Imaginez une entreprise qui mise une grande partie de sa trésorerie sur le Bitcoin. Son action devient ultra-volatiles, les investisseurs traditionnels froncent les sourcils, et soudain, un géant des indices boursiers menace de l’exclure de ses références mondiales. C’est exactement ce qui planait au-dessus de certaines sociétés ces derniers mois. Mais voilà, un revirement inattendu vient de changer la donne et soulager tout un écosystème.
Un report qui fait souffler le marché crypto
Le 7 janvier 2026, une nouvelle a fait l’effet d’une bouffée d’oxygène pour les entreprises détenant massivement des cryptomonnaies dans leur trésorerie. MSCI, l’un des plus importants fournisseurs d’indices boursiers au monde, a décidé de reporter son projet d’exclusion de ces sociétés. Cette décision maintient pour l’instant leur classification actuelle et évite une vague de ventes forcées qui aurait pu secouer les marchés.
Concrètement, les firmes dont les actifs numériques représentent plus de la moitié du bilan restent éligibles aux indices globaux, à condition de respecter les critères standards habituels. Une mesure qui concerne directement les pionniers de la stratégie « Bitcoin treasury », ces entreprises qui ont choisi de placer une partie importante de leurs réserves en BTC.
Pourquoi ce soudain changement de cap ?
Tout a commencé fin 2025 avec une proposition qui avait alarmé le secteur. MSCI envisageait de reclassifier certaines entreprises comme de simples véhicules d’investissement plutôt que comme des sociétés opérationnelles. Une telle requalification aurait automatiquement entraîné leur sortie des indices lors de la revue de février 2026.
Mais les retours des investisseurs ont été clairs : imposer un seuil strict basé uniquement sur la composition du bilan ne reflétait pas fidèlement la réalité des activités de ces compagnies. Beaucoup ont souligné que la simple détention d’actifs, même importants, ne transforme pas forcément une entreprise en fonds d’investissement pur.
Face à ces arguments, MSCI a préféré prendre du recul. L’organisation annonce désormais vouloir mener une consultation plus large sur la classification des sociétés non-opérationnelles, bien au-delà du seul domaine des cryptomonnaies.
« La composition du bilan à elle seule ne capture pas pleinement la manière dont ces entreprises opèrent et créent de la valeur. »
Extrait des retours recueillis par MSCI
L’impact immédiat sur MicroStrategy et son action
La réaction du marché ne s’est pas fait attendre. L’action de la plus emblématique des entreprises « crypto treasury » a immédiatement réagi. Quelques heures après l’annonce, elle gagnait environ 6 % en après-Bourse, effaçant les craintes d’une pression vendeuse massive provenant des fonds indiciels passifs.
Cette société, qui détient la plus grande réserve corporate de Bitcoin au monde, était particulièrement exposée. Des analystes avaient estimé que son exclusion pourrait déclencher plusieurs milliards de dollars de ventes automatiques. Un scénario catastrophe désormais repoussé à plus tard.
Le président exécutif de l’entreprise n’avait d’ailleurs pas mâché ses mots le mois précédent. Dans une lettre publique, il avait dénoncé une approche inéquitable, comparant la situation à celle d’entreprises exposées massivement à des matières premières comme l’or ou le pétrole, sans jamais être menacées d’exclusion pour autant.
Une pause stratégique, mais pas une victoire définitive
Cette décision constitue un répit bienvenu, mais elle ne ferme pas le débat. MSCI insiste sur le fait que la question reste ouverte et fera l’objet d’une réflexion plus approfondie. L’objectif : établir des critères plus nuancés pour distinguer les véritables entités d’investissement des entreprises qui intègrent simplement des actifs non-opérationnels dans une stratégie globale.
À l’avenir, les indicateurs pourraient davantage s’appuyer sur les rapports financiers, les sources de revenus ou la nature des activités plutôt que sur un simple pourcentage d’actifs détenus. Une évolution qui pourrait concerner bien d’autres secteurs que la seule cryptomonnaie.
En attendant, cette pause enlève une épée de Damoclès qui pesait sur tout l’écosystème des trésoreries corporates en Bitcoin. Les entreprises concernées gagnent du temps pour consolider leur modèle et démontrer la viabilité de leur approche à long terme.
Le contexte plus large des trésoreries en cryptomonnaies
Cette stratégie d’allocation en Bitcoin comme réserve de valeur n’est pas nouvelle. Elle s’est popularisée à partir de 2020, lorsque plusieurs sociétés ont commencé à convertir une partie de leur cash en BTC pour se protéger contre l’inflation et la dépréciation monétaire.
Le raisonnement est simple : dans un environnement de taux bas et d’émission monétaire massive, le Bitcoin apparaît à certains comme une forme moderne d’or numérique. Une réserve de valeur décentralisée, limitée en quantité et insensible aux politiques monétaires traditionnelles.
Mais cette approche comporte aussi son lot de risques. La volatilité extrême du cours peut transformer un actif protecteur en source de pertes comptables importantes. Sans compter les questions réglementaires et la perception auprès des investisseurs institutionnels plus conservateurs.
Les principaux arguments en faveur des trésoreries Bitcoin :
- Protection contre l’inflation à long terme
- Diversification hors des monnaies fiat
- Potentiel de rendement asymétrique
- Signal fort envers les actionnaires pro-crypto
Les contre-arguments fréquents :
- Volatilité extrême du cours
- Risques réglementaires croissants
- Impact comptable négatif en période baissière
- Perception de spéculation plutôt que d’investissement prudent
Quelles conséquences pour les indices et les investisseurs passifs ?
Les indices MSCI sont suivis par des milliers de milliards de dollars à travers le monde. Une exclusion aurait forcé les ETF et fonds passifs à vendre mécaniquement leurs positions, créant une pression baissière artificielle importante.
Ce mécanisme est bien connu des marchés. Lorsqu’une action entre ou sort d’un grand indice, les flux peuvent représenter plusieurs fois le volume quotidien habituel. Dans le cas présent, le maintien évite un choc potentiellement violent qui aurait pu contaminer l’ensemble du secteur crypto.
Pour les investisseurs institutionnels, cette décision renforce temporairement la légitimité des stratégies Bitcoin treasury. Elle montre que les grands acteurs de la finance traditionnelle sont prêts à prendre le temps de la réflexion plutôt que d’appliquer des règles brutales et automatiques.
Vers une normalisation progressive des actifs numériques ?
Ce report pourrait s’inscrire dans une tendance plus large d’acceptation progressive des cryptomonnaies par la finance traditionnelle. Ces dernières années, on a vu les ETF Bitcoin spot approuvés, les grandes banques proposer des services de custody, et même des États envisager d’intégrer le BTC à leurs réserves.
La question de la classification des entreprises exposées n’est qu’un épisode parmi d’autres dans cette normalisation. Elle illustre les tensions entre innovation disruptive et cadres réglementaires établis depuis des décennies.
À terme, des critères plus sophistiqués pourraient émerger, permettant d’intégrer sereinement ces nouveaux modèles économiques sans perturber l’équilibre des indices traditionnels.
Et maintenant ? Les scénarios possibles
Plusieurs issues se dessinent pour les mois à venir. La consultation promise par MSCI pourrait aboutir à un statu quo permanent si les arguments en faveur du maintien l’emportent. Ou au contraire déboucher sur des critères plus stricts mais mieux acceptés par le marché.
Entre-temps, les entreprises concernées ont tout intérêt à diversifier leurs sources de revenus et à démontrer que leur activité ne se résume pas à la détention d’actifs numériques. Une stratégie qui renforcerait leur légitimité aux yeux des gérants d’indices.
Quant aux investisseurs, ils surveillent de près l’évolution du cadre réglementaire global. Car au-delà des indices, c’est toute la perception institutionnelle des cryptomonnaies qui est en jeu.
Une chose est sûre : ce report du 7 janvier 2026 marque un tournant. Il témoigne de la maturité croissante d’un secteur qui passe progressivement du statut de curiosité spéculative à celui d’actif sérieux, même s’il reste encore du chemin à parcourir.
Le marché crypto, souvent habitué aux montagnes russes émotionnelles, retient son souffle. Mais pour l’instant, c’est un sourire de soulagement qui domine. La route vers l’intégration complète dans la finance traditionnelle est encore longue, mais chaque étape comme celle-ci rapproche un peu plus de l’objectif.
Et vous, pensez-vous que les trésoreries corporates en Bitcoin finiront par être pleinement acceptées par les grands indices ? L’avenir nous le dira, mais une chose est certaine : le débat est plus vivant que jamais.









