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Ouganda : Menaces de Mort de Muhoozi Après la Réélection de Museveni

À peine réélu pour un septième mandat, Yoweri Museveni voit son fils Muhoozi Kainerugaba proférer des menaces de mort explicites contre Bobi Wine sur les réseaux. 48 heures pour se rendre ou être traité en rebelle. Que cache vraiment cette escalade ?

Imaginez un pays où le pouvoir se transmet presque en héritage, où un simple message publié sur les réseaux sociaux peut faire trembler l’opposition entière. En Ouganda, cette scène n’est pas tirée d’un roman dystopique, mais bien de la réalité politique actuelle. À peine les résultats de l’élection présidentielle proclamés, une nouvelle tempête se lève autour de la famille au pouvoir depuis près de quarante ans.

Une réélection attendue, une succession qui s’accélère

Le président Yoweri Museveni vient d’être officiellement déclaré vainqueur pour un septième mandat consécutif. À 81 ans, cet ancien chef de guerre devenu homme d’État incontesté depuis 1986 continue de dominer la scène politique ougandaise. Les observateurs n’ont guère été surpris par ce résultat, tant le contrôle exercé sur les institutions électorales et sécuritaires semble total.

Mais au-delà de cette victoire annoncée, c’est l’ombre grandissante de son fils qui retient désormais l’attention. Muhoozi Kainerugaba, général de haut rang et commandant des forces terrestres, ne cache plus ses ambitions. Ses publications récentes sur les réseaux sociaux ont franchi une nouvelle ligne dans la confrontation avec l’opposition.

Des menaces explicites contre Bobi Wine

Quelques heures seulement après l’annonce des résultats, Muhoozi Kainerugaba a publié une série de messages particulièrement virulents. Il y revendique la mort de 22 membres ou sympathisants du parti de l’opposant Bobi Wine, la Plateforme d’unité nationale. Puis vient cette phrase glaçante : il espère que l’opposant deviendra le vingt-troisième.

Le général n’en reste pas là. Il accorde quarante-huit heures à Bobi Wine pour se présenter à la police. Passé ce délai, il sera considéré comme un hors-la-loi et traité en conséquence. Ces propos, loin d’être isolés, s’inscrivent dans une longue série de provocations publiques de la part du fils du président.

« Nous avons tué 22 terroristes de la NUP. Je prie pour que Kabobi soit le 23ème. »

Muhoozi Kainerugaba, sur les réseaux sociaux

Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi, n’a pas tardé à réagir. L’artiste devenu homme politique dénonce des menaces de mort claires et appelle la communauté internationale à prendre acte de cette escalade. Il affirme également être en fuite après une opération des forces de sécurité à son domicile.

Un parcours militaire au service d’une ambition politique

Muhoozi Kainerugaba, âgé de 51 ans, n’est pas un novice en matière de pouvoir. Formé dans plusieurs académies militaires prestigieuses, dont celle de Sandhurst au Royaume-Uni, il a gravi rapidement les échelons au sein de l’armée ougandaise. Sa nomination au poste de chef des forces terrestres en 2024 a été perçue par beaucoup comme une tentative de canaliser ses ambitions tout en le plaçant sous l’œil attentif de son père.

Pourtant, ce poste ne semble pas avoir freiné ses interventions publiques. Au contraire, il multiplie les déclarations fracassantes qui oscillent entre nationalisme exacerbé et attaques personnelles contre ses adversaires politiques. Ces sorties répétées interrogent sur l’équilibre réel au sein du cercle rapproché du président.

La question taboue de la succession

Depuis des années, aborder publiquement la succession de Yoweri Museveni constitue un sujet extrêmement sensible. En 2013, des médias avaient été suspendus pour avoir évoqué un prétendu « Projet Muhoozi » visant à préparer l’arrivée du fils au pouvoir. Ce tabou persiste, même si les faits semblent parler d’eux-mêmes.

Le président n’a jamais officiellement désigné de dauphin. Pourtant, l’ascension fulgurante de son unique fils dans l’appareil militaire laisse peu de place au doute pour de nombreux Ougandais. Certains affichent même ouvertement leur soutien au général, comme en témoignent les t-shirts à son effigie portés par des partisans le jour de la proclamation des résultats.

« Il est mon prochain président », lançait une jeune femme de 25 ans interrogée dans la rue. Ce sentiment existe bel et bien dans une partie de la population, surtout parmi les plus jeunes générations qui n’ont connu que le règne de Museveni.

Les dérapages qui fragilisent l’image du dauphin

Si Muhoozi Kainerugaba bénéficie d’un certain soutien populaire, ses interventions intempestives ont aussi suscité de vives critiques, y compris à l’intérieur même du régime. En 2022, il avait menacé d’envahir le Kenya voisin, obligeant son père à présenter des excuses officielles à Nairobi. Plus récemment, il a contribué à suspendre la coopération militaire avec l’Allemagne après avoir accusé l’ambassadeur allemand d’activités subversives.

Ces épisodes ont renforcé l’image d’un homme impulsif, parfois difficile à contrôler. Plusieurs analystes estiment que le président Museveni oscille entre le soutien à son fils et la nécessité de le recadrer régulièrement pour éviter que ses excès ne compromettent la stabilité du régime.

Les voix dissidentes au sein de l’ancien cercle présidentiel

Parmi ceux qui ont rompu avec le pouvoir, l’ancien médecin personnel du président, devenu figure emblématique de l’opposition, se trouve aujourd’hui derrière les barreaux. Son épouse a publiquement déclaré que cet emprisonnement visait en partie à écarter un opposant capable de contester efficacement l’ascension du fils du président.

« Museveni veut faire taire le seul leader de l’opposition qui le comprend et qui lui tient tête, lui et ses agissements criminels. »

L’épouse de l’opposant emprisonné

Cette voix n’est pas isolée. D’autres anciens proches du régime ont vu leur relation avec le président se dégrader précisément à cause de leur opposition à l’idée d’une transmission dynastique du pouvoir.

Salim Saleh, l’autre figure de l’ombre

Face à Muhoozi Kainerugaba, un autre nom revient régulièrement dans les discussions sur l’après-Museveni : celui de Salim Saleh, frère du président. Ancien militaire et acteur central du pouvoir depuis des décennies, il incarne pour certains une alternative plus mesurée et expérimentée.

Des informations récentes font état de rencontres entre diplomates européens et ce dernier, au cours desquelles il aurait promis de « contenir » les ardeurs de son neveu. Les semaines à venir, notamment à travers les nominations gouvernementales, pourraient révéler quel camp l’emporte réellement dans l’entourage du chef de l’État.

Un climat de tension permanente

L’Ouganda vit depuis plusieurs années dans une atmosphère de confrontation quasi permanente entre pouvoir et opposition. Les élections sont régulièrement contestées, les manifestations réprimées dans le sang, et les principaux leaders de l’opposition font face à des poursuites judiciaires ou à des assignations à résidence.

Dans ce contexte, les menaces proférées par le fils du président prennent une dimension particulièrement inquiétante. Elles renforcent le sentiment que l’espace politique se réduit comme peau de chagrin et que même les discours les plus modérés peuvent être assimilés à de la subversion.

Vers une militarisation accrue du pouvoir ?

Le général Muhoozi Kainerugaba a affirmé à plusieurs reprises qu’aucun civil ne devrait diriger le pays après son père. Cette déclaration, si elle se concrétisait, marquerait un tournant majeur dans l’histoire politique ougandaise. Elle suggère une volonté de pérenniser un modèle où l’armée conserve un rôle prédominant dans la gouvernance.

Pour l’heure, le président Museveni maintient le silence sur sa succession. Mais chaque nouvelle sortie de son fils alimente les spéculations et accentue les divisions au sein même du camp présidentiel. Entre ceux qui soutiennent une transition dynastique et ceux qui préfèrent une autre figure, le rapport de force reste incertain.

Les regards tournés vers les prochaines semaines

Les analystes s’accordent à dire que les nominations au sein du nouvel exécutif constitueront un premier indicateur déterminant. Qui sera placé à des postes stratégiques ? Quelle place sera réservée à Muhoozi Kainerugaba ? Et quel rôle Salim Saleh jouera-t-il dans les mois à venir ?

Dans un pays où le pouvoir repose largement sur la loyauté des appareils sécuritaires, ces décisions en diront long sur l’avenir immédiat de l’Ouganda. Entre continuité autoritaire et risque d’instabilité accrue, le chemin semble étroit.

Pour l’opposition, affaiblie mais toujours combative, chaque jour compte. Pour la population, qui aspire pour beaucoup à un changement après des décennies d’un même dirigeant, l’incertitude domine. Et au centre de cette équation complexe se trouve désormais un homme : Muhoozi Kainerugaba, dont les mots et les actes continuent de polariser un pays déjà profondément divisé.

La suite des événements dira si ces menaces marquent le début d’une répression encore plus dure ou si elles révèlent au contraire les limites d’un projet dynastique qui peine à s’imposer pleinement. Une chose est sûre : en Ouganda, la politique ne connaît jamais de répit.

Points clés à retenir

  • Yoweri Museveni réélu pour un 7ᵉ mandat à 81 ans
  • Muhoozi Kainerugaba, son fils, multiplie les menaces publiques contre Bobi Wine
  • Ultimatum de 48 heures lancé à l’opposant pour se rendre à la police
  • La question de la succession reste taboue mais de plus en plus visible
  • Salim Saleh apparaît comme une alternative potentielle au sein même de la famille

Cette séquence politique ougandaise illustre parfaitement la fragilité des transitions dans les régimes de longue durée. Elle pose aussi la question plus large de la place des héritiers dans les systèmes autoritaires modernes. L’histoire récente de plusieurs pays africains montre que ces dynamiques sont rarement simples et souvent porteuses de tensions durables.

En attendant, les Ougandais vivent au rythme des publications du général, des réactions de l’opposition et des silences éloquents du président. Une période de haute tension s’ouvre, dont les conséquences pourraient redessiner durablement le paysage politique du pays.

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