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Norouz au Kurdistan Irakien Malgré la Guerre

Au cœur du Kurdistan irakien, malgré la pluie et le conflit qui ravage l'Iran depuis trois semaines, des exilées kurdes allument des feux pour Norouz. Elles espèrent un retour prochain, mais que réserve vraiment l'avenir à cette région ?

Dans le Kurdistan irakien, aux portes de l’Iran, Norouz célébré malgré toutNi la pluie diluvienne ni le conflit au Moyen-Orient ne priveront vendredi soir Sirwa et Kwestan des réjouissances de Norouz à Souleimaniyeh, grande ville kurde du nord de l’Irak à une centaine de kilomètres de la frontière avec leur Iran natal.Les deux jeunes femmes, originaires des régions kurdes d’Iran qu’elles ont fui pour échapper aux menaces des forces de l’ordre en raison de leur militantisme social et féministe, partagent la même attente après trois semaines de guerre: « l’an prochain nous serons de retour ». »On a vécu tout ce temps avec cet espoir », confie Sirwa Mustafazada, 32 ans. En 2018, elle a quitté sa ville de Mahabad dans le nord-ouest de l’Iran et ses études de psychologie pour trouver refuge de ce côté-ci de la frontière.En ce vendredi pluvieux, l’amertume de l’exil est allégée par les célébrations de Norouz, emblématique nouvel an perse et évènement incontournable pour les communautés kurdes, en Irak, en Syrie, en Turquie et en Iran.Au Kurdistan autonome d’Irak, des feux ont été allumés en soirée à Souleimaniyeh, à Erbil, capitale régionale, ou encore à Akré. Même si cette année les célébrations ont été mises en sourdine, en raison des craintes sécuritaires: ni grands spectacles ni feux d’artifice –quand quotidiennement des tirs de drones imputés à des groupes armés pro-Iran s’abattent sur la région.Sur une avenue de Souleimaniyeh, Sirwa et Kwestan rejoignent une foule autour d’un brasier. Des femmes entament une danse traditionnelle, vêtues de longues robes multicolores, brodées et ornées de pampilles dorées, portant pour certaines de lourds colliers. »C’est un signe d’unité, on est tous là ensemble pour célébrer », s’émeut Kwestan Aminpana, 33 ans, coiffeuse de Saqiz (ouest de l’Iran) arrivée elle aussi en 2018.Quand un feu d’artifice retentit, l’assemblée s’inquiète un court instant: ces dernières nuits, des déflagrations similaires signalaient généralement des frappes de drones.Au Kurdistan irakien, des attaques imputées à l’Iran et à ses affidés ont aussi visé ces derniers jours des groupes armés de l’opposition kurde iranienne, implantés depuis des décennies en territoire irakien. »Le régime fait tout pour sauver sa peau », estime Sirwa. « Mais il n’a aucun soutien extérieur et personne n’en veut plus à l’intérieur ».- « On va en rajouter » -« Personne n’aime la guerre, mais on sait que sans cette option radicale le régime ne tombera pas », renchérit-elle après trois semaines de conflit, sans contact avec les siens.Depuis l’offensive israélo-américaine lancée le 28 février, les frappes quotidiennes en territoire iranien et les assassinats des plus hauts dirigeants de la République islamique n’empêchent pas Téhéran de répliquer avec force à travers le Moyen-Orient.Les deux femmes savent que cette année encore plus que d’habitude Téhéran voit d’un mauvais oeil Norouz: les festivités coïncident avec le deuil de 40 jours décrété par le pouvoir après la mort du Guide Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre.Les deux amies accusent aussi la République islamique d’avoir toujours essayé d’interdire Norouz. « Ils vont pousser encore davantage et nous, au Kurdistan, on va en rajouter », s’amuse Kwestan. »Norouz c’est le symbole de la renaissance, de la résilience, la connexion avec la nature et la joie », déroule Saad Qazi, ex-peshmerga (combattant kurde) originaire lui aussi de Mahabad. »C’est important de préserver nos traditions et notre identité, de pouvoir répondre à nos enfants quand ils nous demandent: +Qui sommes-nous+? ».Sur la table basse de son salon à Erbil, les sept ingrédients du « haft sin », la tradition persane de Norouz, sont déposés sur la table, la bougie allumée comme une lumière dans la guerre.Son épouse Parang Jahani a disposé dans des coupelles les sept ingrédients végétaux qui tous commencent par « S » en farsi – germes de blé, pudding sucré, baies du jujubier, sumac, aïl, vinaigre et pomme: ils y resteront durant les treize jours de fête, promesse de force, de vitalité, de santé et de beauté.Avec un espoir: « L’année prochaine, peut-être, on sera de retour. En tout cas, on a davantage d’espoir que l’an dernier », assure-t-elle.ach/tgg/hme

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