Une réforme constitutionnelle pour restaurer la confiance
Le chef du gouvernement a clairement exprimé son intention d’engager un processus de révision de la Constitution grecque, datant de 1975 et déjà modifiée à plusieurs reprises. Il invite tous les partis politiques et la société civile à un dialogue ouvert pour aboutir à des changements profonds. L’objectif affiché est de renforcer le prestige des institutions et de regagner la confiance des citoyens, ébranlée par des scandales récurrents.
Cette initiative n’est pas anodine. Elle intervient dans un contexte où la population grecque exprime une lassitude croissante face à un système perçu comme protégeant les puissants. Mitsotakis insiste sur le fait qu’il est temps d’oser des réformes audacieuses, adaptées aux défis du XXIe siècle.
L’article 86 au cœur du débat
L’article 86 de la Constitution actuelle stipule que seul le Parlement peut décider d’engager des poursuites pénales contre des ministres ou anciens ministres pour des infractions commises dans l’exercice de leurs fonctions. Concrètement, cela nécessite la création de commissions d’enquête suivies d’un vote à la majorité absolue pour lever l’immunité.
Dans la pratique, cette procédure est souvent bloquée par la majorité parlementaire en place. Résultat : les ministres bénéficient d’une protection qui empêche les juges ordinaires d’intervenir directement. Mitsotakis propose de donner un rôle plus décisif aux magistrats dans ces affaires, afin de rendre le système plus équitable et transparent.
Il a martelé que cette évolution renforcerait la responsabilité individuelle des membres du gouvernement, tout en préservant l’équilibre des pouvoirs. Cette position marque un virage, car elle vise à corriger une disposition constitutionnelle critiquée depuis longtemps pour son caractère archaïque.
Les scandales qui ont précipité le débat
Depuis 2023, la Grèce a été secouée par des affaires majeures qui ont mis en lumière les limites de l’immunité ministérielle. La catastrophe ferroviaire de février 2023, la plus grave de l’histoire du pays avec 57 victimes, a révélé des négligences graves dans la modernisation des systèmes de sécurité.
Une enquête a pointé des retards inadmissibles dans les investissements nécessaires. Bien que des anciens responsables des Transports aient été renvoyés devant la justice, les poursuites se limitent à des délits mineurs, laissant un sentiment d’impunité chez les familles des victimes et l’opinion publique.
Il est temps d’oser de grandes réformes qui renforceront le prestige des institutions et la confiance des citoyens.
Le Premier ministre grec
Autre dossier explosif : une vaste fraude présumée aux subventions agricoles européennes. Un ancien ministre de l’Agriculture et plusieurs adjoints ont dû démissionner suite à des révélations sur des détournements de fonds européens. Le Parquet européen a transmis un dossier impliquant potentiellement des membres du gouvernement actuel, mais l’enquête n’a pu avancer pleinement en raison des contraintes constitutionnelles.
Ces cas ont alimenté une rancœur profonde. Les citoyens se sentent trahis lorsque des responsables politiques semblent échapper à la justice qui s’appliquerait à tout autre individu. Cette situation a accru la défiance envers les élites et les institutions.
Les implications pour la démocratie grecque
Supprimer ou réformer cette immunité ne serait pas une simple mesure technique. Elle toucherait aux fondements de la responsabilité politique. Actuellement, le Parlement, dominé par la majorité, agit comme un filtre protecteur. Transférer plus de pouvoir aux juges indépendants renforcerait l’État de droit et l’égalité devant la loi.
Cela pourrait aussi encourager une plus grande prudence chez les ministres, sachant que leurs actes pourraient être examinés sans barrière parlementaire. Cependant, des voix s’élèvent pour rappeler que toute réforme doit préserver la stabilité institutionnelle et éviter les dérives judiciaires partisanes.
Mitsotakis appelle à un consensus large, conscient que la révision constitutionnelle nécessite des majorités qualifiées au Parlement. Ce processus, s’il aboutit, marquerait une évolution significative depuis la chute de la dictature en 1974, quand la Constitution actuelle a été adoptée pour consolider la démocratie.
Un appel au dialogue national
Le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’un débat inclusif. Il invite les partis d’opposition, les citoyens et les experts à contribuer. Cette approche vise à légitimer les changements et à éviter que la réforme ne soit perçue comme un coup politique.
- Renforcer le rôle des juges dans les affaires pénales ministérielles.
- Adapter les institutions aux défis contemporains.
- Restaurer la confiance érodée par les scandales.
- Promouvoir une démocratie plus fonctionnelle et transparente.
Ces principes guident l’initiative. Le dialogue promis pourrait aboutir à une Constitution modernisée, mieux alignée sur les standards européens en matière de responsabilité des élus.
Les réactions et les défis à venir
L’annonce a suscité des réactions variées. Certains y voient une tentative sincère de réforme, d’autres un calcul politique pour détourner l’attention de scandales récents. Quoi qu’il en soit, le chemin sera long : la révision exige un processus parlementaire complexe, avec des votes à des majorités renforcées.
Le timing est crucial. Avec des élections prévues en 2027, cette réforme pourrait redessiner le paysage politique grec. Elle pose aussi la question plus large de la confiance en démocratie dans un pays marqué par des crises économiques et sociales passées.
En Grèce, où la politique est souvent passionnée, ce débat constitutionnel pourrait unir ou diviser davantage. Mitsotakis parie sur l’unité nationale pour avancer, convaincu que le statu quo n’est plus tenable.
Vers une Grèce plus accountable ?
Si la réforme aboutit, elle représenterait un pas majeur vers une accountability accrue des dirigeants. Les citoyens, fatigués des affaires étouffées, pourraient retrouver foi en leurs institutions. Mais le succès dépendra de la capacité à transcender les clivages partisans.
Ce projet ambitieux rappelle que la démocratie n’est pas figée. Elle évolue avec les attentes sociétales. En Grèce, 2026 pourrait marquer le début d’une ère nouvelle, où la justice prime sur la protection corporatiste.
Restez attentifs : ce débat ne fait que commencer, et ses conséquences pourraient redéfinir durablement le paysage politique hellénique.









