Imaginez-vous assis sur un banc d’église, en train de chanter un cantique, quand soudain la porte s’ouvre violemment et des hommes cagoulés armés de kalachnikovs surgissent. En quelques secondes, le lieu de paix devient un cauchemar. C’est exactement ce qui s’est passé dimanche matin dans le petit village d’Ejiba, dans l’État de Kogi, au centre du Nigeria.
Une attaque éclair pendant le culte dominical
Vers la fin du service religieux, des individus qualifiés localement de « bandits » ont pris d’assaut l’église. Ils ont emporté le pasteur ainsi que onze membres de la congrégation. Douze personnes portées disparues en plein jour, sous les yeux des autres fidèles restés tétanisés.
Le commissaire à l’information de l’État de Kogi, Kingsley Femi Fanwo, a confirmé l’attaque quelques heures plus tard. Selon lui, les forces de l’ordre sont arrivées sur place en hélicoptère et poursuivent activement les recherches dans la brousse environnante. Pour l’instant, aucune nouvelle des otages.
« Ils ont kidnappé le pasteur et des fidèles », a-t-il sobrement déclaré.
Un phénomène qui explose ces dernières semaines
Cet enlèvement n’est malheureusement pas un cas isolé. Au contraire, il s’inscrit dans une vague particulièrement violente qui frappe le Nigeria depuis plusieurs semaines.
Pour vous donner une idée de l’ampleur :
- Plus de 300 élèves d’une école catholique enlevés dans l’État du Niger (centre)
- 38 fidèles kidnappés dans une église de l’État de Kwara (ouest) – libérés depuis
- Des dizaines d’autres cas dans le nord-ouest et le centre du pays
En quelques jours seulement, ce sont plusieurs centaines de Nigérians qui se sont retrouvés otages de groupes criminels. Une situation devenue tellement ingérable que le président Bola Tinubu a annoncé mercredi dernier la déclaration d’un état d’urgence sécuritaire national.
Qui sont ces « bandits » qui terrorisent le pays ?
Dans le nord-ouest et le centre du Nigeria, on ne parle plus seulement de Boko Haram ou d’ISWAP. Une nouvelle génération de groupes criminels, appelés simplement bandits par la population, sème la terreur.
Ces bandes organisées attaquent villages, routes, écoles et désormais lieux de culte. Leur objectif principal ? L’argent des rançons. Des millions de nairas sont exigés – et souvent payés – pour libérer les otages.
Leur mode opératoire est rodé : arrivée en nombre, tirs en l’air pour terroriser, sélection rapide des victimes (souvent celles qui semblent pouvoir rapporter le plus), puis fuite dans la forêt ou la savane où les forces de sécurité peinent à les poursuivre.
Les églises, nouvelles cibles privilégiées
Ce qui choque particulièrement dans l’attaque d’Ejiba, c’est le lieu choisi. Les églises, traditionnellement considérées comme des sanctuaires, ne sont plus épargnées.
Le président Tinubu a d’ailleurs été très clair dans son discours : il a recommandé aux responsables religieux de renforcer la sécurité autour des lieux de culte, surtout ceux situés en zone rurale ou périphérique.
« Les centres de culte situés en périphérie devraient également reconsidérer la possibilité de célébrer le culte dans les zones à forte criminalité jusqu’à ce que la situation s’améliore », a ajouté le commissaire Fanwo.
Une phrase lourde de sens : pour la première fois, un responsable officiel suggère presque d’arrêter les cultes dans certaines zones tant le danger est grand.
Un problème ancien qui prend une ampleur inédite
Les enlèvements de masse ne datent pas d’hier au Nigeria. Tout le monde se souvient encore des 276 lycéennes de Chibok enlevées par Boko Haram en 2014 – un drame qui avait choqué la planète entière.
Mais aujourd’hui, le phénomène a changé de nature. Là où Boko Haram revendiquait une motivation idéologique et religieuse, les bandes actuelles agissent presque exclusivement pour l’argent. Chrétien ou musulman, homme ou femme, enfant ou adulte… personne n’est épargné si la rançon peut être payée.
Les experts parlent d’une criminalité organisée qui s’est professionnalisée. Certains groupes posséderaient même leurs propres camps dans la forêt, avec gardiens, cuisiniers et négociateurs spécialisés dans les rançons.
Une population épuisée et terrifiée
Dans les villages touchés, la peur est palpable. Beaucoup d’habitants n’osent plus sortir après 18 heures. Les marchés ferment tôt. Les écoles restent parfois vides par crainte d’attaques.
Dans l’État de Kogi, pourtant considéré comme relativement calme il y a encore quelques années, les habitants disent ne plus reconnaître leur région.
Une habitante d’un village voisin confiait récemment : « On vit dans la peur permanente. On ne sait jamais si le prochain sera nous ou nos enfants. »
L’État dépassé, la population abandonnée ?
La déclaration d’état d’urgence sécuritaire national est un aveu fort. Le gouvernement reconnaît officiellement qu’il ne maîtrise plus la situation dans certaines régions.
Mais sur le terrain, beaucoup reste sceptique. Les mêmes promesses sont faites depuis des années : renforcement des effectifs, nouvelles unités spéciales, opérations militaires… Sans résultats concrets durables.
Les habitants demandent des actions concrètes : plus de patrouilles, des routes mieux surveillées, une vraie présence de l’État dans les zones rurales.
Vers une solution durable ou une spirale sans fin ?
Aujourd’hui, le Nigeria se trouve à un carrefour. La vague actuelle d’enlèvements pourrait marquer un tournant : soit l’État parvient enfin à reprendre la main, soit le pays bascule un peu plus dans l’anarchie sécuritaire.
En attendant, dans le village d’Ejiba, les familles des douze disparus retiennent leur souffle. Elles prient pour que le pasteur et les fidèles reviennent sains et saufs. Comme des centaines d’autres familles à travers le pays.
Car derrière les chiffres et les déclarations officielles, il y a des vies brisées, des enfants sans parents, des communautés traumatisées. Et une question qui hante tout le monde : jusqu’à quand ?
À ce jour, aucune information n’a filtré sur l’identité des ravisseurs ni sur d’éventuelles demandes de rançon dans l’affaire d’Ejiba. Les recherches se poursuivent.
Nous continuerons de suivre cette affaire et de vous tenir informés dès que de nouvelles informations seront disponibles.









