Imaginez sortir d’un festival de musique, le cœur encore battant au rythme des derniers sons, et vous retrouver quelques heures plus tard ligoté, frappé, humilié et lacéré au cutter par des inconnus qui vous ont pris pour quelqu’un d’autre. C’est le cauchemar qu’a vécu un jeune homme de 18 ans dans la nuit du 28 au 29 juin 2025, aux abords de Paris. Une erreur d’identité qui a failli lui coûter la vie.
Une nuit d’horreur née d’une simple bousculade
La soirée avait pourtant bien commencé. Des milliers de jeunes s’étaient retrouvés à l’hippodrome de Longchamp pour le festival Solidays, un événement festif et solidaire. Vers 2 heures du matin, une altercation éclate près d’une buvette : un verre de bière renversé dégénère en bousculade. Des amis interviennent, séparent les protagonistes. Tout semble rentrer dans l’ordre.
Mais la rancune ne s’éteint pas si facilement. À la sortie du site, vers 5 heures, le jeune homme à l’origine du premier accrochage réapparaît, cette fois accompagné d’un groupe plus conséquent venu des quartiers voisins. Leur cible ? Des participants originaires d’une commune limitrophe. Malheureusement, ils se trompent de personne.
L’enlèvement éclair et la descente aux enfers
Théo – prénom d’emprunt pour protéger son identité – n’avait même pas participé à la bagarre initiale. Pourtant, il est désigné, encerclé, menacé. L’un des agresseurs lâche une phrase glaçante : « Je vais te faire des trous dans le corps ». Quelques instants plus tard, le jeune homme est poussé de force dans le coffre d’une voiture.
Direction un quartier sensible de Nanterre, derrière un local technique du secteur Pablo Picasso. Là, une dizaine d’individus l’entourent. Ce qui suit est d’une violence inouïe : coups de béquille, coups de bouteille en verre, jets d’eau à haute pression, simulation d’écrasement par un scooter lancé à pleine vitesse. Puis, le pire : une lame de rasoir lacère son dos à plusieurs reprises.
Une partie de la scène est filmée et diffusée en direct sur Snapchat, comme un trophée macabre. Théo perd connaissance. C’est finalement le chef présumé du groupe qui met fin au lynchage en ordonnant aux autres de le laisser partir.
« Ils ont chopé le mauvais gars »
Source proche de l’enquête
Quand les secours le découvrent au petit matin, à moitié dévêtu et gisant sur le bitume, son état est désespéré. Direction l’hôpital en urgence absolue. Bilan : visage méconnaissable, corps couvert d’hématomes, plaies profondes au dos, 35 jours d’incapacité totale de travail. Un chiffre qui parle de lui-même.
Une enquête rapide mais complexe
Les policiers du service départemental de police judiciaire des Hauts-de-Seine sont immédiatement saisis. Grâce aux signalements, aux images de vidéosurveillance et aux témoignages, une dizaine d’interpellations ont lieu dans les jours qui suivent.
Sept personnes au moins sont mises en examen. Parmi elles, quatre noms reviennent avec insistance dans le dossier : Walid C., Fousseynou S., Walid B. et Karim O., tous âgés de 19 ans. Les deux premiers sont poursuivis pour arrestation, enlèvement, séquestration aggravée par des actes de torture et de barbarie. Ils ont été placés sous contrôle judiciaire.
Walid C. serait le jeune au maillot de football blanc impliqué dès le début au festival. Fousseynou S. aurait dissimulé son visage avec un cache-cou et porté une arme de poing. Les deux autres suspects, Walid B. et Karim O., ont reconnu avoir assisté au festival mais nient toute participation aux faits.
Les avocats de la défense prennent la parole
Les conseils des mis en cause s’expriment publiquement. L’avocate de Karim O. affirme que son client « conteste fermement son implication » et qu’il se trouvait hors du département au moment des faits. De son côté, l’avocat de Walid B. parle d’un jeune homme « étranger à ces atrocités » et adresse ses pensées à la victime.
Ces déclarations contrastent avec la gravité des faits reprochés. L’enquête se poursuit et de nouveaux éléments pourraient encore émerger dans les prochains mois.
Une violence qui interroge la société
Au-delà du cas individuel, cet épisode tragique soulève des questions profondes. Comment une simple bousculade peut-elle dégénérer en enlèvement et en torture ? Pourquoi des jeunes de 19 ans se sentent-ils autorisés à administrer une « punition » aussi extrême ? Et surtout, pourquoi la victime paie-t-elle pour un conflit dont elle n’est pas responsable ?
La diffusion sur les réseaux sociaux d’images de sévices n’est malheureusement plus une exception. Elle devient un mode de revendication, presque une signature pour certains groupes. Cette volonté de filmer et de partager la violence ajoute une couche supplémentaire d’humiliation pour la victime et de glorification pour les auteurs.
Dans les quartiers populaires, ces scènes de « règlement de comptes » spectaculaires répondent parfois à un code tacite : ne pas laisser passer une offense, montrer sa force, asseoir son autorité. Mais quand l’erreur d’identité s’en mêle, c’est l’innocent qui trinque. Et les conséquences physiques et psychologiques sont souvent irréversibles.
Le traumatisme invisible de la victime
Théo, aujourd’hui, tente de se reconstruire. Les 35 jours d’incapacité totale ne racontent qu’une partie de l’histoire. Les séquelles psychologiques – stress post-traumatique, cauchemars, perte de confiance – peuvent durer des années. Sans compter la peur de croiser à nouveau ses bourreaux dans la rue ou les transports.
Pour beaucoup de victimes d’agressions collectives, le plus dur commence après l’hôpital : la reconstruction, le retour à une vie « normale », la méfiance permanente envers les autres. Certaines personnes ne ressortent jamais vraiment indemnes de ce genre d’expérience.
Quand la musique devient prétexte à la violence
Les grands festivals ne sont plus à l’abri. Solidays, qui porte des valeurs de solidarité et de lutte contre le sida, a vu sa programmation entachée par cet événement dramatique. Ce n’est pas un cas isolé : chaque année, des incidents graves éclatent à la sortie de grands rassemblements musicaux.
Alcool, fatigue, mélange de publics parfois antagonistes, absence de filtre à l’entrée… Les ingrédients d’une explosion de violence sont souvent réunis. Les organisateurs renforcent la sécurité, mais la vraie difficulté se situe après la fermeture des grilles, dans les rues adjacentes ou sur les trajets retour.
La justice face à un défi majeur
Identifier les auteurs dans une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes relève du parcours du combattant. Heureusement, les nouvelles technologies aident : reconnaissance faciale sur les vidéos amateurs, géolocalisation des téléphones, recoupements sur les réseaux sociaux. Mais cela demande du temps et des moyens importants.
Une fois les suspects identifiés, encore faut-il prouver leur implication précise dans chaque acte. Dans les affaires de violences collectives, les responsabilités sont souvent diluées : « j’étais là mais je n’ai pas frappé », « j’ai vu mais je n’ai rien fait ». La frontière entre complicité et simple présence est parfois ténue.
Les magistrats devront trancher. Les qualifications retenues – enlèvement, séquestration avec actes de torture ou barbarie – sont parmi les plus lourdes du code pénal. Elles encourent des peines très sévères.
Un appel à la responsabilité collective
Cet événement tragique doit nous interroger collectivement. Parents, éducateurs, animateurs de quartier, forces de l’ordre, élus locaux… chacun a un rôle à jouer pour empêcher que des conflits mineurs ne dégénèrent en barbarie.
Il faut aussi travailler sur la déconstruction de ces codes de la rue qui valorisent la violence comme preuve de virilité ou de respectabilité. Éduquer à la résolution pacifique des conflits, valoriser la retenue et le dialogue plutôt que la surenchère, c’est un travail de longue haleine mais indispensable.
Enfin, il est urgent de rappeler que filmer et diffuser des actes de torture n’est pas un simple « délire de jeunesse ». C’est une circonstance aggravante reconnue par la loi et cela doit être sanctionné avec la plus grande fermeté.
Et maintenant ?
L’enquête suit son cours. De nouveaux témoins pourraient se manifester, de nouvelles vidéos pourraient surgir. La justice rendra son verdict dans plusieurs mois, voire plusieurs années. Mais pour Théo et sa famille, le temps est déjà suspendu depuis cette nuit de juin 2025.
Une chose est sûre : cette affaire ne doit pas tomber dans l’oubli. Elle rappelle cruellement que la frontière entre une soirée festive et un drame absolu peut être extrêmement fine. Et que l’erreur d’identité, dans un contexte de violence aveugle, peut transformer un jeune innocent en victime à vie.
Espérons que la lumière sera faite, que les responsabilités seront établies et que ce terrible fait divers servira au moins à prévenir d’autres drames similaires. Car personne ne devrait avoir à payer de sa chair une querelle qui ne le concernait pas.
Ce qu’il faut retenir en quelques points
- Nuit du 28 au 29 juin 2025 – Festival Solidays à Longchamp
- Altercation initiale autour d’un verre renversé
- Erreur d’identité → Théo (18 ans) enlevé par erreur
- Séquestration, torture (béquille, bouteilles, lame de rasoir, scooter)
- Diffusion partielle sur Snapchat
- 35 jours d’ITT – Urgence absolue à l’hôpital
- Enquête SDPJ 92 – Plusieurs mises en examen dont 4 noms cités
- Qualifications : enlèvement + torture et actes de barbarie
Le silence de la victime aujourd’hui est compréhensible. Mais son histoire, elle, doit continuer à résonner. Pour qu’un jour, peut-être, plus personne n’ait à vivre un tel cauchemar pour une simple erreur de personne.









