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New York et New Jersey contre-attaquent Trump sur le rail

15 milliards de dollars gelés, un chantier ferroviaire stratégique sous l’Hudson menacé d’arrêt total dès le 6 février. New York et le New Jersey portent plainte contre l’administration Trump. Que cache vraiment cette décision ?

Imaginez des centaines de milliers de personnes qui, chaque matin, prennent le train pour traverser sous le fleuve Hudson, reliant le New Jersey à Manhattan. Demain, ce trajet pourrait devenir un véritable casse-tête, voire impossible. Une décision brutale prise à Washington menace de paralyser l’un des plus grands chantiers d’infrastructure de la côte Est américaine.

Depuis plusieurs mois, les regards se tournent vers un projet ferroviaire titanesque qui devait moderniser et sécuriser la liaison entre deux États phares. Mais une annonce récente a tout bouleversé : le gel de plusieurs milliards de dollars de fonds fédéraux. Les conséquences pourraient être dramatiques, et les autorités locales ne comptent pas rester les bras croisés.

Un bras de fer judiciaire pour sauver un chantier stratégique

Les États de New York et du New Jersey ont décidé de passer à l’offensive. Ils viennent de déposer une plainte contre l’administration fédérale pour obtenir la levée immédiate du gel des financements. Selon les autorités locales, si rien ne change d’ici le 6 février, les travaux seront purement et simplement arrêtés.

Ce n’est pas seulement une question d’argent. C’est toute une région qui risque de se retrouver asphyxiée économiquement. Des milliers d’emplois directs sont déjà en sursis, sans compter les effets en cascade sur les entreprises locales, les commerces et les familles qui dépendent de ces liaisons ferroviaires au quotidien.

15 milliards de dollars au cœur de la tempête

Le montant en jeu est colossal : 15 milliards de dollars de subventions et de prêts fédéraux qui étaient destinés à ce projet d’envergure. Ces fonds devaient permettre de construire de nouveaux tunnels sous l’Hudson, de moderniser les voies existantes et d’augmenter significativement la capacité et la fiabilité des trains de banlieue.

Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut se souvenir que les infrastructures ferroviaires actuelles sous le fleuve datent en grande partie du début du XXe siècle. Elles sont vétustes, saturées et particulièrement vulnérables en cas d’incident. Le projet actuel vise justement à corriger ces faiblesses structurelles majeures.

Mais depuis la fin septembre, ces crédits ont été gelés. Puis, au fil des semaines, le discours s’est durci jusqu’à laisser entendre que le projet pourrait être abandonné définitivement. Une telle décision aurait des répercussions mesurables sur plusieurs décennies.

Des milliers d’emplois menacés dans l’immédiat

La gouverneure du New Jersey a tiré la sonnette d’alarme de manière très claire : si les financements ne sont pas rétablis rapidement, ce sont 1 000 travailleurs qui perdront leur emploi dans les prochains jours. Des soudeurs, des ingénieurs, des conducteurs d’engins, des électriciens… toute une chaîne de métiers spécialisés qui sont aujourd’hui dans l’incertitude la plus totale.

« Si ce projet est abandonné, 1 000 travailleurs perdront immédiatement leur emploi. »

La gouverneure du New Jersey

Ces emplois ne sont pas seulement des chiffres sur un tableau Excel. Ce sont des familles qui vivent dans la région, des hypothèques à rembourser, des enfants à scolariser. L’impact humain est déjà perceptible sur les chantiers où l’activité ralentit de jour en jour.

Un enjeu de mobilité pour des centaines de milliers de commuters

Chaque jour ouvrable, des centaines de milliers de personnes effectuent le trajet entre le New Jersey et New York grâce aux trains qui passent sous l’Hudson. Ces travailleurs alimentent l’économie de la mégapole : banquiers, avocats, infirmiers, enseignants, employés de commerce… toute la diversité socio-professionnelle de la région.

Si les capacités ferroviaires venaient à être réduites durablement, les conséquences seraient multiples : embouteillages monstres sur les ponts et tunnels routiers, hausse des prix de l’immobilier à Manhattan (encore plus inaccessibles), entreprises qui pourraient envisager de délocaliser certaines activités… bref, un effet domino potentiellement dévastateur.

Une décision motivée par la remise en cause des politiques de diversité ?

L’administration fédérale a justifié la suspension des fonds par la nécessité de vérifier que le projet ne comportait pas de mesures liées à la promotion de la diversité, de l’équité et de l’inclusion – souvent désignées par l’acronyme DEI. Ces politiques sont aujourd’hui dans le viseur du pouvoir en place qui souhaite y mettre fin.

Mi-octobre, le message est devenu encore plus explicite. Lors d’une prise de parole publique, le président a déclaré que le projet était « terminé ». Une phrase qui a résonné comme un coup de massue pour tous les acteurs impliqués dans le chantier.

Une logique qui dépasse ce seul projet

Ce gel de financement ne concerne pas uniquement la liaison sous l’Hudson. D’autres grandes villes dirigées par des élus démocrates font face à des décisions similaires. À Chicago, par exemple, l’extension d’une ligne de métro est également menacée par le retrait de subventions fédérales, pour des motifs comparables.

Cette stratégie semble donc s’inscrire dans une volonté plus large de réorienter les priorités budgétaires fédérales et de sanctionner, selon certains observateurs, les territoires politiquement opposés à la Maison Blanche.

Une riposte judiciaire immédiate et coordonnée

Face à cette situation, les deux États n’ont pas attendu longtemps pour réagir. La procureure générale de New York a annoncé une action en justice conjointe avec le New Jersey. Ils demandent une ordonnance d’urgence pour débloquer les fonds et permettre la poursuite des travaux.

« Les États préviennent que la construction devra être complètement interrompue dès le 6 février si le financement fédéral n’est pas rétabli. »

Services de la procureure générale de New York

Parallèlement, la commission en charge du projet a elle aussi engagé une procédure contre le gouvernement fédéral pour obtenir le respect des engagements contractuels déjà pris.

Une accusation de « vengeance politique »

La gouverneure de l’État de New York n’a pas mâché ses mots. Elle qualifie ouvertement la décision de « vengeance » de la part du président. Selon elle, le gel des fonds viserait à punir des États qui n’ont pas soutenu la politique nationale actuelle.

Cette lecture politique de la situation est partagée par de nombreux élus locaux et régionaux qui dénoncent une instrumentalisation des budgets fédéraux à des fins partisanes.

Quelles conséquences si le chantier s’arrête réellement ?

Si les travaux devaient être définitivement abandonnés, plusieurs scénarios catastrophes se dessinent :

  • Perte immédiate de 1 000 emplois directs sur le chantier
  • Ralentissement voire arrêt des liaisons ferroviaires existantes à moyen terme en raison de l’absence de modernisation
  • Engorgement supplémentaire des axes routiers déjà saturés
  • Coût beaucoup plus élevé pour reprendre le projet ultérieurement (inflation des matériaux, perte de savoir-faire, renégociation des contrats)
  • Perte de compétitivité économique de toute la région métropolitaine New York – New Jersey

Ces éléments expliquent l’urgence avec laquelle les deux États ont saisi la justice. Le temps joue contre eux.

Un symbole plus large de la fracture politique américaine

Au-delà des aspects techniques et financiers, ce conflit autour des tunnels sous l’Hudson est aussi le reflet d’une polarisation politique extrême aux États-Unis. D’un côté, des États côtiers, majoritairement démocrates, très urbanisés et dépendants des transports collectifs. De l’autre, une administration républicaine qui affirme vouloir revoir les priorités budgétaires et remettre en cause certaines politiques sociales.

Le sort de ce chantier est donc suivi de très près car il pourrait préfigurer la manière dont seront traités d’autres grands projets d’infrastructure dans les années à venir.

Vers une décision judiciaire décisive dans les prochains jours ?

Les regards sont désormais tournés vers les tribunaux. La demande d’aide d’urgence déposée par New York et le New Jersey sera examinée dans les tout prochains jours. Une décision favorable pourrait permettre de relancer immédiatement les travaux et de sauver les emplois menacés.

Dans le cas contraire, le chantier risque de s’enliser dans une longue bataille judiciaire, pendant que les machines restent à l’arrêt et que les travailleurs s’inquiètent pour leur avenir.

Une chose est sûre : la bataille pour les tunnels de l’Hudson ne fait que commencer. Elle oppose aujourd’hui deux visions de l’avenir des infrastructures américaines, deux conceptions du rôle de l’État fédéral, et deux approches diamétralement opposées de la gestion des deniers publics.

Et pendant ce temps, sous les eaux troubles du fleuve Hudson, un rêve d’amélioration des transports attend toujours de devenir réalité… ou de sombrer définitivement dans l’oubli.

À retenir : Un projet ferroviaire vital pour la région métropolitaine de New York est menacé par un gel de 15 milliards de dollars décidé par l’administration fédérale. Les États de New York et du New Jersey ont lancé une action en justice en urgence. L’issue de ce bras de fer pourrait redéfinir les relations entre Washington et les grandes métropoles démocrates pour les années à venir.

La mobilisation est totale des deux côtés. Les prochains jours seront décisifs pour savoir si les trains continueront de circuler sous l’Hudson… ou si le silence s’installera durablement sur l’un des plus grands chantiers du pays.

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