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Orano Perd le Contrôle de Sa Filiale Minière d’Uranium au Niger

Le géant français de l'uranium Orano affirme avoir perdu le contrôle de sa filiale au Niger, nouvel épisode d'un conflit avec la junte militaire. Les enjeux stratégiques et énergétiques s'entrechoquent dans ce bras de fer minier au Sahel. Découvrez les dessous de cette crise qui menace l'approvisionnement en uranium de la France.

Le spécialiste français de l’uranium Orano traverse une période de fortes turbulences au Niger, pays sahélien crucial pour son approvisionnement en matières premières nucléaires. Le groupe vient d’annoncer avoir « perdu le contrôle opérationnel » de sa filiale minière nigérienne, la Somaïr, détenue à 63,4% par Orano et 36,6% par l’État du Niger. Un nouveau coup dur dans le bras de fer qui l’oppose depuis plusieurs mois à la junte militaire au pouvoir à Niamey.

Ingérences et blocages de la junte militaire

Depuis le coup d’État de juillet 2023 qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum, Orano fait face à des « ingérences » croissantes dans la gouvernance de la Somaïr, dont il est pourtant l’actionnaire majoritaire et l’opérateur historique. Selon le groupe, les décisions prises en conseil d’administration « ne sont plus appliquées » et les autorités nigériennes ont de fait « pris le contrôle opérationnel » de l’entreprise.

Ce blocage s’est matérialisé lors du dernier conseil d’administration le 3 décembre, où les représentants de l’État nigérien ont campé sur leurs positions, confirmant notamment leur refus d’exporter la production d’uranium, pourtant vitale pour alimenter le parc nucléaire français. Une décision lourde de conséquences alors qu’Orano avait dû suspendre ses activités depuis fin octobre, faute de pouvoir opérer normalement.

La Somaïr, un enjeu stratégique majeur

La Somaïr exploite des gisements situés dans le nord du Niger, à Arlit. Avec des réserves estimées à près de 200 000 tonnes d’uranium, il s’agit de l’un des plus importants gisements au monde. Depuis 50 ans, il joue un rôle central pour la sécurité d’approvisionnement de la filière nucléaire française.

Mais en juin dernier, avant même le putsch, les autorités nigériennes avaient retiré à Orano le permis d’exploitation du vaste gisement d’Imouraren, gelé depuis 2015 pour cause de cours uranium trop bas. Un premier coup de semonce qui présageait des relations compliquées avec le pouvoir en place.

Bras de fer et impasse opérationnelle

Depuis, la situation n’a fait que se dégrader. Orano a bien tenté de suspendre les dépenses de production tout en maintenant le versement des salaires pour préserver l’outil industriel. Mais là encore, les décisions du conseil d’administration sont restées lettre morte, au grand dam de l’exploitant français qui voit la situation financière de la Somaïr se dégrader de jour en jour.

Les représentants du Niger assument cette position qu’ils ont défendue lors du conseil d’administration en confirmant notamment leur refus d’exporter la production.

Communiqué d’Orano

Face à cette impasse, Orano « exprime ses plus vifs regrets » et compte bien « défendre ses droits auprès des instances compétentes ». Mais seule « une volonté partagée de rétablir un mode de fonctionnement stable » permettra selon le groupe de reprendre sereinement les activités. Un vœu pieux vu la dégradation continue des relations avec les autorités nigériennes.

Un risque pour l’indépendance énergétique française

Au-delà des conséquences pour Orano, c’est toute la stratégie française d’indépendance énergétique et de souveraineté nucléaire qui pourrait être fragilisée par la perte de contrôle de cet actif stratégique. Le Niger est le deuxième fournisseur d’uranium de la France, derrière le Kazakhstan et devant l’Australie.

Si les militaires au pouvoir à Niamey venaient à nationaliser la Somaïr ou à réorienter ses exportations vers d’autres clients, le système électrique français pourrait être mis sous tension, alors que le gouvernement mise plus que jamais sur l’atome pour décarboner son mix énergétique. De quoi raviver le débat sur les risques de dépendance aux fournisseurs étrangers pour des ressources aussi stratégiques.

Quel avenir pour Orano au Sahel ?

Face à cette crise inédite, Orano joue une partie de son avenir au Sahel. Le groupe est déjà fragilisé par la perte de plusieurs contrats à l’export et doit faire face à un marché de l’uranium toujours atone, qui pèse sur sa rentabilité depuis des années.

Malgré des tentatives de diversification dans le recyclage des matières nucléaires ou le démantèlement des installations, l’extraction minière reste le cœur de son modèle. Une activité de plus en plus menacée par l’instabilité géopolitique dans des pays producteurs clés comme le Niger, le Gabon ou le Kazakhstan.

Si le bras de fer persistait, Orano pourrait être tenté de se désengager de ce pays où il est présent depuis plus de 50 ans, au profit de zones plus sûres en termes juridiques et politiques. Avec à la clé un risque accru de ruptures d’approvisionnement pour les centrales françaises dans les années à venir. La crise nigérienne constitue donc un test majeur pour la résilience du champion tricolore de l’atome.

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