Imaginez une villa luxueuse en bord de mer, sous le soleil brûlant de Floride. À l’intérieur, des hommes en costume discutent de l’avenir d’un pays entier, pendant que des milliers de kilomètres plus loin, des soldats meurent encore sur le front. C’est exactement ce qui se déroule en ce moment même entre la délégation ukrainienne et l’équipe proche du président américain nouvellement élu.
Des discussions « pas faciles » sous le soleil floridien
Une source proche de la délégation ukrainienne l’a confié sans détour : les échanges sont constructifs, mais extrêmement compliqués. Le mot qui revient sans cesse ? « Pas faciles ». Derrière cette formule diplomatique se cache une réalité brutale : Kiev et Washington tentent de finaliser un plan de paix qui pourrait redessiner la carte géopolitique de l’Europe de l’Est.
La rencontre a débuté dimanche matin, peu après 10h10 heure locale. D’un côté, le ministre ukrainien de la Défense, Roustem Oumerov, à la tête de la délégation. De l’autre, une équipe américaine impressionnante : le futur secrétaire d’État Marco Rubio, l’envoyé spécial Steve Witkoff et même Jared Kushner, gendre de Donald Trump et figure clé de la première administration.
« Le processus n’est pas facile, car la recherche de formulation et de solutions se poursuit »
Source proche de la délégation ukrainienne
Un plan en 28 points qui fait peur à Kiev
Présenté il y a dix jours, le projet américain comporte 28 points destinés à mettre fin à un conflit qui dure depuis février 2022. Problème : de l’aveu même de nombreux observateurs européens et ukrainiens, ce document penche dangereusement en faveur de Moscou.
Les négociateurs américains poussent pour que les « points finaux » soient validés rapidement, afin de pouvoir se rendre à Moscou avec un accord signé. Autrement dit : Washington veut un texte prêt à être présenté à Vladimir Poutine dans les plus brefs délais.
Du côté ukrainien, on insiste sur deux priorités absolues :
- La sécurité durable de l’Ukraine après un éventuel cessez-le-feu
- La reconstruction du pays, ravagé par trois années de guerre
Roustem Oumerov l’a répété sur X : sa délégation a pour mission de « garantir les intérêts de l’Ukraine » et rendra compte directement au président Zelensky dès la fin des discussions.
Marco Rubio pose les bases : « Plus qu’une fin de guerre »
Le ton était solennel lorsque Marco Rubio a pris la parole en ouverture de réunion :
« Il ne s’agit pas simplement de mettre fin à la guerre. Il s’agit d’ouvrir une voie pour permettre à l’Ukraine de rester souveraine, indépendante et prospère. »
Marco Rubio, futur secrétaire d’État américain
Ces mots sonnent comme une promesse. Mais dans les couloirs, beaucoup doutent. Car pour obtenir la paix, Kiev devra-t-elle renoncer à des territoires ? Accepter une neutralité définitive ? Limiter sa future armée ? Les points les plus sensibles n’ont pas encore filtré, mais la tension est palpable.
Un contexte militaire qui rend l’urgence absolue
Pendant que les diplomates parlent en Floride, la guerre, elle, ne s’arrête pas.
Dans la nuit de samedi à dimanche, une attaque de drones a fait au moins un mort et onze blessés près de Kiev. À l’Est, les forces russes continuent leur progression lente mais inexorable, notamment dans le Donbass. Chaque jour qui passe affaiblit un peu plus la position négociation de l’Ukraine.
Volodymyr Zelensky l’a reconnu samedi : « Dans les jours à venir, il sera possible de préciser les étapes à suivre pour déterminer comment mettre fin à la guerre dans la dignité ». Le mot « dignité » revient sans cesse dans le discours ukrainien. Il résume tout : Kiev refuse une paix humiliante.
Les Européens tenus à l’écart, Macron reçoit Zelensky lundi
Autre signe que Washington veut aller vite : Marco Rubio ne participera pas à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN prévue la semaine prochaine. Un affront pour les alliés européens, déjà très inquiets du contenu du plan américain.
Emmanuel Macron, lui, recevra Volodymyr Zelensky lundi à Paris. Un rendez-vous crucial, surtout après le récent limogeage d’Andrïi Iermak, bras droit ultra-puissant du président ukrainien, suite à une vaste enquête anticorruption dans le secteur énergétique.
Pendant ce temps, l’Ukraine frappe la rente pétrolière russe
Signe que Kiev ne baisse pas les armes : samedi, des drones navals ukrainiens ont attaqué le terminal pétrolier de Novorossiïsk, sur la mer Noire. Une infrastructure stratégique qui permet d’exporter le pétrole kazakh via le Caspian Pipeline Consortium.
Une des trois bouées d’amarrage a été mise hors service. Astana a immédiatement accusé l’Ukraine et demandé l’arrêt de ces « attaques terroristes ». Kiev, comme à son habitude, n’a pas commenté.
Cette stratégie de frappes sur les infrastructures énergétiques russes est devenue une constante ces derniers mois. L’objectif ? Perturber la manne financière qui permet à Moscou de payer soldats, armes et munitions.
Vers un accord historique ou une paix imposée ?
Les discussions en Floride sont parties pour durer plusieurs jours. Les amendements apportés au plan initial, négociés il y a une semaine à Genève avec les Européens, servent de base de travail.
Mais la question centrale reste entière : l’Ukraine acceptera-t-elle un accord qui, même amendé, reste perçu comme trop favorable à la Russie ? Ou la pression militaire et le besoin vital de reconstruction la pousseront-ils à signer, même à contrecœur ?
Steve Witkoff est d’ores et déjà attendu à Moscou dans les prochains jours. Le compte à rebours est lancé. Et avec lui, l’avenir de millions d’Ukrainiens, mais aussi l’équilibre européen tout entier.
Une chose est sûre : ce qui se décide en ce moment dans cette villa floridienne, sous le soleil et les palmiers, pourrait marquer la fin d’un des conflits les plus meurtriers du XXIe siècle… ou au contraire, ouvrir une nouvelle ère d’incertitude.
La guerre en Ukraine entre dans une phase décisive. Jamais les tractations n’ont été aussi intenses, jamais les enjeux n’ont paru aussi élevés. Suivez l’évolution heure par heure, car les prochaines annonces pourraient tout changer.









