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Ouganda : Tension Maximale Avant les Résultats Présidentiels

À quelques heures de l'annonce officielle des résultats de la présidentielle ougandaise, le domicile de Bobi Wine a été visé par un raid nocturne des forces de sécurité. Coupé du monde, l'opposant serait-il en danger ? La tension atteint son paroxysme...

À quelques heures seulement de l’annonce des résultats d’une élection présidentielle déjà qualifiée de simple formalité par beaucoup, l’Ouganda retient son souffle. Dans la nuit de vendredi à samedi, des bruits d’hélicoptère et de drones ont troublé le sommeil des habitants d’un quartier résidentiel de Kampala. Au cœur de cette agitation : la maison du principal opposant au régime en place.

Un pays suspendu à l’annonce d’un verdict annoncé d’avance ?

Jeudi, les Ougandais étaient appelés aux urnes pour choisir leur président et leurs députés. Un double scrutin qui, pour beaucoup d’observateurs internationaux, ressemblait davantage à une confirmation qu’à une véritable compétition démocratique. Après plusieurs jours de dépouillement, les chiffres provisoires donnaient une avance très confortable au président sortant.

Avec plus de 93 % des bureaux de vote dépouillés, les résultats partiels affichaient environ 72 % des voix pour le chef de l’État sortant, contre un peu moins de 25 % pour son principal challenger. Ces chiffres, s’ils se confirment, ne surprendraient guère dans un contexte où le pouvoir en place contrôle largement les institutions.

Un raid nocturne au domicile de l’opposant

Vendredi soir, alors que les dépouillements se poursuivaient, des forces de sécurité auraient pénétré par effraction dans la résidence privée du chanteur devenu homme politique. Selon plusieurs sources proches du parti d’opposition, des agents en tenue sombre ont escaladé le mur d’enceinte avant de confisquer les moyens de communication.

Les versions divergent sur la suite des événements. Certains membres du parti ont d’abord évoqué un enlèvement par hélicoptère militaire vers une destination inconnue. Cette information, diffusée sur les réseaux sociaux, a ensuite été retirée dans la matinée de samedi. D’autres sources, notamment le fils de l’opposant actuellement à l’étranger, affirment que son père serait parvenu à échapper aux assaillants.

Ce qui ne fait guère débat : depuis vendredi soir, plus personne ne parvient à joindre directement l’ancien artiste ni son entourage immédiat. Les téléphones restent muets, les accès physiques à la propriété sont bloqués.

La version officielle des autorités

Interrogé par la presse, le porte-parole de la police a tenu à préciser que les forces de l’ordre n’avaient pas formellement placé l’opposant en détention. Il a toutefois justifié la présence massive des forces de sécurité autour de la résidence par la nécessité d’éviter tout rassemblement susceptible de dégénérer en troubles à l’ordre public.

« Nous n’avons pas nécessairement interdit l’accès à la personne, mais nous ne pouvons tolérer les cas où des individus utilisent cette résidence pour se rassembler et inciter à la violence. »

Cette explication peine à convaincre les soutiens de l’opposition qui y voient plutôt une nouvelle manœuvre d’intimidation à l’approche de l’annonce officielle des résultats.

Un climat de peur palpable dans les quartiers populaires

Dans le quartier où réside l’opposant, les témoignages concordent : présence massive des forces de l’ordre, barrages routiers, survol d’appareils militaires. Un habitant du coin, la trentaine, raconte avoir entendu le bruit caractéristique d’un drone puis d’un hélicoptère dans la nuit. La peur a poussé de nombreuses familles à quitter précipitamment leur domicile.

« Beaucoup de gens ont quitté le quartier. On a très peur », confie ce jeune commerçant qui préfère rester anonyme. Ce sentiment d’insécurité n’est pas nouveau dans les zones considérées comme acquises à l’opposition.

Des antécédents lourds de sens

Cette irruption nocturne n’est malheureusement pas une première. Lors du précédent cycle électoral, en 2021, l’opposant avait déjà été placé en résidence surveillée, détenu à plusieurs reprises et avait dénoncé des actes de torture. Le climat de défiance mutuelle entre pouvoir et opposition s’est encore durci depuis.

Quelques mois avant ce scrutin, un autre poids lourd de l’opposition historique avait été enlevé dans un pays voisin avant d’être ramené manu militari en Ouganda où il demeure détenu pour des faits graves. Ce précédent alimente les pires craintes chez les partisans du mouvement contestataire.

Une campagne sous haute tension

Depuis plusieurs semaines, la campagne électorale se déroulait dans un climat très lourd. Coupure quasi-totale d’internet pendant plusieurs jours, arrestations massives de militants, entraves à la circulation des équipes de campagne : les griefs sont nombreux du côté de l’opposition.

Les organisations internationales de défense des droits humains ont recensé plusieurs centaines d’arrestations parmi les soutiens du principal challenger. Certains militants ont même été interpellés alors qu’ils tentaient simplement de se rendre dans les bureaux de vote.

Le jour du vote : chaos technique et suspicions

Le jour même du scrutin n’a pas échappé à la règle. De nombreux électeurs ont dû patienter des heures durant devant les bureaux de vote en raison de dysfonctionnements majeurs des équipements biométriques. Les cartes d’électeur n’étaient parfois pas reconnues, les machines refusaient de s’allumer ou perdaient la connexion.

Dans plusieurs régions du pays, les bulletins de vote n’ont été distribués que plusieurs heures après l’ouverture officielle des bureaux. Ces défaillances techniques, survenues alors que le réseau internet national était coupé depuis plusieurs jours, ont immédiatement été dénoncées comme une tentative délibérée de compliquer l’accès au vote dans certains bastions de l’opposition.

Des accusations graves de violences

La nuit suivant le scrutin a également été marquée par des incidents graves dans plusieurs localités. Dans une région considérée comme un fief de l’opposition, des échanges de tirs auraient fait plusieurs victimes. Les chiffres varient énormément selon les sources : entre sept et plus de vingt morts, sans compter les blessés graves.

Les autorités parlent d’attaque contre un centre de dépouillement et de légitime défense des forces de sécurité. L’opposition, elle, évoque plutôt des tirs à balles réelles contre des civils désarmés rassemblés dans une propriété privée.

Un pouvoir qui s’accroche depuis quatre décennies

Derrière ces tensions électorales se dessine l’histoire d’un homme qui dirige le pays depuis 1986. Ancien combattant devenu chef d’État, il incarne à la fois la stabilité pour ses partisans et l’immobilisme politique pour ses détracteurs. À plus de 80 ans, il brigue un nouveau mandat qui pourrait le maintenir au pouvoir jusqu’à ses 86 ans.

Face à lui, un ancien chanteur de musique urbaine devenu député puis leader charismatique de la contestation. Issu des quartiers populaires de la capitale, il parle le langage de la jeunesse urbaine et sait mobiliser les réseaux sociaux. Son ascension fulgurante inquiète visiblement le pouvoir en place.

Que peut-il se passer dans les prochaines heures ?

Alors que l’annonce officielle des résultats est imminente, plusieurs scénarios restent possibles. La proclamation de la victoire du sortant pourrait passer relativement calmement si les mesures de sécurité restent très fortes. Elle pourrait aussi déclencher une vague de contestation, surtout dans les quartiers populaires de la capitale.

Dans tous les cas, la situation reste extrêmement tendue. L’opposition a déjà appelé à la mobilisation en cas de fraude massive. Les autorités, elles, ont promis de sanctionner sévèrement toute tentative de trouble à l’ordre public.

Entre ces deux postures irréconciliables, ce sont les citoyens ordinaires qui vivent dans l’angoisse. Beaucoup craignent une nouvelle flambée de violences, d’autres espèrent encore, malgré tout, que ce scrutin marque enfin un tournant démocratique.

Pour l’instant, l’Ouganda attend. Comme souvent depuis quarante ans, l’avenir du pays se joue dans un climat de très haute tension, entre résignation d’une partie de la population et détermination farouche d’une jeunesse qui refuse de voir son avenir confisqué.

Les prochaines heures seront décisives. Elles diront si ce pays d’Afrique de l’Est poursuit sa longue marche vers une alternance pacifique ou s’il s’enfonce encore davantage dans un autoritarisme qui semble ne jamais vouloir céder la place.

À suivre donc, minute par minute, dans un climat où chaque annonce, chaque rumeur, chaque mouvement de foule peut changer la donne en quelques heures seulement.

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