Le Mozambique traverse une période de fortes tensions au lendemain des élections générales du 9 octobre dernier. Alors que la commission électorale a déclaré vainqueur le candidat du parti au pouvoir, le Frelimo, l’opposition conteste vivement les résultats et dénonce une fraude massive. Mais c’est surtout la répression sanglante des manifestations post-électorales qui choque le pays.
50 morts dans des manifestations selon l’opposition, la police accusée
Dans un discours poignant diffusé sur Facebook, le chef de l’opposition Venancio Mondlane a appelé ce mercredi à trois jours de deuil national. Il affirme que pas moins de 50 manifestants ont été tués par les forces de l’ordre qui devaient pourtant les protéger. «Ils sont morts en martyrs d’une révolution, d’un changement», a-t-il déclaré avec émotion.
M. Mondlane, qui s’exprimait depuis un lieu tenu secret par crainte pour sa sécurité, a une nouvelle fois dénoncé des résultats électoraux «frauduleux». Il exige un recomptage des voix qui ont donné la victoire à Daniel Chapo du Frelimo avec 71% des suffrages, contre seulement 20% pour lui-même.
La police pointée du doigt pour usage de balles réelles
Si la police et le gouvernement n’ont pas confirmé le lourd bilan avancé par l’opposition, ils ont tout de même reconnu 19 morts dans des heurts, dont cinq policiers, selon un discours du président sortant Filipe Nyusi. Plus de 800 personnes auraient également été blessées.
Mais pour l’ONG mozambicaine Centre pour la démocratie et les droits humains (CDD), le bilan serait bien plus élevé, avec au moins 65 morts recensés. Son responsable André Mulungo accuse ouvertement la police d’avoir eu recours à des tirs à balles réelles contre les manifestants. D’autres ONG dénoncent également un usage excessif de la force.
La police utilise du gaz lacrymogène, des balles en caoutchouc ou réelles, au prétexte qu’il s’agit de garantir l’ordre public
Ivan Mausse, chercheur à l’ONG anti-corruption Public Integrity Center (CIP)
Appel au dialogue sur fond de profondes divisions
Face à ces tensions et violences post-électorales, le président Filipe Nyusi, qui doit quitter le pouvoir en janvier, a appelé au dialogue entre les deux candidats principaux, ainsi qu’avec les deux autres qui étaient en lice, Ossufo Momade et Lutero Simango. Selon lui, «tous les problèmes peuvent être résolus à l’aide d’une compréhension mutuelle et d’une recherche de consensus».
Mais le chemin vers l’apaisement s’annonce semé d’embûches tant les divisions sont profondes. Pour M. Mausse du CIP, ces élections ont été les plus tendues que le pays ait connues. «Nous n’avons jamais connu d’élections aussi tendues dans un contexte où le niveau d’information est plus élevé, où les jeunes réalisent la valeur de leur vote», souligne-t-il.
Ce scrutin présidentiel, législatif et provincial était en effet crucial pour l’avenir du Mozambique, pays pauvre d’Afrique australe au potentiel énorme grâce à ses ressources naturelles, mais meurtri par une guerre civile qui a duré 15 ans après son indépendance en 1975. Le vainqueur aura la lourde tâche de consolider une paix encore fragile et relancer une économie exsangue.
L’opposition refuse de reconnaître sa défaite et prône la désobéissance
En attendant, la contestation de l’opposition ne faiblit pas. «Venancio», comme l’appellent ses partisans, a appelé à porter du noir pendant ces trois jours de deuil, tout en les exhortant à ne pas redescendre dans la rue, par crainte d’être à nouveau ciblés par la police.
L’ancien animateur radio de 50 ans a prévenu qu’il n’accepterait pas les résultats officiels, estimant avoir été lésé par des fraudes. Si le Conseil constitutionnel confirme la victoire de Daniel Chapo, ce dernier devrait prendre ses fonctions en janvier. Mais l’opposition pourrait continuer à prôner la «résistance» et la «désobéissance civile» dans les mois à venir.
Une chose est sûre, cette séquence post-électorale laissera des traces dans la société mozambicaine. La mort de ces manifestants restera comme une tache indélébile sur ces élections, qui resteront sans doute longtemps controversées. Le pays est plus que jamais à la croisée des chemins, déchiré entre les aspirations démocratiques d’une partie de la population et la volonté de maintenir le statu quo d’une élite au pouvoir depuis l’indépendance.
Mais pour l’ONG mozambicaine Centre pour la démocratie et les droits humains (CDD), le bilan serait bien plus élevé, avec au moins 65 morts recensés. Son responsable André Mulungo accuse ouvertement la police d’avoir eu recours à des tirs à balles réelles contre les manifestants. D’autres ONG dénoncent également un usage excessif de la force.
La police utilise du gaz lacrymogène, des balles en caoutchouc ou réelles, au prétexte qu’il s’agit de garantir l’ordre public
Ivan Mausse, chercheur à l’ONG anti-corruption Public Integrity Center (CIP)
Appel au dialogue sur fond de profondes divisions
Face à ces tensions et violences post-électorales, le président Filipe Nyusi, qui doit quitter le pouvoir en janvier, a appelé au dialogue entre les deux candidats principaux, ainsi qu’avec les deux autres qui étaient en lice, Ossufo Momade et Lutero Simango. Selon lui, «tous les problèmes peuvent être résolus à l’aide d’une compréhension mutuelle et d’une recherche de consensus».
Mais le chemin vers l’apaisement s’annonce semé d’embûches tant les divisions sont profondes. Pour M. Mausse du CIP, ces élections ont été les plus tendues que le pays ait connues. «Nous n’avons jamais connu d’élections aussi tendues dans un contexte où le niveau d’information est plus élevé, où les jeunes réalisent la valeur de leur vote», souligne-t-il.
Ce scrutin présidentiel, législatif et provincial était en effet crucial pour l’avenir du Mozambique, pays pauvre d’Afrique australe au potentiel énorme grâce à ses ressources naturelles, mais meurtri par une guerre civile qui a duré 15 ans après son indépendance en 1975. Le vainqueur aura la lourde tâche de consolider une paix encore fragile et relancer une économie exsangue.
L’opposition refuse de reconnaître sa défaite et prône la désobéissance
En attendant, la contestation de l’opposition ne faiblit pas. «Venancio», comme l’appellent ses partisans, a appelé à porter du noir pendant ces trois jours de deuil, tout en les exhortant à ne pas redescendre dans la rue, par crainte d’être à nouveau ciblés par la police.
L’ancien animateur radio de 50 ans a prévenu qu’il n’accepterait pas les résultats officiels, estimant avoir été lésé par des fraudes. Si le Conseil constitutionnel confirme la victoire de Daniel Chapo, ce dernier devrait prendre ses fonctions en janvier. Mais l’opposition pourrait continuer à prôner la «résistance» et la «désobéissance civile» dans les mois à venir.
Une chose est sûre, cette séquence post-électorale laissera des traces dans la société mozambicaine. La mort de ces manifestants restera comme une tache indélébile sur ces élections, qui resteront sans doute longtemps controversées. Le pays est plus que jamais à la croisée des chemins, déchiré entre les aspirations démocratiques d’une partie de la population et la volonté de maintenir le statu quo d’une élite au pouvoir depuis l’indépendance.