Le 7 janvier 2026, la lumière douce de l’hiver méditerranéen enveloppait Saint-Tropez. Une foule discrète s’était rassemblée autour de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, puis le long des ruelles menant au cimetière marin. Tous les regards étaient tournés vers un objet simple, presque humble : un cercueil en osier tressé. Ce choix, loin des fastes hollywoodiens qu’on aurait pu imaginer pour une icône comme Brigitte Bardot, racontait mieux que mille discours qui elle avait choisi d’être jusqu’au bout.
Un adieu fidèle à l’âme de Brigitte Bardot
À 91 ans, celle que le monde entier appelait affectueusement BB s’est éteinte le 28 décembre 2025, entourée de ses animaux dans sa chère villa La Madrague. Depuis des décennies, elle avait tourné le dos aux projecteurs pour embrasser une existence austère, dédiée à la défense des bêtes. Ses obsèques, organisées selon ses volontés précises, ont reflété cette philosophie : pas de luxe superflu, pas de mise en scène spectaculaire, juste l’essentiel.
Ce matin-là, seule une poignée d’invités triés sur le volet a pu assister à la messe célébrée dans l’intimité de l’église tropézienne. La famille et la Fondation Brigitte Bardot avaient pourtant convié près de 400 personnes, mais la cérémonie est restée résolument privée. Parmi les présents, on reconnaissait quelques figures familières du paysage culturel français : Paul Belmondo, Jean-Luc Reichmann, Mireille Mathieu. Tous unis dans un silence recueilli.
Bernard d’Ormale, son époux depuis 1992, se tenait là, lunettes noires masquant une émotion palpable. À ses côtés, les proches qui avaient partagé les dernières années d’une femme farouchement attachée à sa tranquillité.
Le cercueil en osier : un symbole puissant
Ce qui a immédiatement frappé les observateurs, c’est la simplicité du cercueil. Fait d’osier tressé, artisanal et chaleureux, il contrastait radicalement avec l’image glamour des années 1950-1960. Pourtant, ce choix n’avait rien d’anodin. L’osier, matériau naturel, biodégradable, évoque la terre, le retour à la nature. Pour une femme qui avait fait de la protection animale et de l’écologie ses combats ultimes, ce cercueil représentait une ultime déclaration.
Brigitte Bardot avait toujours rejeté l’artifice. Les paillettes d’Et Dieu… créa la femme appartenaient à une autre vie. À La Madrague, elle vivait entourée de chiens, chats, ânes, chèvres, dans un décor sans ostentation. Ce cercueil en osier prolongeait naturellement cette existence dépouillée, loin des dorures et des vernis qu’affectionnent parfois les cérémonies people.
En optant pour ce modèle, elle rappelait aussi une tendance croissante : les funérailles écologiques. Les cercueils en matériaux naturels gagnent du terrain, portés par une prise de conscience environnementale. Brigitte Bardot, pionnière en bien des domaines, l’était encore une fois, même dans la mort.
Des fleurs champêtres, pas de roses
Un autre détail a renforcé cette impression de sobriété authentique : l’absence totale de roses parmi les compositions florales. Brigitte Bardot avait expressément interdit cet emblème classique des hommages funèbres. À la place, des bouquets champêtres, colorés, composés de fleurs des champs et de saison. Des marguerites, des coquelicots peut-être, des branches d’olivier ou de lavande provençale.
Ces gerbes spontanées, presque cueillies dans les jardins de La Madrague, évoquaient la liberté, la nature sauvage que l’actrice chérissait tant. Elles contrastaient avec les couronnes sophistiquées que l’on voit habituellement. Ici, rien de figé, rien de convenu. Juste la vie dans ce qu’elle a de plus simple et de plus beau.
Ce refus des roses pourrait aussi s’interpréter comme un rejet des clichés. La rose, fleur de l’amour passionnel, appartenait à la Bardot sensuelle des années yéyé. La Bardot des dernières décennies préférait l’amour inconditionnel qu’elle portait aux animaux, un amour sans fard.
Du huis clos à l’hommage public
Après la messe intime, le cortège s’est dirigé vers le cimetière marin de Saint-Tropez, ce lieu emblématique où reposent déjà certaines figures locales. L’inhumation elle-même est restée privée, préservant la quiétude que Brigitte Bardot avait toujours recherchée. Mais à 14 heures, un hommage ouvert à tous a été organisé face à la mer.
Des centaines de Tropéziens et de fans venus de plus loin se sont alors rassemblés. Ils ont applaudi, certains ont déposé des fleurs, d’autres ont simplement contemplé l’horizon. Cette dualité – intimité absolue pour les proches, ouverture au public – résumait parfaitement la personnalité de l’icône : farouchement indépendante, mais profondément aimée.
Le long du trajet, des anonymes s’étaient postés sur les trottoirs, téléphone à la main ou simplement immobiles. Ils rendaient hommage à celle qui avait fait de leur village un mythe mondial, tout en y vivant recluse depuis cinquante ans.
Une vie dédiée aux animaux jusqu’au bout
Impossible d’évoquer ces obsèques sans parler de la Fondation Brigitte Bardot. Créée en 1986, elle reste l’une des plus importantes associations de protection animale en France. Brigitte Bardot y a consacré son énergie, sa fortune, sa voix. Elle a multiplié les campagnes choc contre la fourrure, l’abattage rituel, les corridas, les phoques chassés.
Son engagement, parfois controversé, n’a jamais faibli. Même âgée, elle continuait à écrire des lettres ouvertes, à interpeller les puissants. Lors de la cérémonie, plusieurs représentants de la fondation étaient présents, rappelant que son héritage principal n’est pas seulement cinématographique, mais militant.
Le choix d’un cercueil écologique s’inscrivait dans cette continuité. Respect de la nature, refus du superflu, cohérence absolue. Comme si, même dans la mort, elle voulait montrer l’exemple.
Saint-Tropez, ville éternellement liée à BB
Depuis le tournage d’Et Dieu… créa la femme en 1956, Saint-Tropez et Brigitte Bardot ne font qu’un. Le film de Roger Vadim avait transformé le petit port de pêche en destination jet-set. Mais paradoxalement, l’actrice y a trouvé refuge, achetant La Madrague en 1958 pour s’y retirer progressivement.
Les Tropéziens l’ont toujours protégée, respectant son besoin de solitude. En retour, elle a défendu leur village contre le tourisme de masse excessif, contre certaines dérives. Ce 7 janvier, la commune lui a rendu un hommage discret mais sincère, à l’image de leur relation.
Le cimetière marin, avec sa vue imprenable sur la mer, offre désormais une dernière demeure paisible à celle qui aimait tant contempler les vagues depuis sa propriété. Un emplacement qui semble évident, presque inévitable.
L’émotion d’un pays entier
Au-delà de Saint-Tropez, la France toute entière a été touchée. Les chaînes de télévision ont interrompu leurs programmes pour des éditions spéciales. Les réseaux sociaux se sont emplis de photos en noir et blanc, de souvenirs, d’anecdotes. Des générations différentes ont exprimé leur tristesse : ceux qui l’avaient vue au cinéma, ceux qui l’avaient découverte à travers ses combats.
Brigitte Bardot incarnait une forme de liberté absolue. Liberté sensuelle dans les années 60, liberté de dire non au star-system ensuite, liberté de défendre ses idées sans compromis. Cette cohérence force le respect, même chez ceux qui n’ont pas toujours partagé ses positions.
Ses obsèques, par leur simplicité, ont magnifié cette trajectoire. Pas de larmes théâtrales, pas de discours grandiloquents. Juste un cercueil en osier porté vers la terre, des fleurs des champs, et le bruit lointain de la mer.
Un héritage qui perdurera
Aujourd’hui, la Fondation Brigitte Bardot continue son travail avec la même détermination. Des milliers d’animaux sont sauvés chaque année grâce à elle. Des lois ont évolué sous la pression de ses campagnes. Son influence reste immense dans le domaine de la protection animale.
Et puis il y a le mythe. Cette silhouette inimitable, cette voix rauque, cette moue légendaire. Les films restent, les photos aussi. Mais peut-être que l’image la plus forte qui nous reste désormais est celle de ce cercueil en osier glissant doucement vers le cimetière marin, sous le soleil pâle de janvier.
Brigitte Bardot a choisi de partir comme elle avait vécu ces dernières décennies : simplement, authentiquement, en harmonie avec ses valeurs. Ce cercueil n’était pas anodin. Il était le point final d’une vie extraordinaire, écrite jusqu’au dernier mot par elle-même.
Dans le silence de Saint-Tropez, on entend presque encore sa voix défendre les sans-voix. Et on comprend que, même absente, elle continuera à veiller sur eux.
Repose en paix, BB. Ton empreinte reste indélébile, sur le sable de Saint-Tropez comme dans le cœur de millions de personnes.









