Dimanche 22 février 2026, sous un ciel azuréen du Var, un nom a résonné plus fort que les autres sur la ligne d’arrivée du Tour des Alpes-Maritimes : Paul Lapeira. À 25 ans, le Normand a signé sa première victoire de la saison de la plus belle des manières, en force, au terme d’une journée accumulant plus de 3000 mètres de dénivelé positif. Mais au-delà du bouquet et du maillot de leader, c’est surtout l’état d’esprit affiché par le coureur de l’équipe Décathlon CMA CGM qui interpelle.
Deux jours avant cette consécration, dans le calme relatif d’un hôtel d’équipe à La Garde, Paul nous confiait déjà son objectif : gagner cette épreuve qui colle parfaitement à ses qualités de puncheur. Et il ajoutait, avec un sourire lucide : « Je veux élargir ma fourchette ». Une phrase qui résume à elle seule l’ambition dévorante de celui qui rêve désormais de briller sur les plus grandes classiques printanières.
Un puncheur qui veut voir plus loin
Paul Lapeira n’est plus un inconnu des pelotons professionnels. En 2024 déjà, il avait créé la sensation sur les routes ardennaises avec une superbe 5ᵉ place à l’Amstel Gold Race et une 11ᵉ à Liège-Bastogne-Liège. Mais une blessure l’avait privé de la suite de sa saison 2025, laissant un goût d’inachevé. 2026 marque donc son grand retour, avec des objectifs clairs et une méthode de travail repensée.
Travailler la durabilité sans perdre l’explosivité
Le principal axe de progression affiché par le coureur est limpide : conserver son punch légendaire tout en gagnant en capacité à répéter des efforts de plus longue durée. « Mon profil est vraiment typé Amstel », explique-t-il. « Mais on veut aller plus sur un format Liège avec des efforts un peu plus longs, des répétitions de 5 à 10 minutes. »
Concrètement, cela se traduit par un travail très ciblé sur la zone aérobie haute, les fameuses capacités à encaisser et répéter des efforts prolongés autour du seuil. L’objectif n’est pas de devenir grimpeur au sens pur du terme, mais bien d’agrandir la palette d’efforts sur laquelle il est performant.
« Je n’essaie pas de devenir grimpeur. Mais je veux élargir ma fourchette. »
Cette quête de polyvalence est essentielle pour espérer rivaliser avec les cadors sur des courses comme Liège-Bastogne-Liège ou la Flèche Wallonne, où les enchaînements de montées raides et longues usent même les plus résistants.
Lactate clearance : la clé de la récupération active
Autre chantier majeur de l’hiver : le fameux « recyclage du lactate ». L’idée est simple sur le papier, diabolique à l’entraînement : monter très haut en intensité, puis redescendre à un niveau toujours soutenu pour apprendre au corps à éliminer l’acide lactique tout en restant engagé.
Paul décrit ses séances types : « Je pèse 65 kg et je fais ma récup’ à 320 watts. Sur cinq minutes, j’en fais deux assez élevées et puis trois en récup’ à 320 watts. Un cycle que je répète trois fois. » Un travail exigeant, presque contre-intuitif, mais qui porte ses fruits sur des finales de course où tout le monde souffre.
Milan-San Remo : un premier test XXL
Avant de plonger dans le cœur du printemps ardennais, Paul Lapeira va découvrir l’un des monuments les plus mythiques : Milan-San Remo. Une épreuve de près de 300 kilomètres, où la durabilité est reine. « Franchement, je ne suis pas trop mal », confie-t-il. « Il y a deux ans, je m’étais déjà étonné par rapport à ça. Je suis capable d’être vraiment bon au bout de 6 heures de vélo. »
Il se souvient avec précision de Liège 2024 : dans la mythique montée de la Roche-aux-Faucons, il se sentait si fort qu’il faisait sauter des coureurs du calibre d’Egan Bernal. « À Liège, en 2024, je n’aurais jamais cru pouvoir me sentir aussi bien dans la Roche-aux-Faucons », lâche-t-il encore ému.
Une équipe et un staff en phase avec ses ambitions
Depuis deux saisons, Paul travaille avec Alex Camier, un entraîneur britannique très scientifique, passé par l’une des meilleures structures mondiales. « Il est très, très scientifique », sourit le coureur. « J’aime les datas, quantifier ce que je fais. Mais je ne bascule pas non plus du mauvais côté. »
Il explique ce subtil équilibre : sur les longues sorties d’endurance sans objectif précis, il range le compteur et roule au feeling. « Sur un vélo, sans compteur, je sais dire à 10 watts près à combien je suis. » Une capacité rare qui prouve sa maturité et son feeling naturel.
Le printemps 2026 : un programme chargé et cohérent
Le calendrier de Paul Lapeira s’annonce dense et logique :
- Drôme Classic
- Strade Bianche
- Tirreno-Adriatico
- Milan-San Remo
- puis les classiques ardennaises (Amstel, Flèche, Liège)
Chaque course doit servir de tremplin pour la suivante. Le Tour des Alpes-Maritimes, avec ses longs cols en première partie et son final explosif, était le parfait galop d’essai. Et il l’a transformé en victoire.
Un mental de gagnant
Derrière les chiffres et les watts, il y a surtout une faim intacte. Paul Lapeira ne se contente plus de « bien faire ». Il veut gagner. Il veut marquer l’histoire du cyclisme français. Et il sait que pour y parvenir, il faut accepter de souffrir différemment.
« En fait, il n’y a que des objectifs qui arrivent. »
Cette phrase résume parfaitement l’état d’esprit actuel : pas de temps mort, pas de course pour la course. Chaque jour compte, chaque séance est pensée pour servir les grands rendez-vous d’avril et de mai.
Et après ?
Si le printemps se passe comme espéré, Paul Lapeira pourrait bien devenir l’un des nouveaux visages incontournables du cyclisme mondial. À seulement 25 ans, il allie déjà explosivité, intelligence tactique et envie de progresser. Une combinaison rare.
Le public français, qui a tant vibré pour Julian Alaphilippe, Romain Bardet ou Thibaut Pinot, pourrait bien trouver en lui le nouveau porte-drapeau des classiques. Un puncheur qui refuse de rester cantonné à son registre. Un coureur qui veut tout gagner.
Et si la suite de la saison confirme cette impression, 2026 pourrait bien être l’année de l’explosion définitive de Paul Lapeira. Affaire à suivre… de très près.
À retenir : Paul Lapeira ne veut plus se limiter. Il travaille sa capacité à répéter des efforts longs tout en conservant son explosivité naturelle. Sa victoire au Tour des Alpes-Maritimes n’est que le début d’une saison qui s’annonce passionnante.
Maintenant, place au printemps. Et que les plus fortes jambes l’emportent.









