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Norvège : Frégates Britanniques Préférées À La France

La Norvège opte pour des frégates britanniques dans un contrat de 11,5 milliards d'euros, au détriment de la France. Quelles conséquences pour l'industrie navale ?

Pourquoi la Norvège, sentinelle du Grand Nord, a-t-elle choisi des frégates britanniques plutôt que françaises pour renforcer sa défense maritime ? Ce choix, officialisé récemment, marque un tournant stratégique pour ce pays membre de l’OTAN, qui partage une frontière maritime sensible avec la Russie. Derrière ce contrat colossal de 11,5 milliards d’euros se dessinent des enjeux géopolitiques, économiques et industriels majeurs, avec des répercussions qui vont bien au-delà des fjords norvégiens.

Un Contrat Historique pour la Défense Norvégienne

La Norvège a scellé un accord avec le Royaume-Uni pour l’acquisition d’au moins cinq frégates Type 26, construites par BAE Systems, dans le cadre d’un partenariat stratégique visant à renforcer la sécurité dans le Grand Nord. Ce contrat, d’une valeur de 10 milliards de livres ( environ 11,5 milliards d’euros), est présenté comme le plus important de l’histoire de l’armement norvégien. Il s’inscrit dans une volonté de moderniser la flotte navale du pays, tout en consolidant son rôle de “yeux et oreilles” de l’OTAN face à la Russie, notamment dans la mer de Barents.

Ce choix n’a pas été pris à la légère. Outre le Royaume-Uni, d’autres puissances industrielles comme la France, avec les frégates de défense et d’intervention (FDI) proposées par Naval Group, l’Allemagne et les États-Unis étaient en compétition. Les modèles britanniques et français étaient toutefois perçus comme les favoris, chaque pays ayant déployé une diplomatie active pour séduire Oslo. Des visites de haut niveau, incluant le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président français Emmanuel Macron, ont rythmé cette course acharnée.

Pourquoi les Frégates Type 26 Ont-Elles Gagné ?

Les frégates Type 26, déjà en service dans la Royal Navy, se distinguent par leurs capacités avancées, notamment en matière de lutte anti-sous-marine. Cette caractéristique est cruciale pour la Norvège, confrontée à la présence de la flotte russe du Nord dans la région. Selon le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre, c’est la combinaison des performances de ces navires et de l’étroite collaboration entre les marines britannique et norvégienne qui a fait pencher la balance.

“Ce sont les performances et l’étroitesse du partenariat qui ont fondé notre conviction que la frégate britannique est la meilleure.”

Jonas Gahr Støre, Premier ministre norvégien

Le partenariat stratégique entre Londres et Oslo ne se limite pas à l’achat de navires. Il inclut la création d’une flotte commune de 13 frégates – huit britanniques et au moins cinq norvégiennes – qui opéreront conjointement en Europe du Nord. Cette coopération renforcera le flanc nord de l’OTAN, une priorité dans un contexte de tensions géopolitiques accrues.

Un Nouveau Revers pour Naval Group

Pour le groupe français Naval Group, ce choix représente une déception majeure. Déjà écarté il y a peu par le Canada pour un contrat de 12 sous-marins au profit de l’allemand ThyssenKrupp Marine Systems et du sud-coréen Hanwha Ocean, l’entreprise française subit un second coup dur. La frégate FDI, pourtant sélectionnée par la France et la Grèce, deux marines européennes membres de l’OTAN, n’a pas convaincu Oslo.

Dans une déclaration officielle, Naval Group a pris acte de la décision norvégienne, tout en réaffirmant la qualité de ses frégates :

“C’est un choix souverain que nous respectons, et qui ne remet aucunement en cause les capacités de la frégate FDI.”

Porte-parole de Naval Group

Ce revers soulève des questions sur la compétitivité de l’industrie navale française face à ses concurrents internationaux. Malgré des atouts technologiques indéniables, Naval Group semble peiner à s’imposer dans certains appels d’offres majeurs.

Polémique Autour des Composants Israéliens

Le choix des frégates Type 26 n’est pas exempt de controverses. En Norvège, certains critiques pointent du doigt la présence de composants israéliens dans ces navires, notamment des technologies fournies par Elbit Systems. Ce groupe, impliqué dans la construction d’une barrière de séparation en Cisjordanie, avait conduit le fonds souverain norvégien à se désengager de ses activités en 2009.

Bjørnar Moxnes, figure du parti communiste norvégien Rødt, a vivement réagi :

“La Norvège ne peut pas acheter de systèmes de défense liés à une économie génocidaire.”

Bjørnar Moxnes, parti Rødt

Cette polémique pourrait compliquer l’approbation finale du contrat par le Parlement norvégien, d’autant que des élections législatives sont prévues le 8 septembre. Les débats sur l’éthique des partenariats industriels risquent de s’intensifier dans les semaines à venir.

Un Impact Économique Majeur pour le Royaume-Uni

Du côté britannique, ce contrat est une victoire éclatante. Selon le ministère de la Défense, il garantira environ 4 000 emplois au Royaume-Uni, des apprentis aux ingénieurs. Le Premier ministre Keir Starmer n’a pas caché sa satisfaction, soulignant l’excellence des frégates Type 26 et leur rôle dans le renforcement des liens économiques et stratégiques avec la Norvège.

Pour mieux comprendre les retombées économiques, voici un aperçu des principaux bénéfices pour le Royaume-Uni :

  • Création d’emplois : 4 000 postes soutenus, des chantiers navals aux bureaux d’ingénierie.
  • Renforcement industriel : Consolidation de BAE Systems comme leader mondial.
  • Partenariat stratégique : Coopération accrue avec la Norvège dans l’OTAN.
  • Exportations : Valorisation du savoir-faire britannique à l’international.

Quels Enjeux pour l’OTAN et le Grand Nord ?

La décision norvégienne s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Le Grand Nord, où la Norvège joue un rôle clé au sein de l’OTAN, est une zone stratégique face à la Russie. La mer de Barents, où opère la puissante flotte russe du Nord, est un théâtre d’opérations sensible. Les frégates Type 26, avec leurs capacités anti-sous-marines, renforceront la capacité de l’Alliance à surveiller et à répondre aux menaces dans cette région.

Ce contrat illustre également l’importance des partenariats bilatéraux au sein de l’OTAN. La flotte commune de frégates, opérée conjointement par le Royaume-Uni et la Norvège, symbolise une coopération renforcée pour sécuriser le flanc nord de l’Alliance.

Perspectives pour l’Industrie Navale Européenne

Ce contrat met en lumière la concurrence féroce dans l’industrie navale européenne. Alors que Naval Group mise sur la qualité de ses frégates FDI, déjà adoptées par la France et la Grèce, d’autres acteurs comme BAE Systems ou ThyssenKrupp Marine Systems gagnent du terrain. Cette rivalité pousse les industriels à innover constamment, tant sur le plan technologique que commercial.

Pour Naval Group, l’enjeu est désormais de rebondir. Avec des projets en cours dans plusieurs pays, l’entreprise française devra redoubler d’efforts pour reconquérir des parts de marché face à ses concurrents.

Vers une Approbation Parlementaire Délicate

Le contrat norvégien doit encore être validé par le Parlement, une étape qui pourrait s’avérer complexe. Les critiques sur les composants israéliens, combinées à l’approche des élections législatives, risquent de polariser les débats. Les partis d’opposition, comme Rødt, pourraient utiliser cette polémique pour remettre en question le choix des frégates britanniques.

Pour résumer les enjeux de cette approbation :

  • Validation parlementaire : Nécessité d’un vote favorable avant septembre.
  • Polémique éthique : Débats sur les composants israéliens.
  • Contexte électoral : Influence des législatives sur la décision finale.

En conclusion, le choix de la Norvège de privilégier les frégates britanniques Type 26 marque un tournant stratégique pour sa défense et pour l’OTAN. Ce contrat, bien que controversé, renforce le partenariat avec le Royaume-Uni tout en posant des défis à l’industrie française. Reste à savoir si le Parlement norvégien validera cette décision, et comment Naval Group rebondira face à ces revers successifs.

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