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Nigeria : 46 Morts dans Attaques Meurtrières au Centre-Ouest

46 personnes ont été tuées en une matinée dans trois villages isolés de l'État du Niger. Hommes armés sur motos, maisons incendiées, corps retrouvés... Derrière ces horreurs se cache une insécurité qui gagne du terrain. Que se passe-t-il vraiment ?
Le Nigeria fait face à une vague de violence implacable dans ses régions centrales et nord-ouest, où des communautés rurales vivent dans la peur permanente d’assauts brutaux menés par des groupes armés. Samedi 14 février 2026, une série d’attaques coordonnées a frappé trois villages de l’État du Niger, laissant derrière elle un bilan effroyable et ravivant l’inquiétude sur l’incapacité des autorités à protéger les citoyens. Ces drames ne sont pas isolés ; ils s’inscrivent dans un cycle de terreur qui ronge le pays depuis des années.

Un samedi sanglant dans l’État du Niger

Dans la matinée du 14 février, des hommes armés ont surgi dans les villages de Konkoso, Tungan Makeri et Pissa, situés dans la zone gouvernementale de Borgu, près de la frontière avec l’État de Kwara. Les assaillants, arrivés en grand nombre sur des motos, ont semé la mort et la destruction sans distinction. Selon des informations recueillies auprès de sources humanitaires, au moins 46 personnes ont perdu la vie lors de ces incursions simultanées.

Le village de Konkoso a été le plus durement touché, avec 38 victimes tuées par balles ou à l’arme blanche. À Tungan Makeri, sept personnes ont été exécutées, tandis qu’une vie a été fauchée à Pissa. Ces chiffres, encore provisoires, pourraient s’alourdir car des opérations de récupération des corps se poursuivaient dans les heures suivantes.

Les détails glaçants des assauts

Les attaques ont débuté très tôt, vers 3 heures du matin pour certaines localités, et se sont prolongées avec une violence extrême. Les assaillants, estimés à plusieurs dizaines, opéraient avec une organisation militaire : environ 41 motos transportant chacune deux ou trois hommes lourdement armés. Ils ont ouvert le feu de manière indiscriminée, égorgé des habitants et mis le feu à de nombreuses habitations.

À Konkoso, près de 80 % des maisons ont été incendiées, transformant le village en un paysage de désolation. Des témoins ont décrit des scènes de chaos total : cris, explosions de munitions, odeur de fumée et de sang. Les survivants, terrifiés, ont fui dans la brousse environnante, craignant un retour des assaillants.

La police locale a confirmé l’attaque sur Tungan Makeri, indiquant que six personnes y avaient été tuées dès l’aube. Des maisons ont été brûlées et un nombre inconnu d’habitants enlevés. Les forces de l’ordre ont admis manquer d’informations précises sur les deux autres sites, illustrant les difficultés d’intervention dans ces zones reculées.

Un contexte de violence endémique

Ces événements ne surviennent pas dans le vide. L’État du Niger, comme plusieurs régions du centre et du nord-ouest du Nigeria, est devenu un foyer d’insécurité majeur. Des groupes armés, souvent désignés sous le terme de bandits, mènent des raids pour piller, tuer et enlever contre rançon. Ces bandes profitent des vastes forêts et des frontières poreuses pour se réfugier et organiser leurs opérations.

La forêt de Kainji, qui s’étend le long de la frontière entre les États du Niger et de Kwara, sert de repaire notoire à ces criminels. Elle offre un camouflage idéal et complique les poursuites par les autorités. Les attaques récentes s’inscrivent dans une escalade observée ces derniers mois, avec des incursions de plus en plus audacieuses et meurtrières.

Les bandits ont opéré au moyen de 41 motos, chacune portant deux ou trois hommes.

Cette précision tactique montre une professionnalisation croissante de ces groupes, qui ne se contentent plus de vols isolés mais orchestrent des opérations d’envergure visant à terroriser les populations entières.

Les précédents tragiques qui alertent

Quelques jours plus tôt, début février, une attaque encore plus massive avait endeuillé l’État voisin de Kwara, où plus de 160 personnes avaient été massacrées dans le village de Woro par des éléments jihadistes. Ce bilan effarant avait choqué l’opinion et mis en lumière la progression des menaces extrémistes vers le sud-ouest du pays.

En octobre précédent, un groupe affilié à Al-Qaïda avait revendiqué sa première opération sur le sol nigérian dans cette même zone proche de Woro. Ces signes indiquent une porosité croissante entre les bandes criminelles et les organisations terroristes, dynamisée par l’instabilité dans les pays limitrophes comme le Niger et le Burkina Faso.

Les enlèvements massifs restent une arme de prédilection. En novembre, plus de 250 enfants et adultes d’un internat catholique à Papiri, dans l’État du Niger, avaient été kidnappés avant d’être libérés par la suite. Ces cas répétés soulignent l’incapacité des forces de sécurité à prévenir ou à réagir efficacement face à ces menaces multiples.

Les réactions et les appels à l’aide

Face à cette recrudescence, les responsables locaux et communautaires de Borgu ont récemment lancé un appel pressant au président Bola Tinubu pour l’installation d’une base militaire permanente dans la zone. Ils espèrent ainsi dissuader les assaillants et offrir une protection réelle aux habitants exposés.

La communauté internationale suit de près ces développements. Les États-Unis ont exprimé leur préoccupation face à l’incapacité du Nigeria à juguler ces violences. Des déclarations ont qualifié les chrétiens nigérians de victimes d’une persécution systématique, évoquant même un risque de génocide par des terroristes. Cependant, la majorité des observateurs et des autorités nigérianes insistent sur le fait que ces attaques touchent indistinctement musulmans et chrétiens, relevant davantage d’une criminalité opportuniste que d’une guerre religieuse ciblée.

La coopération militaire s’est intensifiée récemment. Des frappes coordonnées ont visé des positions suspectes dans l’État de Sokoto, démontrant une volonté accrue de partenariat pour contrer les menaces jihadistes. Malgré ces efforts, la situation sur le terrain reste critique, avec des communautés entières déplacées et traumatisées.

Les racines profondes d’une insécurité multifacette

Le Nigeria endure depuis plus de seize ans une insurrection jihadiste concentrée dans le nord-est, avec des groupes comme Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest. Parallèlement, le centre-nord est miné par des conflits récurrents entre agriculteurs et éleveurs, souvent exacerbés par la compétition pour les ressources rares dues au changement climatique.

Dans le sud-est, des mouvements séparatistes ajoutent une couche supplémentaire de tension. Mais c’est le nord-ouest qui concentre aujourd’hui la plus grande partie des attaques de bandits, avec des enlèvements contre rançon devenus une industrie criminelle lucrative. Cette insécurité menace désormais de s’étendre vers le sud-ouest, jusque-là relativement épargné.

  • Insurrection jihadiste au nord-est depuis 2009
  • Conflits agriculteurs-éleveurs au centre-nord
  • Violences séparatistes au sud-est
  • Enlèvements de masse et banditisme au nord-ouest
  • Progression vers le centre-ouest et sud-ouest

Ces dynamiques interconnectées créent un environnement propice à l’escalade. Les forêts denses, les frontières mal contrôlées et le manque de présence étatique dans les zones rurales facilitent les mouvements des groupes armés. Les populations, abandonnées à leur sort, se retrouvent prises en étau entre la peur et la nécessité de survivre.

Les conséquences humaines et sociales

Au-delà des chiffres macabres, ces attaques détruisent le tissu social. Des familles entières sont décimées, des villages rasés, des enfants orphelins. Les survivants fuient vers des camps de déplacés ou vers les villes, augmentant la pression sur des infrastructures déjà saturées.

L’économie locale s’effondre : les champs restent en friche par peur des raids, les marchés ferment, les échanges commerciaux s’interrompent. La confiance envers les institutions s’érode davantage, favorisant parfois l’émergence de milices d’autodéfense qui, à leur tour, risquent d’attiser les cycles de vengeance.

Les enfants, particulièrement vulnérables, subissent les enlèvements répétés. Ces traumatismes marquent des générations entières, compromettant l’avenir éducatif et social de régions déjà défavorisées.

Vers une réponse urgente et coordonnée ?

Face à cette spirale, les appels se multiplient pour une stratégie globale : renforcement des patrouilles, déploiement de bases avancées, meilleure coopération régionale avec les pays voisins, et surtout, des mesures socio-économiques pour tarir les sources de recrutement des bandes armées. La pauvreté, le chômage des jeunes et le contrôle limité des armes alimentent en effet ce phénomène.

Le gouvernement doit équilibrer répression sécuritaire et développement inclusif. Sans cela, les attaques comme celles du 14 février risquent de se répéter, creusant un peu plus le fossé entre l’État et ses citoyens les plus exposés.

Le drame de Borgu rappelle cruellement que la sécurité reste le défi majeur du Nigeria. Chaque vie perdue est un échec collectif, et chaque village incendié un appel à agir avant que l’insécurité ne devienne incontrôlable.

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