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Nigeria : Une Mariée et Ses Demoiselles Enlevées en Plein Mariage

Une mariée, dix demoiselles d’honneur, deux autres femmes et un bébé… Tous enlevés en pleine nuit de noces par des hommes armés. Le village de Chacho, à une heure de Sokoto, est sous le choc. Mais ce qui se passe ensuite dans la forêt est encore plus glaçant…

Imaginez la scène. Une jeune mariée rayonnante, entourée de ses dix demoiselles d’honneur toutes vêtues de tissus chatoyants, passe sa première nuit dans sa nouvelle maison selon la tradition du nord-ouest du Nigeria. Les rires, la joie, les chants… Et soudain, le vacarme des motos, les cris, les coups de feu en l’air. En quelques minutes, treize femmes et un bébé disparaissent dans la nuit.

Un cauchemar nommé Chacho

C’est exactement ce qui s’est produit dans la nuit de samedi à dimanche au village de Chacho, à moins d’une heure de route de Sokoto, grande ville du nord-ouest nigérian. Des hommes lourdement armés ont surgit, ont ciblé la maison de la nouvelle mariée et ont emmené quatorze personnes au total.

Aliyu Abdullahi, habitant du village joint par téléphone, raconte la scène avec une voix encore tremblante : « Les bandits ont pris d’assaut notre village et ont kidnappé une mariée accompagnée de ses dix demoiselles d’honneur, plus deux autres femmes dont une mère et son bébé. »

« Nous avons dû payer une rançon en octobre pour libérer 13 personnes enlevées. Aujourd’hui, nous sommes à nouveau dans la même situation. »

Aliyu Abdullahi, résident de Chacho

Une tradition qui devient un piège

Dans cette région à majorité musulmane, il est courant que la mariée passe la première nuit dans le mariage avec ses amies proches avant que le marié ne rejoigne le domicile conjugal le lendemain. Cette coutume ancestrale, censée protéger et célébrer la nouvelle épouse, est devenue, ces derniers années, une cible privilégiée pour les ravisseurs.

Les bandits savent exactement où frapper et quand. Une maison illuminée, remplie de jeunes femmes en tenues de fête, représente une proie idéale : nombreuses victimes potentielles, familles prêtes à tout pour les récupérer, donc rançons élevées assurées.

Une explosion des enlèvements depuis plusieurs semaines

Ce drame n’est pas isolé. Le Nigeria connaît depuis plusieurs semaines une véritable vague d’enlèvements de masse, au point que le président a décrété mercredi « l’état d’urgence sécuritaire national ».

Si le rapt de près de 300 lycéennes à Chibok en 2014 par Boko Haram avait choqué le monde entier, les auteurs aujourd’hui ne sont plus uniquement des jihadistes. Des groupes criminels surnommés localement « bandits » terrorisent désormais tout le nord-ouest et le centre du pays.

Ils pillent, tuent, brûlent les maisons et surtout kidnappent contre rançon. Écoles, routes, villages, mariages… rien ne les arrête.

La forêt, sanctuaire intouchable des ravisseurs

Les bandits opèrent à partir de camps retranchés dans l’immense forêt de Rugu (ou Kamuku), qui s’étend sur six États : Zamfara, Katsina, Kaduna, Sokoto, Kebbi et Niger. Des dizaines de milliers d’hectares de brousse dense où l’armée peine à pénétrer.

Depuis ces bases, ils lancent des raids éclair à moto, repartent avec leurs otages et attendent que les familles réunissent des sommes colossales, souvent plusieurs millions de nairas par personne.

Le rapport confidentiel consulté par plusieurs sources indique que « Sokoto a connu une augmentation notable des enlèvements en novembre », probablement liée aux accords de paix conclus dans les États voisins.

Traduction : quand la pression militaire augmente dans le Zamfara ou le Katsina, les groupes se déplacent simplement vers des zones moins surveillées… comme Sokoto.

Des accords de paix qui déplacent le problème

Depuis 2022, plusieurs États du nord ont signé des accords dits « de réconciliation » avec certains chefs bandits : amnistie et aides financières en échange de l’arrêt des attaques sur leur territoire.

Ces arrangements, présentés comme des succès politiques locaux, sont très critiqués par les experts en sécurité. Ils permettent aux groupes de consolider leurs arsenaux et leurs camps tout en continuant leurs exactions ailleurs.

Résultat : le nombre total d’enlèvements n’a pas baissé. Il s’est simplement déplacé géographiquement, touchant maintenant des régions jusque-là relativement épargnées comme Sokoto.

Un cercle vicieux sans fin visible

Les familles, ruinées par les rançons précédentes, se retrouvent à nouveau mises à contribution. Certaines vendent bétail, terres, bijoux. D’autres s’endettent pour des années.

Et quand l’argent tarde à arriver, les otages subissent le pire : viols, travaux forcés, exécutions filmées envoyées aux familles pour faire pression.

Dans le cas de Chacho, on ignore encore le montant réclamé. Mais vu le profil des victimes – une mariée issue d’une cérémonie très visible – la somme risque d’être astronomique.

Que fait l’État fédéral ?

La déclaration d’état d’urgence sécuritaire national ouvre la voie à un renforcement militaire plus musclé : déploiement de nouvelles unités spéciales, opérations aériennes, coupure des réseaux téléphoniques dans certaines zones pour gêner la coordination des bandits.

Mais dix ans après Chibok, la population reste sceptique. Beaucoup estiment que tant que la corruption au sein des forces de sécurité et l’impunité des commanditaires (parfois soupçonnés d’être des personnalités locales) perdureront, le fléau ne disparaîtra pas.

En attendant, des résultats concrets, des villages entiers vivent dans la terreur permanente. Les mariages se font désormais en secret, les écoles ferment par précaution, les routes sont désertées la nuit.

Et pendant ce temps, quelque part dans la forêt, une jeune mariée pleure sa nuit de noces volée, entourée de ses amies terrifiées et d’un bébé qui ne comprend pas pourquoi sa mère tremble dans le noir.

Le Nigeria, géant démographique d’Afrique, continue de payer un prix terrifiant pour une insécurité que plus personne ne semble capable d’endiguer.

À suivre, malheureusement, car d’autres villages, d’autres mariages, d’autres vies sont déjà dans le viseur des prochains raids.

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