Dans un contexte politique irakien toujours aussi tendu, une figure du passé refait surface avec force. Nouri al-Maliki, ancien locataire du poste de Premier ministre pendant huit années cruciales, affiche aujourd’hui une détermination sans faille pour revenir au pouvoir. Âgé de 75 ans, il accorde un entretien où il martèle son refus catégorique de céder aux pressions extérieures, tout en multipliant les gestes destinés à calmer les inquiétudes de Washington.
La situation actuelle en Irak reste marquée par une impasse prolongée après les élections législatives. Le pays cherche désespérément à former un gouvernement stable, mais les tractations achoppent sur le choix du chef du gouvernement, réservé traditionnellement à un représentant chiite selon le système de partage ethnoconfessionnel en vigueur depuis des années.
Une candidature qui ravive les tensions géopolitiques
Le nom de Nouri al-Maliki circule avec insistance depuis plusieurs semaines comme candidat sérieux au poste suprême. Soutenu par une coalition influente de factions chiites, il bénéficie d’un appui parlementaire majoritaire. Pourtant, cette perspective suscite de vives réactions à l’international, notamment outre-Atlantique où l’administration actuelle voit d’un très mauvais œil son possible retour.
En janvier dernier, le président américain avait publiquement menacé de couper tout soutien à Bagdad si cette option se concrétisait. Perçu comme trop proche de l’Iran voisin, l’ancien dirigeant irakien cristallise les craintes d’un basculement supplémentaire vers Téhéran dans un pays déjà tiraillé entre ses deux grands partenaires stratégiques.
Un refus ferme et souverain
Face à ces mises en garde, Nouri al-Maliki ne plie pas. Dans son bureau à Bagdad, il déclare sans ambiguïté qu’il n’a aucune intention de se retirer. Il invoque le respect dû à son pays, à sa souveraineté et à la volonté populaire. « Personne n’a le droit de dire pour qui nous pouvons ou ne pouvons pas voter », insiste-t-il, qualifiant auparavant cette attitude d’ingérence flagrante.
Cette posture défensive n’est pas nouvelle pour lui. Ayant déjà dirigé le gouvernement entre 2006 et 2014, il avait initialement bénéficié d’un certain appui américain après la chute du régime précédent. Mais les relations s’étaient progressivement détériorées à mesure qu’il renforçait ses liens avec l’Iran, conduisant finalement à son départ sous forte pression extérieure.
Je n’ai absolument aucune intention de me retirer, par respect pour mon pays, sa souveraineté et sa volonté.
Nouri al-Maliki
Ces mots résonnent comme un rappel clair : l’Irak entend décider seul de son avenir politique, même si cela implique de braver des avertissements venus de très haut.
Des efforts pour apaiser Washington
Malgré cette fermeté, Nouri al-Maliki ne ferme pas la porte au dialogue avec les États-Unis. Il affirme au contraire que les liens avec Washington sont essentiels pour le développement futur de l’Irak. Cette déclaration vise manifestement à contrebalancer l’image d’un dirigeant exclusivement aligné sur Téhéran.
Il va plus loin en s’engageant fermement à protéger les missions diplomatiques et les intérêts officiels étrangers présents sur le sol irakien. « Nous ne permettrons à aucune partie de cibler un pays qui maintient une présence diplomatique », assure-t-il. Dans un climat régional tendu, où des menaces de représailles circulent contre des intérêts américains, cette promesse prend une importance particulière.
Autre point clé pour rassurer : le contrôle des armes. Les États-Unis exigent depuis longtemps que l’État irakien exerce un monopole exclusif sur les armes, en particulier vis-à-vis des factions issues du Hachd al-Chaabi, intégrées aux forces régulières mais souvent accusées de liens étroits avec l’Iran.
Nous voulons des armes entre les mains de l’État, nous voulons une force militaire centralisée. Nous voulons une armée sous un commandement unique et obéissant directement aux ordres de l’État.
Nouri al-Maliki
Il juge « tout à fait possible » de parvenir à un accord en ce sens avec les factions concernées, insistant sur la nécessité d’éviter toute confrontation violente. Ce discours cherche clairement à démontrer une volonté de compromis sur un dossier explosif.
Les relations complexes avec l’Iran voisin
Impossible d’aborder la candidature de Nouri al-Maliki sans évoquer le rôle central de l’Iran. Avec une frontière commune de plus de 1 300 kilomètres et des intérêts économiques entrelacés, Bagdad dépend fortement de son voisin pour ses approvisionnements énergétiques, notamment en gaz naturel.
« Si l’Iran coupe notre approvisionnement en gaz naturel, ce sera une catastrophe majeure », prévient l’ancien Premier ministre. Cette dépendance énergétique explique en partie pourquoi les gouvernements irakiens successifs maintiennent un équilibre prudent entre Washington et Téhéran, deux puissances antagonistes.
Les factions pro-iranniennes, regroupées au sein de ce qu’on appelle l’axe de la résistance, occupent une place importante dans le paysage sécuritaire et politique. Plusieurs d’entre elles ont été désignées comme organisations terroristes par les États-Unis, ce qui complique les relations bilatérales.
Le système politique irakien et le bloc majoritaire
Le processus de désignation du Premier ministre suit des règles bien établies depuis la chute du régime baasiste. Le poste revient à un chiite, la présidence du Parlement à un sunnite, et la présidence de la République – rôle largement honorifique – à un Kurde.
Pour l’heure, les partis kurdes ne sont pas parvenus à s’entendre sur un candidat commun, ce qui retarde l’ensemble du processus. De son côté, Nouri al-Maliki bénéficie du soutien du Cadre de coordination, alliance de factions chiites majoritaire au Parlement et aux liens variables avec l’Iran.
Il avait précisé auparavant qu’il ne se retirerait que si cette coalition lui retirait explicitement son appui. Cette dépendance au bloc chiite renforce sa position tout en accentuant les divisions internes au sein même de cette alliance.
Un pays en quête de stabilité fragile
Malgré les séquelles de décennies de conflits, l’Irak a retrouvé une certaine stabilité ces dernières années. Les violences ont diminué, l’économie pétrolière repart, mais reste vulnérable. Toute mesure punitive américaine – comme une restriction d’accès aux revenus pétroliers ou une réduction de l’aide – pourrait avoir des conséquences dramatiques sur une population déjà éprouvée.
La candidature de Nouri al-Maliki illustre parfaitement les dilemmes persistants du pays : comment concilier souveraineté nationale, pressions régionales et impératifs économiques ? Comment naviguer entre deux géants rivaux sans se couper de l’un ou de l’autre ?
Les déclarations récentes montrent une stratégie double : affirmer l’indépendance face aux diktats extérieurs tout en multipliant les signaux positifs vers Washington. Reste à savoir si cette approche suffira à débloquer la situation ou si elle accentuera au contraire les blocages.
Perspectives et incertitudes à venir
La formation du gouvernement irakien reste suspendue à de multiples facteurs. Les tractations internes au sein du Cadre de coordination, les positions kurdes, les réactions régionales et surtout l’attitude américaine pèsent lourd dans la balance.
Nouri al-Maliki, en insistant sur sa détermination, prend un risque calculé. Il mise sur le fait que la souveraineté irakienne et les impératifs pragmatiques l’emporteront sur les menaces. Mais dans une région où les équilibres sont précaires, chaque déclaration peut déclencher une chaîne de réactions imprévisibles.
Les prochains jours et semaines seront décisifs. L’Irak parviendra-t-il à sortir de l’impasse sans rompre ses liens vitaux avec ses partenaires internationaux ? Ou assistera-t-on à une nouvelle crise politique qui fragiliserait encore davantage un pays en reconstruction ?
Pour l’instant, une chose est sûre : la candidature de Nouri al-Maliki continue de polariser et de cristalliser les enjeux profonds qui traversent l’Irak contemporain. Entre affirmation d’indépendance et nécessité de compromis, le chemin s’annonce étroit et semé d’embûches.
Ce dossier mérite une attention soutenue, car il dépasse largement la simple question d’une personnalité politique. Il touche au cœur même de la capacité de l’Irak à tracer sa propre voie dans un environnement régional et international hautement conflictuel.
En attendant les prochains développements, les déclarations de ce lundi rappellent une réalité incontournable : en Irak, le pouvoir se négocie toujours entre ambitions internes et contraintes externes. Et pour l’heure, Nouri al-Maliki refuse de s’effacer du paysage.









