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Narges Mohammadi : Six Ans de Prison pour la Lauréate Nobel

Condamnée à six ans de prison alors qu'elle est prix Nobel de la paix, Narges Mohammadi a mené une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention. Son état de santé inquiète gravement ses proches... Que lui reproche vraiment le régime ?

Imaginez une femme qui, depuis des décennies, défie l’un des régimes les plus répressifs au monde, reçoit la plus haute distinction pour la paix sur la planète, et se retrouve pourtant à nouveau derrière les barreaux pour avoir simplement pris la parole en public. C’est l’histoire récente de Narges Mohammadi, une figure emblématique de la lutte pour les droits humains en Iran.

À 53 ans, cette militante infatigable vient d’être condamnée à six ans de prison supplémentaire. Son crime ? Avoir participé à une cérémonie en hommage à un avocat décédé dans des circonstances troubles. Ce verdict, prononcé dans un contexte où sa santé se dégrade rapidement, soulève de vives inquiétudes parmi ses soutiens à travers le monde.

Une nouvelle condamnation dans un parcours déjà marqué par la répression

Le verdict est tombé récemment. Un tribunal iranien a infligé à Narges Mohammadi une peine de six ans d’emprisonnement pour « rassemblement et collusion en vue de commettre des crimes ». À cela s’ajoute une interdiction de quitter le territoire pendant deux ans. Mais ce n’est pas tout.

Dans une autre procédure distincte, elle a également écopé d’un an et demi de prison pour « activités de propagande » ainsi que de deux années d’exil intérieur dans une petite ville reculée de la province du Khorassan du Sud. Selon la législation iranienne, les peines d’emprisonnement ne se cumulent pas, ce qui signifie que la plus lourde prévaut.

Une arrestation lors d’une cérémonie symbolique

Tout a commencé le 12 décembre dernier dans la ville de Mashhad, au nord-est du pays. Narges Mohammadi et plusieurs autres militants avaient été interpellés après avoir pris la parole lors d’une cérémonie rendant hommage à un avocat retrouvé mort. Cette arrestation marque un nouveau chapitre dans un engagement qui n’a jamais faibli, même derrière les barreaux.

Depuis son incarcération, elle n’a eu que de rares contacts avec l’extérieur. Son avocat a pu s’entretenir avec elle à deux reprises seulement par téléphone. C’est lors de l’un de ces appels qu’elle a annoncé sa condamnation, sans avoir accepté de s’exprimer devant les juges.

Elle considère cette procédure tout au plus comme une farce.

Son mari, depuis Paris

Cette phrase résume parfaitement l’état d’esprit de la militante face à un système judiciaire qu’elle juge illégitime. Refusant de se plier aux règles imposées, elle a choisi le silence comme forme de résistance.

Grève de la faim et hospitalisation : un état de santé alarmant

Le 2 février, Narges Mohammadi entamait une grève de la faim pour dénoncer ses conditions de détention et l’interdiction faite aux autorités pénitentiaires de la laisser téléphoner à ses avocats et à sa famille. Cette action a duré près d’une semaine.

Dimanche, elle y a mis fin, mais dans un état physique très préoccupant. Selon des informations relayées par ses proches, elle a été hospitalisée trois jours plus tôt en raison de la détérioration rapide de sa santé. Rapidement renvoyée en détention, son cas suscite une vive inquiétude.

Cette grève n’est pas un acte isolé. Au fil des années, elle a multiplié ce type d’action pour attirer l’attention sur les abus subis par les prisonniers politiques. Chaque fois, son corps en porte les stigmates.

Un parcours de lutte sans compromis

Née en 1972 à Zanjan, dans le nord-ouest de l’Iran, Narges Mohammadi a d’abord suivi des études de physique avant de devenir ingénieure. Parallèlement, elle s’engage dans le journalisme au sein de publications réformatrices. C’est dans les années 2000 qu’elle rejoint le Centre des défenseurs des droits de l’Homme, fondé par Shirin Ebadi, elle-même lauréate du prix Nobel de la paix en 2003.

Depuis plus de vingt-cinq ans, elle est régulièrement arrêtée, jugée et emprisonnée pour son opposition à la peine de mort, au code vestimentaire obligatoire pour les femmes et à l’ensemble des politiques répressives du régime. Elle a passé la majeure partie de la dernière décennie en détention.

Ses deux enfants, installés à Paris avec leur père, ne l’ont pas vue depuis 2015. Cette séparation familiale constitue l’une des dimensions les plus douloureuses de son combat.

Le prix Nobel de la paix 2023 : une reconnaissance mondiale

En octobre 2023, le Comité Nobel norvégien a décidé de décerner le prix de la paix à Narges Mohammadi pour son combat contre l’oppression des femmes en Iran et pour la promotion des droits humains et de la liberté pour tous. Cette distinction, rare pour une personne incarcérée, a mis en lumière sa détermination exceptionnelle.

Malgré les barreaux, elle a continué à organiser des manifestations dans la cour de la prison, à écrire des messages, à mener des grèves de la faim. Sa voix porte bien au-delà des murs de sa cellule.

Un régime qui multiplie les exécutions

L’Iran occupe la deuxième place mondiale pour le nombre d’exécutions, juste derrière la Chine, selon les organisations de défense des droits humains. Ce classement sinistre contraste violemment avec le message de paix porté par Narges Mohammadi et les autres militants emprisonnés.

Chaque condamnation, chaque arrestation supplémentaire renforce l’image d’un pouvoir qui refuse le dialogue et préfère la répression. Dans ce contexte, le cas de la lauréate du Nobel prend une résonance particulière.

Libération temporaire pour raisons médicales

En décembre 2024, Narges Mohammadi avait bénéficié d’une libération temporaire de trois semaines pour des raisons médicales. Elle venait de subir l’ablation d’une tumeur et une greffe osseuse. Cette parenthèse a été de courte durée : elle a rapidement été réincarcérée.

Cette séquence illustre la précarité de sa situation sanitaire. Les conditions de détention aggravent des pathologies existantes, et les autorités semblent peu enclines à accorder des aménagements durables.

Une résistance qui inspire au-delà des frontières

Le mari de Narges Mohammadi, Taghi Rahmani, vit à Paris et relaie régulièrement les informations concernant son épouse. Il décrit une femme qui, même affaiblie physiquement, refuse toute compromission avec le pouvoir.

Partout dans le monde, des collectifs, des organisations et des citoyens ordinaires suivent avec attention l’évolution de son cas. Chaque nouvelle condamnation ravive les appels à sa libération immédiate et inconditionnelle.

Que signifie vraiment ce verdict ?

Pour les observateurs, cette nouvelle peine vise avant tout à faire taire une voix qui continue de porter haut les revendications démocratiques. En condamnant une lauréate du prix Nobel, le régime envoie un message clair : personne n’est intouchable.

Mais ce calcul pourrait se retourner. Chaque injustice renforce la détermination des militants à l’intérieur et mobilise davantage l’opinion internationale. Le combat de Narges Mohammadi devient ainsi le symbole d’une lutte plus large pour la dignité et la liberté.

Les multiples facettes d’un engagement

Opposition à la peine capitale, défense du droit des femmes à choisir leur tenue, lutte contre l’arbitraire judiciaire, soutien aux autres prisonniers politiques… Les thèmes défendus par Narges Mohammadi sont nombreux et interconnectés.

Elle incarne une génération d’activistes iraniens qui, malgré la répression systématique, refusent de baisser les bras. Son parcours rappelle que la résistance peut prendre de multiples formes, y compris depuis une cellule de prison.

Un avenir incertain pour la militante

Aujourd’hui, la santé de Narges Mohammadi préoccupe au plus haut point ses proches et ses soutiens. La grève de la faim récente a une nouvelle fois démontré sa volonté de ne pas céder, quitte à mettre sa vie en danger.

Dans les semaines et les mois à venir, l’attention internationale restera cruciale. Chaque appel, chaque déclaration de soutien contribue à maintenir la pression sur les autorités iraniennes et à rappeler que le monde n’oublie pas.

Le cas de Narges Mohammadi n’est pas seulement celui d’une femme courageuse confrontée à l’injustice. Il est le miroir d’une société entière qui aspire à plus de liberté, de justice et de respect des droits fondamentaux. Tant que des voix comme la sienne seront réduites au silence par la force, le combat continuera.

Et il continuera, porté par la conviction profonde que la dignité humaine ne peut être négociée ni emprisonnée indéfiniment.

Une voix qui refuse de s’éteindre
Même dans l’obscurité d’une cellule, même affaiblie par la maladie et la grève de la faim, Narges Mohammadi continue de rappeler au monde que la quête de justice et de liberté ne connaît pas de frontières ni de barreaux assez solides pour l’arrêter définitivement.

Ce nouvel épisode judiciaire ne marque pas la fin de son combat. Au contraire, il en souligne l’urgence et la nécessité. Partout où des êtres humains sont privés de leurs droits les plus élémentaires, des figures comme elle deviennent des phares dans la nuit.

Et tant que ces phares brilleront, même faiblement, l’espoir d’un changement demeure intact.

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