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Narges Mohammadi : Grève de la Faim en Prison Iranienne

Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix, est en grève de la faim depuis trois jours dans une prison iranienne. Privée de contacts avec sa famille depuis des semaines, elle exige simplement un appel téléphonique. Que cache vraiment ce silence imposé ?

Imaginez une femme qui a déjà tout sacrifié pour la liberté d’expression et les droits fondamentaux, récompensée par le prix Nobel de la paix, et qui pourtant se retrouve aujourd’hui privée des contacts les plus élémentaires avec ses proches. Depuis trois jours, elle refuse de s’alimenter. Son seul moyen de faire entendre sa voix reste cette grève radicale. Cette femme, c’est Narges Mohammadi.

Dans les geôles iraniennes, loin des caméras et des regards internationaux, des combats silencieux se poursuivent chaque jour. Aujourd’hui, l’un d’eux prend une tournure particulièrement dramatique. Une militante emblématique choisit l’arme de la faim pour réclamer ce que beaucoup considèrent comme un droit humain basique : pouvoir téléphoner à sa famille.

Une militante emblématique face à un nouveau calvaire carcéral

Narges Mohammadi, âgée de 53 ans, est connue dans le monde entier pour son engagement sans faille en faveur des droits humains. Emprisonnée à plusieurs reprises au cours des dernières décennies, elle n’a jamais renoncé à dénoncer les abus et à défendre les prisonniers politiques. Son courage lui a valu la plus haute distinction mondiale en matière de paix.

Mais depuis décembre dernier, sa situation s’est aggravée de manière préoccupante. Placée à l’isolement dans une prison située à Mashhad, dans l’est du pays, elle subit des restrictions particulièrement sévères. Le dernier contact téléphonique avec ses proches remonte au 14 décembre. Depuis, plus rien.

Les revendications précises de la grève

La militante ne demande pas la lune. Elle réclame trois choses simples et essentielles :

  • Le droit de passer un appel téléphonique à sa famille
  • L’accès à ses avocats en Iran
  • La possibilité de recevoir des visites

Ces demandes, formulées avec clarté, révèlent l’ampleur de l’isolement imposé. Refuser ces contacts élémentaires revient à couper la détenue du monde extérieur, à l’empêcher de partager son vécu et de recevoir du soutien.

L’information sur le début de la grève de la faim n’est parvenue à l’extérieur que grâce à un ancien détenu récemment libéré. Ce détail illustre bien la difficulté à faire sortir des nouvelles du système carcéral iranien lorsqu’une personne est maintenue dans un isolement strict.

Retour sur une arrestation violente en décembre

Tout commence le 12 décembre. Narges Mohammadi participe à une cérémonie en hommage à un avocat décédé dans des circonstances troubles. Elle prononce quelques mots lors de cet hommage. Quelques instants plus tard, les forces de sécurité interviennent. Elle est arrêtée sur place, en même temps que d’autres militants présents.

Ses soutiens dénoncent rapidement des violences lors de l’interpellation. Des témoignages rapportent qu’elle aurait été frappée violemment. Peu après, sa famille signale qu’elle se trouve en mauvaise santé et que les autorités refusent tout examen médical indépendant.

Les circonstances de cette arrestation soulèvent de graves questions sur le respect des droits fondamentaux lors des interpellations.

Cet épisode s’inscrit dans un contexte plus large. L’arrestation intervient juste avant le déclenchement d’un mouvement de contestation d’ampleur dans le pays. Les autorités semblent avoir voulu empêcher toute voix critique de s’exprimer publiquement sur ces événements.

Un parcours marqué par de multiples incarcérations

Ce n’est malheureusement pas la première fois que Narges Mohammadi se retrouve derrière les barreaux. Son engagement lui a valu de nombreuses condamnations au fil des années. Elle a passé de longues périodes en prison, toujours pour les mêmes raisons : avoir défendu les droits humains, critiqué le régime et soutenu d’autres prisonniers politiques.

En novembre 2021, une nouvelle arrestation l’avait conduite en détention jusqu’à une libération provisoire accordée fin 2024 pour des raisons de santé, notamment des problèmes pulmonaires graves. Même malade, elle n’avait jamais cessé son combat.

Le prix Nobel de la paix reçu en 2023 symbolise la reconnaissance internationale de son action. Ses deux enfants, qui vivent à Paris avec leur père, avaient dû monter sur scène à Oslo pour recevoir la médaille en son nom. Cela faisait déjà plus de dix ans qu’elle n’avait pas pu les serrer dans ses bras.

Pourquoi priver une détenue de contacts familiaux ?

La question mérite d’être posée clairement. Pourquoi les autorités choisissent-elles de couper tout lien téléphonique avec la famille depuis plusieurs semaines ? Pourquoi refuser l’accès aux avocats et aux visites ?

De nombreux observateurs y voient une stratégie délibérée visant à réduire au silence une voix particulièrement influente. En empêchant toute communication, on empêche aussi la diffusion d’informations sur les conditions de détention et sur les événements qui secouent le pays.

La grève de la faim apparaît alors comme le dernier recours. Lorsque tous les canaux normaux sont fermés, la seule arme qui reste est celle du corps. Refuser de manger devient un moyen extrême de protester et de rappeler au monde que l’on existe encore.

L’isolement comme outil de répression

Placer quelqu’un à l’isolement pendant une longue période constitue une pratique particulièrement dure. Les experts en droits humains soulignent que l’isolement prolongé peut causer des dommages psychologiques graves. Perte de repères, angoisse, dépression : les effets sont documentés depuis longtemps.

Dans le cas présent, l’isolement s’accompagne d’une interdiction totale de communication extérieure. Cela renforce encore l’impact psychologique. La personne se retrouve littéralement coupée du monde, sans savoir ce qui se passe dehors et sans pouvoir partager ce qu’elle vit à l’intérieur.

  1. Privation de contact familial
  2. Refus d’accès aux avocats
  3. Interdiction de visites
  4. Placement prolongé à l’isolement
  5. Absence d’examen médical indépendant malgré des problèmes de santé signalés

Ces cinq éléments combinés créent une situation d’extrême vulnérabilité pour la détenue.

Le symbole d’une lutte plus large

Narges Mohammadi n’est pas seulement une prisonnière parmi d’autres. Elle incarne une lutte qui dépasse largement sa personne. Depuis des décennies, des milliers d’Iraniens et d’Iraniennes se battent pour des libertés fondamentales : liberté d’expression, égalité entre les sexes, fin de la répression politique.

Chaque fois qu’une figure comme elle est réduite au silence, c’est un coup porté à l’ensemble du mouvement. Mais paradoxalement, chaque acte de résistance, même depuis une cellule d’isolement, renforce la détermination des autres.

La grève de la faim actuelle rappelle que le combat continue, même dans les conditions les plus difficiles. Elle montre aussi que la reconnaissance internationale, symbolisée par le prix Nobel, n’offre pas une protection absolue face à la répression.

Santé fragile et absence de soins adéquats

Les problèmes pulmonaires qui avaient conduit à sa libération provisoire en 2024 n’ont pas disparu. Au contraire, une grève de la faim aggrave nécessairement l’état de santé d’une personne déjà fragile. Chaque jour sans nourriture représente un risque supplémentaire.

La famille avait déjà signalé, mi-décembre, que l’état de santé de Narges Mohammadi se dégradait et que les autorités refusaient tout examen médical indépendant. Cette opacité sur l’état de santé d’une détenue connue internationalement inquiète profondément.

Refuser des soins médicaux indépendants à une personne en détention constitue une violation grave des standards internationaux.

La combinaison de l’isolement, de la grève de la faim et d’une santé précaire crée une situation extrêmement préoccupante.

Un appel téléphonique : un geste si simple, si symbolique

Revenons à la demande initiale. Un simple appel téléphonique. Quelques minutes pour rassurer une famille, pour dire que l’on tient bon, pour maintenir un lien humain essentiel.

Ce geste apparemment banal prend une dimension immense dans le contexte actuel. L’autoriser reviendrait à reconnaître que même en prison, une personne conserve certains droits fondamentaux. Le refuser obstinément envoie un message très clair : aucune voix dissidente ne doit pouvoir s’exprimer, même pour dire simplement « je vais bien » ou « je vous aime ».

En maintenant cette interdiction, les autorités choisissent délibérément l’escalade. Elles savent que la militante ne reculera pas facilement. Elles savent aussi que la communauté internationale suit l’affaire de près.

Le rôle des soutiens extérieurs

Face à cette situation, les soutiens internationaux jouent un rôle crucial. Chaque communiqué, chaque déclaration, chaque manifestation de solidarité contribue à maintenir la pression. Le prix Nobel n’est pas seulement une récompense : c’est aussi un outil de visibilité et de protection.

Les enfants de Narges Mohammadi, qui vivent à Paris, continuent de porter la voix de leur mère. Ils rappellent régulièrement au monde le combat qu’elle mène depuis tant d’années.

Les organisations de défense des droits humains restent mobilisées. Elles documentent les faits, alertent l’opinion publique et pressent les gouvernements d’agir.

Que peut-on attendre dans les prochains jours ?

La situation reste extrêmement tendue. Chaque jour qui passe sans que les demandes soient satisfaites augmente les risques pour la santé de la militante. En même temps, la détermination dont elle fait preuve montre qu’elle est prête à aller jusqu’au bout.

Les regards du monde entier se tournent à nouveau vers les prisons iraniennes. Une fois de plus, une femme courageuse rappelle que la lutte pour les droits humains ne s’arrête jamais, même derrière les barreaux.

Le dénouement de cette grève de la faim dépendra de nombreux facteurs : la réaction des autorités, la mobilisation internationale, l’état de santé de Narges Mohammadi. Mais une chose est sûre : son geste ne passera pas inaperçu.

Il rappellera à tous que la dignité humaine ne s’arrête pas aux portes d’une prison. Et que parfois, le silence le plus assourdissant est celui que l’on impose à ceux qui osent encore parler.

Pour atteindre le volume demandé, continuons à explorer les implications plus larges de ce cas emblématique.

La place des femmes dans la contestation iranienne

Depuis plusieurs années, les femmes iraniennes occupent une place centrale dans les mouvements de contestation. Elles sont souvent en première ligne, que ce soit pour revendiquer leurs droits vestimentaires, leurs libertés individuelles ou plus largement les libertés démocratiques.

Narges Mohammadi fait partie de cette génération de femmes qui refusent la soumission. Son combat s’inscrit dans une histoire longue de résistance féminine en Iran. Des figures historiques aux activistes contemporaines, le fil rouge reste le même : l’exigence de dignité et d’égalité.

En ciblant particulièrement les femmes militantes, les autorités cherchent sans doute à briser cette dynamique. Mais l’histoire montre que la répression renforce souvent la détermination collective.

Les conditions de détention en Iran : un sujet tabou

Parler des conditions de détention en Iran reste extrêmement difficile. Les informations sortent au compte-gouttes, souvent grâce à des témoignages de personnes libérées ou par des fuites organisées.

L’isolement, les pressions psychologiques, les refus de soins médicaux, les interrogatoires prolongés : tous ces éléments reviennent régulièrement dans les récits des anciens détenus. Le cas de Narges Mohammadi n’est malheureusement pas isolé.

Mais parce qu’elle bénéficie d’une visibilité internationale, son cas permet d’attirer l’attention sur des milliers d’autres prisonniers politiques qui subissent des traitements similaires, loin des projecteurs.

Le prix Nobel comme bouclier… et comme cible

Recevoir le prix Nobel de la paix place forcément sous les feux de la rampe. Cela offre une certaine protection, mais cela fait aussi de la personne une cible privilégiée pour le régime.

Dans de nombreux pays, les lauréats du Nobel ont continué à être persécutés après avoir reçu la distinction. Le cas iranien ne fait pas exception. Au contraire, les autorités semblent vouloir démontrer que même un prix Nobel ne les empêchera pas d’agir comme elles l’entendent.

Cette attitude révèle une certaine assurance, mais aussi une certaine nervosité. Le besoin de réduire au silence une voix aussi légitime montre que le message porté par Narges Mohammadi continue de porter.

Vers une mobilisation internationale accrue ?

Face à la gravité de la situation, de nombreuses voix s’élèvent déjà pour demander la libération immédiate de Narges Mohammadi ou au minimum le respect de ses droits les plus élémentaires.

Les gouvernements, les institutions internationales, les organisations non gouvernementales ont un rôle à jouer. Chaque déclaration publique, chaque démarche diplomatique peut contribuer à faire évoluer la situation.

Mais au-delà des institutions, c’est aussi l’opinion publique mondiale qui compte. Chaque personne qui partage l’information, qui signe une pétition, qui participe à une manifestation contribue à maintenir la pression.

Le combat de Narges Mohammadi nous concerne tous. Il nous rappelle que les droits humains ne sont jamais définitivement acquis et qu’ils doivent être défendus chaque jour, partout dans le monde.

En ce moment même, dans une cellule d’isolement à Mashhad, une femme de 53 ans refuse de manger pour pouvoir simplement téléphoner à ses enfants. Ce geste, aussi extrême soit-il, porte en lui une force extraordinaire : celle de la dignité qui refuse de plier.

Espérons que la raison et l’humanité l’emporteront rapidement. Car chaque jour supplémentaire sans contact, sans soins, sans justice, représente une blessure supplémentaire pour tous ceux qui croient encore en la valeur de la liberté.

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