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Ouganda : Coupure Internet Avant les Élections Présidentielles

À 48 heures des élections en Ouganda, le gouvernement coupe internet pour plusieurs jours. Officiellement pour lutter contre la désinformation et la violence… Mais que cache vraiment cette mesure radicale ? Les opposants dénoncent déjà…

Imaginez-vous à deux jours d’une élection présidentielle majeure dans votre pays. Vous allumez votre téléphone pour suivre les derniers débats, vérifier les bureaux de vote ou simplement envoyer un message à un proche. Et là… plus rien. L’écran reste blanc, les applications refusent de se connecter. En Ouganda, cette scène pourrait devenir réalité dès ce mardi soir pour des millions de citoyens.

Une coupure internet annoncée à la veille du scrutin

Les autorités ougandaises ont pris une décision lourde de conséquences : l’interruption complète de l’accès à internet sur l’ensemble du territoire national. Cette mesure entrera en vigueur mardi à 18 heures heure locale, soit 15 heures GMT, et durera pour une période indéterminée. Nous sommes alors à seulement deux jours du double scrutin présidentiel et législatif très attendu.

La décision a été officialisée par un document interne adressé aux différents fournisseurs d’accès internet du pays. Ce courrier, dont l’authenticité a été confirmée par plusieurs sources proches du pouvoir, détaille les raisons invoquées par les autorités pour justifier une telle mesure aussi radicale.

Les justifications officielles de la Commission des communications

Selon le texte officiel, cette coupure vise principalement à « atténuer la propagation rapide de la désinformation en ligne ». Les autorités évoquent également la nécessité de prévenir « la fraude électorale et les risques connexes », ainsi que d’« empêcher l’incitation à la violence » pendant cette période sensible.

Ces arguments ne sont pas nouveaux dans le contexte africain contemporain. Plusieurs pays ont déjà utilisé des justifications similaires pour justifier des coupures totales ou partielles du réseau lors de périodes électorales jugées particulièrement sensibles.

« Cette mesure est nécessaire pour atténuer la propagation rapide de la désinformation en ligne, la fraude électorale et les risques connexes, ainsi que pour empêcher l’incitation à la violence »

Extrait du courrier de la Commission des communications de l’Ouganda

Cette formulation laisse cependant de nombreuses questions en suspens. Qu’entend-on précisément par « désinformation » dans un contexte électoral où chaque camp accuse l’autre de manipuler l’information ? Qui décide de ce qui constitue une « incitation à la violence » ? Et surtout, pourquoi une coupure totale plutôt que des mesures plus ciblées ?

Un précédent récent qui marque les esprits

Ce n’est pas la première fois que l’Ouganda connaît une telle interruption des services internet en période électorale. En 2021, lors de la précédente élection présidentielle, le pays avait déjà connu une coupure quasi-totale du réseau pendant plusieurs jours. Le scrutin avait alors été remporté par le président en exercice, au pouvoir depuis maintenant plus de quatre décennies.

Cette élection de 2021 avait été particulièrement mouvementée. L’opposition avait dénoncé de nombreuses irrégularités, des violences avaient éclaté dans plusieurs villes, et le bilan humain s’était avéré particulièrement lourd. Des dizaines de personnes avaient perdu la vie dans des affrontements avec les forces de l’ordre.

L’histoire semble donc se répéter, avec les mêmes acteurs principaux sur le devant de la scène politique. Le président sortant, candidat à sa réélection, fait face une nouvelle fois à son principal opposant, celui qui avait déjà cristallisé l’opposition en 2021.

Des annonces gouvernementales contradictoires

Ce qui rend la situation particulièrement troublante, c’est que les autorités avaient répété à plusieurs reprises ces dernières semaines que le réseau internet ne serait pas coupé pendant la période électorale. Une publication officielle datée du 5 juillet affirmait clairement que les rumeurs de coupure étaient « fausses, trompeuses et destinées à provoquer une peur et une tension inutiles au sein du public ».

Cette volte-face soudaine soulève de nombreuses interrogations sur la transparence et la sincérité des communications officielles dans les jours qui précèdent un scrutin aussi crucial.

La question des connexions satellites

Conscient que de nombreux citoyens pourraient tenter de contourner cette coupure grâce aux technologies satellites, le gouvernement avait pris les devants dès la fin décembre dernier. Les autorités avaient alors annoncé des restrictions importantes sur l’importation de terminaux de connexion par satellite, notamment ceux du fournisseur le plus connu sur le marché mondial.

Cette mesure préventive vise clairement à limiter les possibilités de contournement de la coupure nationale. Elle témoigne d’une volonté déterminée de contrôler totalement les flux d’information pendant cette période critique.

Le spectre de la Tanzanie voisine

Dans la région, un précédent récent inquiète particulièrement les observateurs. En Tanzanie, lors des dernières élections, le réseau internet avait été coupé pendant plusieurs jours à partir du 29 octobre. Ce scrutin avait ensuite été qualifié de frauduleux par de nombreux observateurs internationaux.

Les manifestations qui avaient suivi cette élection contestée avaient été réprimées avec une extrême violence. Selon les chiffres avancés par l’opposition, plus de deux mille personnes auraient perdu la vie dans ces violences post-électorales, dans un climat d’opacité quasi-totale.

Cette expérience traumatisante du pays voisin alimente les pires craintes chez de nombreux Ougandais, qui redoutent un scénario similaire dans les jours qui viennent.

Les alertes des instances internationales

Le climat politique actuel en Ouganda préoccupe au plus haut niveau les institutions internationales. Vendredi dernier, le Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a publiquement dénoncé un « climat marqué par une répression et une intimidation généralisées » à l’approche du scrutin.

Cette déclaration intervient dans un contexte où les observateurs indépendants signalent depuis des mois des restrictions croissantes des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et de réunion.

Quelles conséquences pour les citoyens ?

Une coupure internet prolongée aurait des répercussions concrètes sur le quotidien des Ougandais :

  • Impossible d’accéder aux informations en temps réel sur le déroulement du scrutin
  • Difficultés majeures pour les journalistes indépendants à travailler
  • Coordination compliquée des observateurs électoraux locaux et internationaux
  • Entraves potentielles à la transparence des résultats
  • Impact économique pour les nombreuses activités dépendantes d’internet
  • Complications pour les familles séparées par la coupure des moyens de communication

Ces différents aspects montrent que l’enjeu dépasse largement le simple cadre politique pour toucher à la vie quotidienne de millions de personnes.

Un scrutin sous haute tension

Les élections de jeudi se déroulent dans un contexte politique particulièrement tendu. Après plus de quarante ans au pouvoir, le président sortant fait face à une opposition qui, malgré les difficultés, reste mobilisée et visible.

L’enjeu est majeur pour l’avenir du pays : continuité du régime en place ou véritable alternance politique ? La coupure internet annoncée risque de cristalliser encore davantage les tensions et les soupçons autour du processus électoral.

Vers une normalisation des coupures internet en période électorale ?

Le cas ougandais s’inscrit dans une tendance régionale préoccupante. Plusieurs pays africains ont eu recours à cette mesure extrême ces dernières années lors de scrutins importants. Cette pratique soulève de nombreuses questions sur l’évolution des pratiques démocratiques et sur le rôle des nouvelles technologies dans les processus électoraux.

Les défenseurs des libertés numériques s’inquiètent d’une possible normalisation de ces coupures, qui deviendraient un outil classique de gestion des périodes électorales sensibles.

Quelles alternatives pour les citoyens ?

Face à une coupure internet, les citoyens cherchent souvent des solutions alternatives :

  1. Connexions par satellite (très limitées par les récentes restrictions)
  2. Réseaux VPN (souvent inefficaces lors de coupures totales)
  3. Partage de connexion via Bluetooth ou applications hors-ligne
  4. Radios locales et internationales (souvent la seule source d’information)
  5. Réseaux communautaires physiques (bouche-à-oreille organisé)

Ces alternatives, lorsqu’elles existent, restent généralement limitées en portée et en fiabilité par rapport à un accès internet normal.

Un avenir numérique sous surveillance accrue

Au-delà de l’élection immédiate, cette décision pose la question plus large du contrôle de l’espace numérique dans les démocraties africaines contemporaines. Entre nécessité de sécurité et risque de dérive autoritaire, le curseur est particulièrement difficile à positionner.

Les prochaines heures et les prochains jours seront déterminants pour comprendre comment évoluera la situation sur le terrain et quelles seront les conséquences concrètes de cette décision sur le déroulement du scrutin et sur la perception de sa légitimité.

Dans un pays où l’alternance démocratique reste un objectif plutôt qu’une réalité établie, chaque élection constitue un moment crucial. La décision de couper internet à la veille du scrutin ajoute une couche supplémentaire de complexité et de tension à un processus déjà hautement sensible.

Les regards du continent et au-delà sont désormais tournés vers l’Ouganda, dans l’attente de voir comment se déroulera ce scrutin particulier dans un contexte numérique inédit.

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