Imaginez une salle d’escrime vibrante, des lames qui s’entrechoquent à une vitesse folle, le silence religieux brisé par les cris d’encouragement… et soudain, une Française qui fait basculer le destin d’une compétition mondiale. Ce samedi 10 janvier 2026, à Hongkong, deux noms ont illuminé la piste de fleuret féminin : Morgane Patru et Ysaora Thibus. L’une repart avec une médaille de bronze autour du cou, l’autre signe son retour le plus convaincant depuis des mois difficiles. Une journée qui rappelle pourquoi l’escrime française fascine toujours autant.
Une journée historique pour le fleuret tricolore à Hongkong
La Coupe du monde de fleuret de Hongkong n’était pas forcément annoncée comme le rendez-vous majeur de la saison. Pourtant, les performances des Françaises ont transformé cette étape asiatique en véritable démonstration de talent et de résilience. Entre une médaille inattendue et un retour en force, les Bleues ont montré qu’elles comptaient bien rester dans la course aux plus grands titres de l’année.
Morgane Patru : la confirmation d’un talent en pleine ascension
À 27 ans, Morgane Patru n’est plus une jeune espoir que l’on surveille du coin de l’œil. Classée 27ᵉ mondiale avant cette compétition, elle vient d’envoyer un message très clair à toutes ses concurrentes : elle est là pour durer.
Le parcours de la jeune femme a été exemplaire. Dès le deuxième tour, elle réalise l’exploit du jour en sortant la Canadienne Eleanor Harvey, numéro 3 mondiale, sur le score étriqué de 8-7. Une victoire qui donne le ton : Morgane ne tremble pas face aux cadors du circuit.
Puis vient le tableau final. Elle passe les tours suivants avec la régularité d’une athlète qui maîtrise parfaitement ses émotions. Jusqu’à cette demi-finale où l’Italienne Francesca Palumbo, dans une forme étincelante, met fin à son beau parcours sur le score sans appel de 15-5. Peu importe. La médaille de bronze est bien là, la deuxième en Coupe du monde pour Patru après celle décrochée à Plovdiv en 2023.
« C’est une récompense pour tout le travail fourni depuis des mois. Je sens que je monte en puissance à chaque compétition. »
Ce podium est d’autant plus symbolique qu’il arrive quelques mois seulement après la médaille d’argent par équipes décrochée aux Championnats du monde de Tbilissi en juillet 2025. Morgane Patru fait désormais partie intégrante du noyau dur du fleuret féminin français.
Ysaora Thibus : le retour d’une championne blessée et résiliente
De l’autre côté du spectre émotionnel, on trouve Ysaora Thibus. Championne du monde en 2022, la Guadeloupéenne de 34 ans sort d’une période extrêmement compliquée : opération des ligaments croisés du genou gauche, longue rééducation, et une affaire de contrôle antidopage qui a duré plus d’un an.
Ce samedi à Hongkong marque donc un tournant majeur dans sa carrière. Pour sa troisième compétition seulement depuis son retour sur les pistes, elle atteint les quarts de finale. Du jamais vu depuis sa reprise.
Le parcours a pourtant bien failli s’arrêter tôt. Deux duels français ultra-serrés contre Anita Blaze (15-13) puis Constance Catarzi (12-11) ont failli avoir raison d’elle. Mais à chaque fois, la championne a su puiser dans ses ressources mentales pour renverser la situation.
La marche était trop haute face à l’intouchable Lee Kiefer
En quarts de finale, Ysaora Thibus tombe sur l’Américaine Lee Kiefer. Championne olympique en titre, double championne du monde en titre, l’Américaine est actuellement considérée comme la meilleure fleurettiste de la planète. Le score final (15-9) ne reflète pas forcément l’écart réel, tant Thibus a posé de problèmes à son adversaire.
Malgré la défaite, le bilan est largement positif. Atteindre les quarts de finale dans ces conditions représente déjà une performance remarquable et laisse entrevoir de très belles choses pour la suite de la saison.
Déception pour Lacheray et Ranvier
Toutes les Françaises n’ont pas connu la même réussite. Éva Lacheray (9ᵉ mondiale) et Pauline Ranvier (10ᵉ) ont toutes les deux quitté la compétition dès leur entrée en lice. Deux éliminations précoces qui contrastent fortement avec les parcours de Patru et Thibus.
Ces résultats en dents de scie sont assez symptomatiques du niveau extrêmement élevé du circuit mondial de fleuret féminin actuellement. Une mauvaise journée et même les meilleures peuvent rentrer bredouilles.
Le fleuret féminin français dans le top mondial : état des lieux
Depuis plusieurs années, l’équipe de France féminine de fleuret fait partie des toutes meilleures nations mondiales. Argent par équipes aux derniers Championnats du monde, plusieurs titres individuels européens et mondiaux dans les catégories jeunes, présence régulière sur les podiums… le réservoir de talents est profond.
- Une génération dorée en U20 et U23 ces dernières années
- Une reconversion réussie de plusieurs tireuses expérimentées
- Un encadrement technique très performant
- Une concurrence interne extrêmement saine et stimulante
Cette densité permet à l’équipe de France de compenser les contre-performances individuelles par des résultats collectifs de très haut niveau. Hongkong en est une nouvelle illustration.
Les clés du succès de Morgane Patru
Comment expliquer cette nouvelle médaille ? Plusieurs éléments reviennent dans l’analyse de sa performance :
- Une excellente gestion du stress en début de tableau
- Une lecture parfaite des intentions adverses, notamment face à la Canadienne Harvey
- Une condition physique au top malgré un calendrier international chargé
- Une confiance grandissante après le titre mondial par équipes
- Une grande maturité tactique dans les moments importants
Ces différents ingrédients, associés à un mental d’acier, font de Morgane Patru l’une des fleurettistes les plus complètes du circuit actuellement.
Ysaora Thibus : quand la résilience devient une arme
Le cas Thibus est tout aussi intéressant à analyser. Après avoir traversé l’enfer, elle semble avoir transformé toutes ces épreuves en force supplémentaire. Son mental n’a jamais été aussi solide.
Physiquement, elle retrouve également ses sensations. Les deux victoires très accrochées face à des compatriotes montrent qu’elle est capable de gérer la pression dans des matchs couperet. Un signe très encourageant pour la suite.
Vers quels objectifs pour la suite de la saison ?
Après cette belle étape hongkongaise, les regards se tournent désormais vers les prochaines grandes échéances. Les Championnats d’Europe, les différentes Coupes du monde restantes et bien sûr les Championnats du monde 2026 seront les grands objectifs.
Morgane Patru semble avoir les armes pour jouer régulièrement les premiers rôles. Quant à Ysaora Thibus, elle prouve match après match qu’elle n’a rien perdu de son talent et de sa détermination. Le couple Patru-Thibus pourrait bien devenir l’une des clés du succès français cette saison.
Le fleuret féminin : un sport de plus en plus spectaculaire
Depuis l’apparition du fleuret féminin aux Jeux Olympiques en 1924, la discipline n’a cessé d’évoluer. Aujourd’hui, le niveau est tel que chaque compétition mondiale ressemble à un véritable championnat du monde miniature.
La vitesse d’exécution, la précision chirurgicale, la lecture tactique instantanée… tous ces éléments font du fleuret féminin l’une des disciplines les plus impressionnantes à suivre en direct.
Et quand en plus des championnes comme Morgane Patru et Ysaora Thibus viennent écrire leur histoire sous nos yeux, cela devient tout simplement magique.
Un avenir radieux pour l’escrime féminine française
Avec ces résultats à Hongkong, l’escrime féminine française envoie un message fort : elle est prête à jouer les premiers rôles sur la scène internationale durant toute l’année 2026 et au-delà.
Entre les jeunes qui arrivent en force, les cadres qui confirment, et les revenantes qui retrouvent leur meilleur niveau, le vivier est exceptionnel. À l’image de ce samedi asiatique, les prochaines années s’annoncent riches en émotions et en médailles.
La piste est ouverte. À elles de continuer à écrire leur légende.









