent par leur ampleur et interrogent profondément sur l’état actuel des droits humains à l’échelle planétaire.
Une inversion de tendance mondiale préoccupante
Le message est clair et sans ambiguïté : malgré les avancées enregistrées dans de nombreux pays vers l’abolition totale, 2025 marque un recul net. Cette hausse ne provient pas d’une généralisation, mais d’une concentration inquiétante dans un petit groupe d’États qui maintiennent et intensifient activement cette sanction ultime.
Le constat est d’autant plus alarmant que plusieurs de ces exécutions concernent des infractions qui, selon les normes internationales, ne devraient jamais justifier la peine de mort. Le critère des « crimes les plus graves » semble avoir été largement contourné, voire ignoré.
L’Iran : un record terrifiant
Parmi les pays pointés du doigt, l’Iran se distingue par des chiffres absolument exceptionnels. On estime qu’au moins 1 500 personnes ont été exécutées au cours de l’année 2025. Ce nombre dépasse de très loin les bilans des années précédentes et place le pays dans une catégorie à part.
Le rythme soutenu et l’ampleur de ces exécutions laissent penser à une stratégie délibérée. La peine capitale y serait utilisée comme un véritable outil d’intimidation politique et sociale, visant à museler toute forme de contestation ou de dissidence.
« L’ampleur et le rythme des exécutions évoquent un recours systématique à la peine capitale comme outil d’intimidation de l’État. »
Cette analyse officielle souligne une instrumentalisation particulièrement inquiétante de la justice pénale. Lorsque la mort devient une réponse systématique à des comportements jugés indésirables par le pouvoir, les garanties fondamentales du droit à un procès équitable se trouvent gravement compromises.
Arabie Saoudite : un nouveau record macabre
L’Arabie Saoudite n’est pas en reste. Avec au moins 356 exécutions recensées en 2025, le royaume bat son propre record établi l’année précédente. Parmi ces condamnés figuraient au moins deux mineurs au moment des faits, ce qui constitue une violation supplémentaire des engagements internationaux.
Ces chiffres traduisent une politique pénale particulièrement répressive. Les infractions punies de mort restent très larges et incluent souvent des délits liés à la drogue ou à des atteintes perçues à l’ordre public ou religieux.
États-Unis : retour en force après des années de baisse
De l’autre côté de l’Atlantique, les États-Unis enregistrent également une hausse significative. Avec 47 exécutions en 2025, le pays atteint son niveau le plus élevé depuis seize ans. Cette recrudescence intervient après une période de déclin progressif.
Particulièrement préoccupante est la généralisation de l’exécution par asphyxie au gaz, méthode introduite récemment et qui suscite de très vives critiques. De nombreux observateurs estiment que ce procédé pourrait constituer une forme de traitement cruel, inhumain ou dégradant, voire s’apparenter à de la torture.
« Le recours à l’exécution par asphyxie au gaz […] suscite de vives inquiétudes quant à d’éventuelles pratiques de torture ou des châtiments cruels. »
Ces interrogations éthiques et juridiques se heurtent à une réalité politique : plusieurs États américains ont accéléré le rythme des exécutions, souvent dans un contexte de durcissement sécuritaire et de polarisation politique.
Exécutions publiques et opacité persistante
En Afghanistan, les exécutions publiques se sont poursuivies sans discontinuer. Des cas particulièrement choquants ont été rapportés, notamment en avril 2025, où quatre personnes ont été mises à mort par les proches des victimes dans des stades de football des provinces de Badghis, Nimroz et Farah.
Ces pratiques violent clairement les standards internationaux qui interdisent les exécutions publiques et les châtiments corporels collectifs. Elles renvoient à une justice punitive spectaculaire destinée à marquer les esprits.
Dans le même temps, des pays comme la Chine et la Corée du Nord continuent d’appliquer la peine de mort dans une opacité totale. L’absence de transparence empêche toute vérification indépendante et rend impossible l’évaluation précise de l’ampleur réelle du phénomène.
Singapour, Somalie et autres pays concernés
D’autres États maintiennent un recours actif à la peine capitale. Singapour a procédé à au moins 17 exécutions en 2025, principalement pour des infractions liées au trafic de drogue. La Somalie en a enregistré au moins 24.
Ces chiffres, bien que moins spectaculaires que ceux de l’Iran ou de l’Arabie Saoudite, témoignent d’une persistance de la peine de mort dans des contextes sécuritaires ou répressifs variés.
Israël et Gaza : un climat législatif et sécuritaire tendu
En Israël, plusieurs propositions législatives ont émergé visant à introduire la peine de mort obligatoire pour certains crimes, ces dispositions devant s’appliquer exclusivement aux Palestiniens. Une telle discrimination soulève des questions graves sur l’égalité devant la loi et le droit à un procès équitable.
Parallèlement, des exécutions sommaires attribuées au Hamas à Gaza ont également été dénoncées comme des violations flagrantes des droits humains. Ces pratiques, qu’elles émanent d’un État ou d’un groupe armé, contribuent à un climat de violence institutionnalisée.
Signes encourageants malgré tout
Malgré ce tableau sombre, des évolutions positives existent. Plusieurs pays ont pris des mesures concrètes pour limiter ou réduire le recours à la peine capitale en 2025 :
- Vietnam : engagement vers une réduction progressive
- Pakistan : moratoire partiel et débats internes
- Zimbabwe : discussions sur l’abolition
- Kenya : projet de réforme constitutionnelle
- Malaisie : limitation significative des condamnations
Ces initiatives, bien que modestes face à la tendance globale, rappellent qu’un mouvement vers l’abolition reste possible même dans des contextes difficiles.
Pourquoi la peine de mort ne résout rien
Le Haut-Commissaire insiste sur un point fondamental : la peine de mort n’est pas un outil efficace de lutte contre la criminalité. De nombreuses études démontrent qu’elle n’a aucun effet dissuasif supérieur à celui de peines de prison à perpétuité.
Pire encore, le risque d’exécuter des innocents demeure réel. Des erreurs judiciaires documentées dans plusieurs pays ont conduit à des condamnations injustes suivies d’exécutions irréversibles.
Au-delà de l’efficacité, la question morale reste centrale. Peut-on, au nom de la justice, priver délibérément un être humain de sa vie ? Cette interrogation éthique traverse les débats depuis des décennies et oppose abolitionnistes et partisans de la peine capitale.
Un appel solennel à l’action
Face à cette recrudescence, l’ONU appelle tous les États concernés à prendre des mesures immédiates et concrètes :
- Instauration d’un moratoire immédiat sur les exécutions
- Commutation de toutes les condamnations à mort existantes
- Engagement clair vers l’abolition complète de la peine capitale
Ces trois étapes représentent le chemin le plus réaliste pour inverser la tendance actuelle et rejoindre le mouvement mondial d’abolition, qui compte déjà plus des deux tiers des pays de la planète.
Réflexions sur l’avenir des droits humains
La situation de 2025 pose une question essentielle : les droits humains universels peuvent-ils résister à la montée des régimes autoritaires et des politiques sécuritaires ultra-répressives ? Lorsque la peine de mort devient un instrument de contrôle social et politique, c’est l’ensemble de l’édifice des libertés fondamentales qui se trouve menacé.
Les exécutions massives en Iran, les records en Arabie Saoudite, le retour en force aux États-Unis, les exécutions publiques en Afghanistan… tous ces éléments convergent vers un même constat : sans mobilisation internationale forte et sans pression diplomatique soutenue, la tendance risque de s’aggraver encore.
Pourtant, l’histoire récente montre que des changements radicaux sont possibles. Des pays qui appliquaient massivement la peine capitale il y a quelques décennies l’ont aujourd’hui totalement abolie. Ce chemin reste ouvert, même pour les nations les plus réticentes.
La mobilisation citoyenne, les campagnes d’information, le plaidoyer incessant des organisations de défense des droits humains, les pressions diplomatiques… tous ces leviers peuvent contribuer à faire reculer cette pratique cruelle et inutile.
En cette année 2025 marquée par une recrudescence alarmante, l’enjeu est clair : soit le monde accepte de voir se perpétuer et s’étendre une sanction qui viole la dignité humaine, soit il choisit résolument la voie de l’abolition universelle.
L’avenir dira si l’alerte lancée par les Nations Unies aura été entendue ou si elle restera lettre morte face aux intérêts politiques et aux passions sécuritaires. Une chose est certaine : le combat pour l’abolition de la peine de mort est loin d’être terminé.
« La peine de mort n’est pas un outil efficace de lutte contre la criminalité et peut conduire à l’exécution d’innocents. »
Cette phrase résume à elle seule l’urgence et la gravité de la situation actuelle. Elle nous rappelle que derrière chaque chiffre se cache une vie humaine, une famille brisée, une injustice potentielle.
En 2026, alors que le monde observe les suites de cette année charnière, espérons que la communauté internationale saura transformer l’alarme en action concrète et décisive. Car chaque exécution évitée est une victoire pour l’humanité tout entière.









