En cette période de fêtes de fin d’année, la maison d’arrêt de Nantes a été le théâtre d’un événement aussi surprenant qu’inquiétant. Malgré les mesures de sécurité renforcées, les détenus ont été bombardés de cadeaux de Noël, avec près de 200 colis projetés dans la cour de la prison le week-end précédant le réveillon. Un nouveau record qui soulève de sérieuses questions sur la capacité des autorités pénitentiaires à endiguer ce phénomène grandissant.
Une pluie de cadeaux venue du ciel
Dimanche 22 décembre, c’est une véritable pluie de paquets qui s’est abattue sur la cour de promenade de la maison d’arrêt de Nantes, située dans la commune de Carquefou. Pas moins de 197 projections de colis ont été recensées par l’administration pénitentiaire, pulvérisant le précédent record de « cadeaux de Noël » reçus par les prisonniers.
Mais les surprises ne se sont pas arrêtées là. Le soir du réveillon, un drone est même parvenu à s’approcher au plus près d’une cellule pour livrer directement son paquet à un détenu, pourtant placé en quartier disciplinaire suite à une récente agression. Un cadeau tombé du ciel pour ce prisonnier qualifié de « dangereux » et nécessitant une surveillance renforcée.
Le Père Noël des narcotrafiquants ?
Si certains pourraient y voir un geste de générosité en cette période de fêtes, la réalité est tout autre. Selon des sources proches de l’enquête, ce détenu gâté par le « Père Noël des airs » serait un narcotrafiquant notoire, multi-récidiviste, et jouissant de solides connexions avec le milieu du crime organisé nantais.
« Le Père Noël avait envoyé ses lutins sur le domaine pénitentiaire »
a ironisé un représentant du syndicat FO Pénitentiaire
Des « lutins » particulièrement efficaces et équipés, capables de déjouer les dispositifs de surveillance pour livrer leur précieuse cargaison : téléphones, drogues et même des armes. De quoi alimenter un marché noir interne déjà florissant et permettre aux détenus de poursuivre leurs trafics depuis leur cellule.
L’administration pénitentiaire impuissante ?
Face à ce phénomène qui prend de l’ampleur d’année en année, les autorités pénitentiaires semblent bien en peine d’enrayer la tendance. Malgré l’inspection des cellules, la confiscation des « cadeaux » prohibés et l’installation de dispositifs anti-drones, rien n’y fait.
« Les saisies ne représenteraient qu’une ponction marginale dans l’océan du marché noir carcéral »
estime un surveillant chevronné de la prison nantaise.
En cette fin d’année 2024, le bilan est amer pour le personnel pénitentiaire. Les saisies d’armes ont doublé par rapport à l’année précédente, tandis que le nombre de téléphones portables confisqués a dépassé la barre des 1200, contre 914 en 2023. Des chiffres qui donnent le tournis et le sentiment d’un combat perdu d’avance.
Quelles solutions pour endiguer le fléau ?
Si modifier l’architecture de la prison ou déployer des filets anti-projections semblent inenvisageables à court terme, faute de budget, les syndicats de surveillants réclament à minima des renforts humains et matériels. L’installation de brouilleurs de drones plus performants et le déploiement d’équipes spécialisées dans la sécurité périmétrique pourraient permettre de reprendre un peu la main.
Mais pour l’heure, les projections de colis se poursuivent à un rythme effréné, avec des pics à plus de 150 « livraisons » par week-end. Nourriture, alcool, tabac, drogues, téléphones… Tout passe, ou presque, pour le plus grand bonheur des détenus et le désarroi de leurs geôliers. Un véritable casse-tête pour l’administration pénitentiaire, qui peine à colmater les brèches d’un système à bout de souffle.
En attendant une réponse pérenne des autorités, les fêtes de fin d’année ont plus que jamais un goût amer derrière les barreaux nantais. Le temps d’un réveillon, certains prisonniers auront eu droit à leur moment de magie, quand d’autres continuent de payer le prix fort d’un engrenage sans fin. Une parenthèse enchantée qui ne fait qu’exacerber les failles béantes d’un système carcéral gangréné par les trafics et les violences. Un constat qui appelle une réaction forte et urgente, avant que la prison ne devienne définitivement une zone de non-droit, où même le Père Noël a ses entrées.