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Népal : Balen, le Rappeur Maire Défie l’Ex-Premier Ministre Oli

De la scène rap underground aux rues enflammées de Katmandou, Balendra Shah a tout renversé. Aujourd’hui, ce jeune maire défie directement l’ex-Premier ministre Oli dans son propre bastion rural. Une bataille qui pourrait changer le visage du Népal… mais à quel prix ?

Imaginez un pays secoué par des émeutes violentes, un Premier ministre contraint de démissionner sous la pression de la rue, et quelques mois plus tard, un ancien rappeur de 35 ans qui décide de l’affronter directement dans les urnes. Cette scène n’est pas tirée d’un film, elle se déroule actuellement au Népal, où la politique prend des allures inattendues et passionnantes.

Un rappeur au cœur de la tempête politique népalaise

Le Népal vit une période de bouleversements profonds. Après des décennies marquées par une guerre civile meurtrière, l’abolition de la monarchie et des gouvernements instables, la population, surtout les plus jeunes, aspire à du neuf. C’est dans ce contexte qu’émerge Balendra Shah, plus connu sous le nom de Balen. Ce jeune homme au parcours atypique incarne pour beaucoup l’espoir d’un véritable changement.

Né en 1990 à Katmandou, Balendra Shah a grandi au rythme des soubresauts de l’histoire népalaise. La guerre civile qui a ravagé le pays entre 1996 et 2006 a laissé des cicatrices profondes : plus de 16 000 morts, des familles brisées, une société traumatisée. C’est dans ce climat qu’il s’est construit, entre les ruelles animées de la capitale et les échos d’un pays en quête d’identité.

Des études d’ingénieur à la scène hip-hop underground

Balendra Shah n’a pas suivi le chemin classique des politiciens népalais. Titulaire d’un diplôme d’ingénieur civil et d’un master en génie structurel, il aurait pu embrasser une carrière technique confortable. Mais c’est la musique qui l’a appelé. Sous le pseudonyme de Balen, il s’est imposé dans la scène hip-hop underground népalaise avec des textes incisifs qui dénoncent sans détour la corruption et les inégalités sociales.

Ses morceaux, souvent crus et directs, ont rapidement trouvé un écho auprès d’une jeunesse frustrée par l’immobilisme politique. Les millions de vues accumulées sur internet témoignent de cette connexion particulière qu’il a su créer avec son public. Là où les discours traditionnels peinaient à convaincre, ses rimes percutantes touchaient juste.

Un responsable politique devrait avoir cette sensibilité émotionnelle que procure la musique et la littérature.

Balendra Shah

Cette citation résume parfaitement sa philosophie. Pour lui, la politique ne peut se réduire à des calculs froids et des alliances opportunistes. Elle doit aussi toucher les cœurs, réveiller les consciences, inspirer. Une approche qui tranche radicalement avec celle de la classe politique traditionnelle.

Les émeutes de septembre : un tournant décisif

Le 8 septembre, des milliers de jeunes Népalais descendent dans les rues de Katmandou. Leur colère vise plusieurs cibles : le blocage des réseaux sociaux, la corruption endémique, l’absence criante d’opportunités professionnelles. Très vite, la manifestation dégénère. La foule s’en prend aux symboles du pouvoir : le Parlement est pillé, incendié. En deux jours, au moins 77 personnes perdent la vie dans les violences.

Face à cette pression populaire inédite, le Premier ministre KP Sharma Oli, 73 ans, est contraint de démissionner le 9 septembre, mettant fin à son quatrième mandat. Ce départ forcé marque un séisme politique dans un pays habitué aux crises gouvernementales mais rarement aux soulèvements aussi violents.

Balendra Shah observe ces événements de loin. Il n’appelle pas à la violence, mais comprend la rage qui anime cette génération. Lui-même a souvent chanté contre ces maux qui gangrènent le pays. Aujourd’hui, il se positionne comme une alternative crédible à cette vieille garde qu’il juge dépassée.

De la mairie de Katmandou à la conquête du pouvoir national

En 2022, Balendra Shah crée la surprise en devenant le premier candidat indépendant à remporter la mairie de Katmandou. Cette victoire inattendue envoie un message fort : la population est prête à sanctionner les partis traditionnels et à miser sur des figures nouvelles, issues de la société civile ou du monde culturel.

Une fois élu, il s’attelle immédiatement à des chantiers concrets qui touchent directement le quotidien des habitants : amélioration de la collecte des ordures, régulation de la circulation chaotique, renforcement de l’éducation, recouvrement plus efficace des impôts locaux. Ces actions, bien que modestes à l’échelle nationale, ont contribué à bâtir sa crédibilité.

  • Modernisation de la gestion des déchets dans la capitale
  • Actions pour fluidifier le trafic urbain
  • Investissements dans les infrastructures scolaires
  • Lutte contre l’évasion fiscale locale

Ces résultats tangibles ont renforcé son image d’élu de terrain, capable de transformer des paroles en actes. Mais Balen ne compte pas s’arrêter là. En janvier, il démissionne de son poste de maire pour se lancer dans une bataille bien plus ambitieuse : les élections législatives de mars.

Un duel symbolique dans la circonscription d’Oli

Plutôt que de briguer un siège dans sa ville de Katmandou, où il jouit d’une popularité établie, Balendra Shah choisit de défier directement KP Sharma Oli dans sa propre circonscription : Jhapa-5, une zone rurale située à environ 300 kilomètres au sud-est de la capitale. Ce choix audacieux n’est pas anodin.

« Se présenter face à un poids lourd signifie que je ne choisis pas la facilité », explique-t-il avec un calme assumé, coiffé de son traditionnel topi noir. Ce geste est perçu comme un défi lancé à toute la classe politique établie : plus question de se contenter de victoires symboliques dans les bastions progressistes ; il s’agit maintenant de conquérir le pouvoir là où il s’est toujours enraciné.

Cela montre qu’en dépit des problèmes ou des trahisons qui ont secoué le pays, nous avançons vers leur résolution.

Balendra Shah

Pour porter ses ambitions nationales, Balen a rejoint le Rastriya Swatantra Party (RSP), une formation centriste fondée récemment par l’animateur de télévision Rabi Lamichhane. Ce parti, qui avait déjà surpris en obtenant la quatrième place aux élections de 2022 peu après sa création, partage avec Balen une vision d’un capitalisme modéré associé à une forte préoccupation sociale.

Un programme centré sur la bonne gouvernance et la justice sociale

Le candidat met en avant plusieurs priorités claires : éducation et soins de santé gratuits pour les plus démunis, lutte implacable contre la corruption, création d’emplois locaux pour freiner l’exode massif des jeunes. Selon lui, la première revendication de la génération Z qui a manifesté en septembre est simple : une bonne gouvernance.

« Le niveau de corruption est élevé dans le pays », affirme-t-il sans détour. Pour lui, restaurer la confiance passe par des institutions transparentes, des responsables intègres et des politiques publiques efficaces. Des promesses ambitieuses dans un pays où les scandales financiers et les népotismes ont longtemps été la norme.

La musique, un fil rouge qui ne se coupe pas

Même au cœur de la campagne électorale, Balendra Shah refuse de renier ses origines artistiques. La musique reste pour lui un moyen d’expression privilégié, une façon de rester connecté à ses racines et à sa génération.

« C’est un moyen d’expression, je continuerai, même si je suis élu Premier ministre », promet-il. Cette fidélité à ses passions pourrait bien devenir l’une de ses forces : dans un paysage politique souvent perçu comme cynique, un dirigeant qui continue de créer et de partager son art aurait une aura particulière.

Le parcours de Balen fascine parce qu’il incarne plusieurs ruptures simultanées : rupture générationnelle, rupture avec les partis traditionnels, rupture avec le sérieux compassé habituel des responsables politiques. À 35 ans, face à un adversaire de 73 ans qui symbolise l’ancien régime, il représente le futur possible d’une nation encore jeune dans sa démocratie.

Un scrutin qui pourrait redessiner le paysage politique

Les élections législatives de mars s’annoncent comme un moment charnière. Si Balendra Shah parvient à l’emporter dans la circonscription même d’Oli, le message envoyé sera retentissant : la jeunesse népalaise ne se contente plus de protester dans la rue, elle veut désormais gouverner.

Mais le chemin reste semé d’embûches. Les partis traditionnels conservent des réseaux puissants, notamment dans les zones rurales. La machine politique d’Oli, malgré sa démission récente, reste redoutable. Et les attentes placées en Balen sont immenses : il devra transformer l’énergie contestataire en programme de gouvernement cohérent.

Quoi qu’il arrive, le simple fait que ce duel ait lieu marque déjà une évolution profonde. Le Népal, pays de contrastes extrêmes entre montagnes himalayennes et plaines subtropicales, entre traditions millénaires et aspirations modernes, semble prêt à écrire un nouveau chapitre. Et au centre de cette page blanche se tient un rappeur devenu maire, devenu peut-être un jour Premier ministre.

La suite appartient aux urnes… et à une génération qui refuse de se taire.

Ce qu’il faut retenir de Balendra Shah

  • 35 ans, rappeur devenu maire indépendant de Katmandou en 2022
  • Candidat aux législatives de mars contre l’ex-Premier ministre Oli
  • Porte-voix de la génération Z et des manifestants de septembre
  • Défend un modèle économique libéral avec justice sociale
  • Promet éducation et santé gratuites + lutte anticorruption
  • Refuse d’abandonner la musique même en cas de victoire

Dans un pays où la politique a souvent rimé avec instabilité et corruption, l’émergence d’une figure comme Balen rappelle que le changement peut venir d’endroits inattendus. Reste à savoir si les électeurs népalais sont prêts à confier les clés du pouvoir à celui qui, hier encore, faisait vibrer les scènes underground plutôt que les hémicycles.

L’histoire est en marche. Et elle groove au rythme d’un beat hip-hop népalais.

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