Naples, joyau tourmentée de la Campanie. Derrière la beauté de son golfe scintillant et de ses ruelles pittoresques, la cité parthénopéenne cache une plaie béante. Ces dernières semaines, une série noire d’une violence inouïe impliquant des adolescents a plongé la ville dans la consternation. Trois jeunes vies fauchées en l’espace de quinze jours. Pour quels motifs ? Des taches sur des baskets de luxe, des chamailleries d’une banalité affligeante. Mais derrière ces drames sordides pointe l’ombre menaçante d’un mal plus profond qui gangrène la jeunesse napolitaine.
Le meurtre insensé de Santo Romano
Mercredi dernier, la ville enterrait Santo Romano, 19 ans. Son seul tort ? Avoir voulu apaiser une dispute. Un geste qui lui sera fatal. Son meurtrier, à peine 17 ans, l’abat pour une paire de baskets Versace tachées. 500 euros partis en fumée. La victime n’était même pas responsable. Lors des obsèques dans le quartier populaire de Casoria, l’émotion et l’incompréhension se lisent sur les visages juvéniles des camarades de Santo, footballeur prometteur.
Mourir pour des baskets, c’est inacceptable.
Les mots résonnent, lourds de sens, dans la foule endeuillée. Ce drame absurde n’est malheureusement pas un cas isolé. Deux autres adolescents ont perdu la vie dans des circonstances similaires ces derniers jours. Des histoires de baskets tachées, de querelles futiles qui dégénèrent et se règlent dans le sang, à coups d’armes à feu.
Le fléau des mineurs armés
Le phénomène des mineurs lourdement armés n’est pas nouveau à Naples. Sur les réseaux sociaux, les images de jeunes posant fièrement avec des pistolets et fusils d’assaut se multiplient, banalisent la violence. La Camorra, la mafia locale, étend son emprise tentaculaire sur ces quartiers populaires gangrenés par la pauvreté et le chômage. Un terreau fertile pour le recrutement de soldats prêts à tuer pour une poignée d’euros.
L’école, un maillon faible
Mais au-delà de l’influence mafieuse, c’est tout un système qui semble à bout de souffle. Et en première ligne, l’institution scolaire. Décrochage massif, établissements sous-financés et surpeuplés, enseignants désabusés… L’école peine à remplir son rôle d’ascenseur social et de rempart contre la criminalité. Pourtant, des initiatives existent. Comme ce projet pédagogique mené par un établissement technique de la banlieue de Ponticelli, un des quartiers les plus difficiles. Ici, on tente de raccrocher les décrocheurs par la pratique du théâtre, on implique les familles. Des actions qui redonnent espoir, mais qui restent des gouttes d’eau dans un océan de détresse sociale.
Un sursaut collectif nécessaire
Face à cette spirale destructrice qui emporte sa jeunesse, Naples doit impérativement réagir. C’est tout l’écosystème éducatif et social qu’il faut repenser en profondeur. Donner plus de moyens aux écoles des quartiers défavorisés, créer de vraies perspectives d’insertion professionnelle, casser les logiques de ghetto… Autant de chantiers titanesques qui nécessitent une mobilisation de tous les acteurs. Des politiques aux travailleurs sociaux en passant par le tissu associatif local. Car sans un sursaut collectif, la ville risque de voir d’autres Santo Romano tomber sous les balles. Pour des motifs toujours plus dérisoires.
Il est vital de redonner un avenir à ces gamins paumés avant qu’ils ne croisent la route d’une arme à feu.
– Un éducateur de rue napolitain
Naples, sublime et tragique, ne pourra retrouver sa lumière qu’en protégeant ses enfants des ténèbres de la violence. Un défi immense pour cette cité blessée qui doit puiser dans ses ressources humaines exceptionnelles. Enseignants, parents, travailleurs sociaux… Tous ont un rôle crucial à jouer pour éviter que la liste des mineurs fauchés ne s’allonge encore. Et que la vie d’un adolescent ne tienne plus qu’à une paire de baskets.