Imaginez une cathédrale bondée de fidèles venus simplement prier pour la santé d’un homme malade, et soudain, tout s’arrête. Pas à cause d’une tempête ou d’un imprévu technique, mais sur ordre présumé du chef de l’État lui-même. C’est ce qui s’est passé récemment à Kampala, où une messe prévue pour soutenir un leader de l’opposition détenu depuis plus d’un an a été annulée au dernier moment. Cet événement soulève des questions profondes sur la liberté de culte et l’emprise du pouvoir sur la société ougandaise.
Une messe annulée qui en dit long sur le climat politique
La famille d’un dirigeant opposant historique avait invité ses soutiens à se réunir dans la cathédrale Rubaga, un lieu emblématique de la capitale, pour une cérémonie religieuse. L’objectif était clair : invoquer la guérison et la libération de cet homme emprisonné, ainsi que d’autres détenus considérés comme politiques. Des centaines de personnes s’étaient déjà déplacées, prêtes à partager un moment de recueillement collectif.
Mais la veille, tout a basculé. L’archevêque a reçu un appel inattendu. Selon l’épouse de l’opposant, le président en personne aurait contacté l’autorité ecclésiastique pour qualifier l’événement de politique et exiger son report, le temps d’une enquête. Résultat : la messe n’a pas eu lieu, laissant les fidèles perplexes et indignés.
Cette intervention directe, si elle est confirmée, marque un précédent troublant. Elle suggère que même les espaces sacrés ne sont plus à l’abri des pressions étatiques quand il s’agit de questions sensibles liées à l’opposition.
Le parcours d’un opposant tenace face au régime
Cet opposant n’est pas n’importe qui. Ancien médecin personnel du président actuel, il a longtemps été un proche collaborateur avant de devenir l’un de ses plus farouches critiques. Depuis plus de deux décennies, il défie le pouvoir en place à travers des candidatures présidentielles répétées et une mobilisation constante pour le changement démocratique.
Son arrestation remonte à novembre 2024. Alors qu’il se trouvait au Kenya pour un déplacement, il a disparu subitement. Quelques jours plus tard, il réapparaissait en Ouganda, présenté devant une cour martiale pour des accusations graves incluant trahison. Le dossier a ensuite été transféré vers une juridiction civile en février suivant, mais les charges persistent, avec des peines potentielles très lourdes.
Les observateurs et les défenseurs des droits humains lient cet enlèvement et ces poursuites à la préparation des élections présidentielles qui ont eu lieu peu après. L’opposition dénonce une stratégie visant à neutraliser les voix dissidentes avant le scrutin.
Une détention prolongée et des craintes pour la santé
Plus d’un an après son arrestation, l’homme reste derrière les barreaux, sans jugement définitif. Sa famille et ses proches alertent régulièrement sur la dégradation de son état de santé. Affaibli, souffrant de douleurs intenses et de problèmes qui nécessitent des soins spécialisés, il aurait été hospitalisé à plusieurs reprises, mais les conditions de détention restent strictes.
L’épouse, par ailleurs figure internationale reconnue dans le domaine humanitaire, a multiplié les appels pour une libération immédiate ou au moins un accès adéquat aux soins. Elle décrit un homme qui lutte quotidiennement contre la maladie dans un environnement carcéral difficile, où les visites et les traitements sont limités.
Ce report est révélateur de la situation en Ouganda. Il montre que l’État peut bafouer le droit des citoyens à pratiquer leur culte et que cela est considéré comme normal.
L’épouse de l’opposant
Cette phrase résume bien l’indignation : au-delà du cas individuel, c’est la liberté religieuse qui semble menacée quand elle croise des enjeux politiques.
Le contexte des élections récentes et leurs controverses
Les événements s’inscrivent dans un paysage politique marqué par la longévité exceptionnelle du dirigeant en place. Au pouvoir depuis 1986, il a remporté un septième mandat lors du scrutin de janvier dernier, avec plus de 71 % des voix selon les résultats officiels. Son principal challenger a obtenu environ 25 %, mais l’opposition conteste vigoureusement la régularité du processus.
Des coupures internet prolongées pendant plusieurs jours, des répressions lors des rassemblements, des arrestations massives : les rapports d’observateurs internationaux et d’organisations de défense des droits pointent un climat de forte intimidation. Une semaine après l’élection, des déclarations officielles ont fait état de dizaines de morts parmi l’opposition et de milliers d’arrestations, accentuant les tensions.
Le principal rival du président est depuis en exil forcé, tandis que d’autres figures critiques font face à des poursuites judiciaires. Dans ce cadre, la détention prolongée de cet opposant historique apparaît comme un symbole de la répression systématique.
Liberté de culte versus contrôle étatique : un équilibre fragile
L’annulation de cette messe n’est pas un incident isolé. Elle illustre comment l’État peut influencer des institutions traditionnellement indépendantes comme les églises. En qualifiant l’événement de politique, le pouvoir semble redéfinir les frontières entre spiritualité et contestation.
Les fidèles présents ce jour-là ont exprimé leur frustration. Certains ont tout de même tenu des prières improvisées, défiant l’interdiction implicite. Cela montre une résilience de la société civile face aux restrictions.
Mais les questions demeurent : jusqu’où peut aller l’intervention du pouvoir dans les affaires religieuses ? Et quelles conséquences pour la cohésion sociale dans un pays déjà divisé politiquement ?
Les réactions et l’impact sur l’opposition
L’épouse de l’opposant n’a pas mâché ses mots. Elle voit dans ce report une preuve supplémentaire d’un système où les droits fondamentaux sont subordonnés aux intérêts du régime. Ses déclarations, relayées largement, ont ravivé les débats sur la répression en cours.
Du côté des soutiens, cette affaire renforce la détermination. Des appels à la mobilisation pacifique se multiplient, avec l’espoir que la pression internationale et interne finisse par obtenir justice.
Les organisations de défense des droits humains continuent de suivre le dossier de près, dénonçant une détention arbitraire et des conditions inhumaines. Elles exigent un procès équitable ou une libération pure et simple.
Un pays à la croisée des chemins
L’Ouganda traverse une période critique. D’un côté, une stabilité apparente sous une direction autoritaire de longue date ; de l’autre, une opposition affaiblie mais persistante, soutenue par une jeunesse aspirant à plus de libertés. Les élections récentes ont accentué les fractures, et des cas comme celui-ci alimentent le mécontentement.
La santé de cet opposant devient un enjeu symbolique. Si son état continue de se dégrader sans réponse adéquate, cela pourrait cristalliser davantage de colères. À l’inverse, une résolution apaisée pourrait, peut-être, ouvrir une fenêtre de dialogue.
Mais pour l’instant, l’annulation d’une simple messe révèle une réalité plus large : dans ce pays d’Afrique de l’Est, même la prière peut être perçue comme une menace.
Les mois à venir seront décisifs. Suivra-t-on une escalade ou un début de déescalade ? Les citoyens, les institutions religieuses et la communauté internationale observent attentivement. Car au-delà d’un homme emprisonné, c’est l’avenir démocratique de toute une nation qui se joue.
Et pendant ce temps, dans les cellules de Luzira, un vétéran de la lutte politique continue de payer le prix de ses convictions, espérant que ses soutiens ne baissent pas les bras.









