Imaginez que l’on vous propose de participer à une étude médicale sérieuse. On vous remet un formulaire officiel, on vous parle de vaccins ou de tests sanguins, et surtout, la personne en face de vous semble parfaitement crédible. Et si, derrière cette façade, se cachait une obsession malsaine prête à tout pour assouvir un fétichisme ? C’est exactement ce qui est arrivé à des dizaines de femmes en Bretagne.
Un ancien élu face à la justice pour la deuxième fois
Nicolas Gonidec, 44 ans bientôt, comparaît depuis lundi devant le tribunal correctionnel de l’ouest de la France. L’homme, ancien conseiller municipal de Quimper entre 2014 et 2020 et actif dans le milieu culturel breton, doit répondre d’agressions sexuelles sur sept femmes et surtout d’exercice illégal de la profession d’infirmier pour 44 victimes identifiées.
Ce n’est pas son premier passage devant les juges. En 2021, il a déjà été condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis, pour des faits similaires. C’est la médiatisation de ce premier procès qui a déclenché une véritable vague de plaintes supplémentaires, provenant en grande partie du milieu des bagads et de la danse celtique, où il travaillait comme producteur audiovisuel.
Un scénario rodé à la perfection
Le mode opératoire était toujours le même et particulièrement élaboré. Nicolas Gonidec contactait des jeunes femmes, souvent dans le cercle traditionnel breton, et leur proposait de participer à une prétendue étude médicale nécessitant des prélèvements sanguins réguliers.
Les victimes recevaient un formulaire médical à remplir, soi-disant transmis par une secrétaire qui n’a jamais existé. L’homme se présentait comme ayant suivi une formation d’infirmier et réalisait lui-même les prises de sang, remplissant parfois plusieurs tubes qu’il rangeait dans une mallette médicale.
Certains rendez-vous étaient prétextés par des rappels de vaccins ou des tests Covid. Une femme a témoigné avoir reçu jusqu’à trente piqûres au cours d’une seule séance. Aujourd’hui, beaucoup se demandent encore ce qu’on leur a réellement injecté.
« Sur le coup, elles lui faisaient confiance mais, aujourd’hui, elles se demandent ce qu’il leur a injecté »
David Pavec, avocat de trois victimes
Un sous-sol transformé en faux laboratoire
Chez lui, le sous-sol avait été aménagé pour ressembler à un véritable laboratoire d’analyses médicales. Une plaignante, elle-même infirmière de profession, raconte n’avoir jamais douté de ses compétences tant l’illusion était parfaite.
Pendant les séances, il filmait et photographiait systématiquement ses « patientes », sous prétexte de documenter l’étude ou d’alimenter des sites comme Doctissimo. Des centaines de vidéos et photos ont été retrouvées, certaines datant de plus de vingt ans.
Des piqûres… et bien plus
Pour la majorité des victimes, les séances se limitaient aux prélèvements sanguins. Mais pour certaines, les choses prenaient une tournée nettement plus inquiétante.
Nicolas Gonidec proposait des techniques de relaxation à base de massages mammaires à l’huile d’amande douce ou encourageait l’auto-masturbation, en parlant d’« orgasme thérapeutique ». Huit femmes ont décrit des caresses sur les seins et des actes sexuels imposés alors qu’elles pensaient participer à un protocole scientifique sérieux.
« Il a monté un stratagème pour rassurer les victimes, pour donner un nom à ce qui n’était qu’une agression sexuelle »
Stéphanie Duroi, avocate de quatre victimes
Pour certaines, il allait jusqu’à rémunérer les séances, parfois plusieurs centaines d’euros. L’une des victimes a confié aux enquêteurs : « Je me sens comme une pute », rongée par la honte d’avoir été manipulée et payée.
Une obsession née dans l’enfance
Lors de l’instruction, le prévenu a expliqué son comportement par une obsession développée à l’âge de cinq ans, suite à une prise de sang particulièrement douloureuse. Il parle du « plaisir de la piqûre » et d’une fascination pour les veines et les aiguilles.
Il conteste fermement le caractère sexuel des actes les plus graves, préférant parler de « massages tantriques » pratiqués avec le consentement des femmes. Une version que les victimes et leurs avocats rejettent totalement.
Des séquelles psychologiques profondes
Les conséquences sur les victimes sont lourdes. Nombreuses sont celles qui suivent aujourd’hui un traitement antidépresseur ou des séances de psychothérapie. Le sentiment de trahison est immense : elles pensaient contribuer à la science, elles ont été instrumentalisées pour satisfaire un fétichisme.
Le procès, qui doit durer jusqu’à vendredi, pourrait déboucher sur une peine de cinq ans de prison ferme et 75 000 euros d’amende. L’avocat de Nicolas Gonidec a indiqué que son client réserverait ses déclarations au tribunal.
Une affaire qui interroge la confiance aveugle
Cette affaire soulève des questions dérangeantes sur la facilité avec laquelle on peut abuser de la confiance, surtout dans le domaine médical. Un simple blouse blanche, un discours rassurant et une mise en scène crédible suffisent parfois à faire tomber toutes les barrières.
Dans le milieu culturel breton, où la parole circule vite mais où l’on préfère souvent régler les choses en interne, la révélation de ces faits a provoqué un véritable choc. Beaucoup réalisent aujourd’hui qu’ils ont côtoyé pendant des années une personne capable de monter un tel système de prédation.
Quarante-quatre victimes officiellement recensées, mais peut-être bien plus qui n’ont jamais osé porter plainte. Derrière les chiffres, ce sont des vies brisées par une obsession transformée en piège sophistiqué.
En résumé :
- 44 victimes identifiées, 7 agressions sexuelles caractérisées
- Faux infirmier agissant depuis plus de 20 ans
- Piqûres multiples, faux laboratoire, vidéos clandestines
- Rémunération de certaines victimes pour maintenir le silence
- Conséquences psychologiques lourdes et durables
Cette histoire glaçante nous rappelle qu’un prédateur peut se cacher derrière les apparences les plus respectables. Un élu local, un professionnel de la culture, un « infirmier » attentionné… Tout n’est parfois qu’un masque.
Au-delà du verdict qui sera rendu en fin de semaine, cette affaire laissera des traces indélébiles dans le paysage breton et dans la mémoire de toutes celles qui ont croisé la route de cet homme obsédé par les veines.









