ActualitésInternational

Panne Majeure à l’Est de Cuba : Santiago Plongée dans le Noir

L’est de Cuba est actuellement plongé dans l’obscurité totale après une panne majeure survenue en soirée. Santiago de Cuba, deuxième ville du pays, est entièrement privée d’électricité. Quelles sont les causes profondes et jusqu’où ira cette crise ?

Imaginez une ville de 400 000 habitants brusquement plongée dans le noir complet, sans un seul lampadaire allumé, sans feux de circulation, sans le ronronnement habituel des ventilateurs ou des réfrigérateurs. C’est la réalité que vivent actuellement les habitants de l’est de Cuba, et particulièrement ceux de Santiago de Cuba, depuis ce mercredi soir.

Une panne soudaine et massive a frappé le réseau électrique national, isolant plusieurs provinces entières. Les conséquences se font déjà sentir dans le quotidien des Cubains, dans un contexte où les coupures de courant sont devenues presque routinières ces dernières années, mais jamais à cette échelle récemment.

Une panne qui paralyse l’est du pays

Le problème technique est apparu en fin de soirée. Une défaillance importante dans une infrastructure clé a provoqué un effet domino sur l’ensemble du réseau oriental. Les autorités ont rapidement communiqué sur les réseaux sociaux pour expliquer la situation et tenter de rassurer, tout en travaillant à rétablir le courant.

La panne a débuté précisément à 20h54, heure locale, au niveau d’une sous-station stratégique située dans la province de Holguín. Cette installation de 220 kilovolts est essentielle pour la distribution électrique vers l’est du pays.

Quelles provinces sont touchées ?

Les conséquences géographiques sont très claires et très lourdes. La province de Holguín subit des coupures partielles, tandis que trois autres provinces se retrouvent totalement privées d’électricité :

  • Granma
  • Santiago de Cuba
  • Guantánamo

Ces quatre provinces représentent une partie très significative de l’est cubain, une région déjà souvent confrontée à des difficultés d’approvisionnement énergétique ces derniers temps.

Santiago de Cuba, en particulier, est la deuxième plus grande ville du pays. Sa population importante rend la situation encore plus critique. Les habitants se retrouvent sans moyen de s’éclairer, de conserver leurs aliments au frais, de recharger leurs téléphones ou d’utiliser les appareils médicaux qui dépendent de l’électricité.

Un pays habitué… mais jusqu’à un certain point

Depuis environ deux ans, les Cubains font face à des coupures de courant de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues. Les délestages programmés touchent presque toutes les régions du pays chaque jour, parfois pendant 12 à 18 heures consécutives.

Mais ce qui frappe aujourd’hui, c’est l’ampleur géographique et la soudaineté de cette panne. Contrairement aux délestages habituels qui sont répartis et annoncés, ici, plusieurs provinces entières ont été instantanément privées de courant à la suite d’un seul incident technique.

« Une panne s’est produite dans la sous-station Holguin 220 kV, provoquant la déconnexion du réseau électrique dans la partie orientale du pays »

Cette phrase résume parfaitement la gravité de la situation : un seul point de défaillance a suffi pour couper l’électricité à des centaines de milliers de foyers et d’entreprises.

Les racines profondes de la crise énergétique cubaine

Pour comprendre pourquoi le système électrique cubain est si fragile, il faut remonter à plusieurs facteurs structurels et conjoncturels qui se sont accumulés ces dernières années.

D’abord, les infrastructures électriques datent pour beaucoup des années 1980 et n’ont pas bénéficié des investissements nécessaires depuis. Les centrales thermiques, qui produisent la majorité de l’électricité, souffrent d’un manque chronique de pièces détachées et de maintenance.

Ensuite, le pays dépend très fortement des importations de combustibles fossiles. Or, depuis 2023, l’approvisionnement en pétrole vénézuélien, qui constituait autrefois l’essentiel des importations, s’est considérablement réduit.

La fin d’une époque : l’impact de la situation vénézuélienne

Depuis le début de l’année, la chute du dirigeant vénézuélien a marqué un tournant. Les livraisons de pétrole à des conditions très avantageuses ont pratiquement cessé. Cuba se retrouve donc contrainte de chercher du carburant sur le marché international, à des prix beaucoup plus élevés et sans les facilités de paiement dont bénéficiait l’accord avec Caracas.

Cette perte d’un allié stratégique majeur a directement aggravé la capacité du pays à faire tourner ses centrales électriques. Moins de fuel lourd signifie moins de production d’électricité, et donc plus de délestages.

La dimension géopolitique s’intensifie

La crise énergétique prend également une tournure politique internationale. Les États-Unis ont récemment renforcé leur politique de pression économique sur l’île. Un décret présidentiel américain permet désormais d’imposer des sanctions secondaires aux pays exportateurs de pétrole vers Cuba.

Cette mesure vise explicitement à compliquer encore davantage l’approvisionnement énergétique de l’île. Les autorités américaines justifient cette décision par des considérations de sécurité nationale, en raison de la proximité géographique entre Cuba et la Floride.

Le cas particulier du Mexique

Depuis 2023, le Mexique est devenu un fournisseur important de carburants pour Cuba. Des navires mexicains livrent régulièrement du pétrole brut et des dérivés à l’île. Mais cette relation commerciale est désormais sous haute surveillance.

Des déclarations récentes indiquent que le Mexique pourrait réduire voire cesser ces livraisons sous la pression américaine. Dans le même temps, les autorités mexicaines ont annoncé vouloir maintenir une aide humanitaire et cherchent des mécanismes pour continuer à soutenir Cuba sans violer les sanctions potentielles.

Cette ambivalence illustre parfaitement la complexité géopolitique dans laquelle se trouve prise l’approvisionnement énergétique cubain aujourd’hui.

Les conséquences concrètes pour la population

Pour les habitants, la panne de ce soir n’est qu’un épisode supplémentaire dans une longue série de difficultés. Mais chaque coupure supplémentaire rend la vie quotidienne plus compliquée :

  1. Conservation des aliments devient presque impossible sans réfrigérateur
  2. Accès à l’eau potable compliqué (les pompes sont électriques)
  3. Soins médicaux perturbés dans les hôpitaux et cliniques
  4. Communications limitées (recharge de téléphones impossible)
  5. Insécurité accrue la nuit dans les rues non éclairées
  6. Impact sur les petits commerces et l’économie informelle
  7. Stress psychologique lié à l’incertitude permanente

Les familles s’organisent comme elles peuvent : bougies, lampes torches, groupes électrogènes quand ils en possèdent, repas froids… Mais après des mois de ce régime, la fatigue s’accumule.

Quelles solutions à court et moyen terme ?

À très court terme, les équipes techniques travaillent à isoler la panne et à rétablir progressivement le courant dans les zones affectées. Cela peut prendre plusieurs heures, voire plusieurs jours selon la gravité des dommages.

À moyen terme, plusieurs pistes sont évoquées, même si elles demandent des investissements importants :

  • Réhabilitation des centrales existantes
  • Modernisation du réseau de transport et de distribution
  • Développement des énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse)
  • Diversification des fournisseurs de combustibles
  • Amélioration de la gestion et de la maintenance

Ces solutions nécessitent des fonds que l’économie cubaine, très contrainte, peine à mobiliser. Les partenariats internationaux, les financements multilatéraux ou les investissements privés étrangers sont souvent évoqués, mais se heurtent à des obstacles politiques et financiers.

Un appel à la résilience collective

Face à cette nouvelle épreuve, les Cubains font preuve d’une résilience remarquable. Les voisins s’entraident, les commerçants improvisent, les familles s’organisent. Cette solidarité face à l’adversité est une constante dans l’histoire récente de l’île.

Mais cette résilience a ses limites. Les appels à une solution durable et structurelle se multiplient, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. La question n’est plus seulement de rétablir le courant après chaque panne, mais de construire un système électrique fiable et résilient.

Vers une normalisation ou une aggravation ?

L’avenir proche reste incertain. Si les réparations techniques se déroulent sans encombre, le courant pourrait revenir progressivement dans les prochaines heures ou jours. Mais même dans ce scénario optimiste, les délestages quotidiens persisteront tant que les problèmes structurels ne seront pas traités.

Par ailleurs, la pression internationale et les difficultés d’approvisionnement en carburant pourraient encore aggraver la situation dans les semaines et mois à venir. Les prochains jours seront déterminants pour évaluer si cette panne restera un incident isolé ou si elle marque le début d’une nouvelle phase de crise énergétique.

En attendant, dans les rues sombres de Santiago de Cuba et des autres villes de l’est, des centaines de milliers de personnes vivent au rythme des bougies et des lampes de poche, espérant que la lumière reviendra bientôt… et qu’elle restera.

Dans un pays où l’électricité est devenue un bien précieux et rare, chaque ampoule qui s’allume est vécue comme une petite victoire collective.

La population de l’est cubain fait face ce soir à une nouvelle épreuve. Espérons que les efforts des techniciens porteront rapidement leurs fruits et que cette panne ne sera qu’un mauvais moment à passer dans une crise énergétique qui dure depuis trop longtemps.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.