Imaginez la scène : vous terminez votre service de nuit, épuisée, dans les couloirs d’un grand hôpital public. Soudain, un ancien patient revient, titubant sur ses béquilles, le regard chargé de colère. Il brandit un couteau et hurle qu’il va tous vous tuer. C’est exactement ce qu’ont vécu deux infirmières récemment à Marseille. Un fait divers qui dépasse la simple agression pour poser des questions bien plus larges sur la sécurité des soignants et les relations parfois explosives entre patients et personnel médical.
Quand la douleur se transforme en haine
Quelques semaines seulement après avoir été opéré dans un grand centre hospitalier marseillais, un homme de 32 ans de nationalité algérienne est revenu sur les lieux de son intervention. Ce qui aurait dû être un simple contrôle post-opératoire s’est rapidement transformé en scène d’une violence verbale extrême, puis potentiellement physique.
Selon les premiers éléments recueillis, l’homme reprochait au corps médical d’avoir raté son opération. Il se considérait comme devenu handicapé à cause des soins reçus – une accusation grave qui reste à prouver. La frustration accumulée a manifestement pris le dessus sur la raison.
Le déroulement glaçant de l’incident
L’individu, visiblement sous l’emprise de substances, s’est présenté armé d’un couteau. Les témoins décrivent un homme instable, avançant difficilement sur ses béquilles tout en proférant des menaces de mort claires et répétées : « Je vais tous vous buter », aurait-il lancé aux personnes présentes.
Puis, dans une volte-face troublante, il aurait remarqué l’origine maghrébine supposée des deux infirmières directement visées. Il aurait alors prononcé cette phrase surréaliste : « Heureusement que vous êtes des DZ, sinon je vous aurais tous butés ». Une précision communautaire qui donne froid dans le dos et qui interroge sur les ressorts profonds de sa colère.
« Heureusement que vous êtes des DZ, sinon je vous aurais tous butés »
Cette phrase, rapportée par plusieurs sources concordantes, cristallise à elle seule toute la complexité et la dangerosité de l’événement.
État second : alcool, médicaments et stupéfiants
Placé rapidement en garde à vue après l’intervention des agents de sécurité de l’établissement, le trentenaire n’a pas nié avoir consommé un cocktail particulièrement lourd avant de se rendre à l’hôpital :
- 12 bières
- Un joint de cannabis
- Du Rivotril (clonazépam – anxiolytique puissant)
Il a reconnu avoir tenu des propos injurieux, mais a contesté formellement avoir proféré des menaces de mort. Une défense classique dans ce type d’affaires, mais qui contraste fortement avec les déclarations des victimes et des témoins.
La réponse judiciaire : deux ans ferme
Présenté devant la justice dans des délais très courts, l’homme a écopé d’une peine lourde : deux années d’emprisonnement ferme, assorties d’un mandat d’arrêt. Une sanction qui traduit à la fois la gravité des faits reprochés et sans doute l’exaspération croissante des autorités face aux violences répétées visant le personnel soignant.
Les juges ont-ils voulu envoyer un signal fort ? C’est probable. Dans un contexte où les agressions contre les soignants ne cessent d’augmenter depuis plusieurs années, la tolérance zéro semble devenir la norme.
Les soignants, première ligne de la violence sociale ?
Les urgences, les services de psychiatrie, les consultations de suivi post-opératoire… autant de lieux où se croisent la souffrance, la frustration, parfois la détresse sociale la plus extrême. Le personnel hospitalier se retrouve souvent en première ligne face à des patients qui reportent sur eux leur colère contre le système, contre leur état de santé, ou contre leur situation personnelle.
À Marseille, ville marquée par de nombreuses difficultés socio-économiques et par un taux de criminalité parmi les plus élevés de France, ces incidents prennent une résonance particulière.
Un climat de peur qui s’installe durablement
Les syndicats hospitaliers alertent depuis longtemps : les agressions verbales sont devenues quotidiennes, les agressions physiques de plus en plus fréquentes. Certains services affichent désormais des panneaux « Nous soignons, nous ne sommes pas vos ennemis ».
Dans les couloirs, on parle de plus en plus de sentiment d’insécurité. Certaines infirmières avouent appréhender certains patients, surtout lorsque l’alcool ou les produits stupéfiants entrent en jeu.
La question de l’origine dans les menaces : un tabou français ?
La précision communautaire apportée par l’agresseur (« DZ » pour désigner les Algériens) pose une question dérangeante : et si les victimes n’avaient pas été perçues comme faisant partie de la même communauté d’origine, la violence aurait-elle été plus grande ?
Cette phrase soulève des problématiques d’identité, de communautarisme et de seuil de tolérance à la violence selon l’appartenance supposée de la victime. Un sujet sensible en France où la laïcité et l’universalisme républicain rendent ces débats particulièrement compliqués.
Quelles solutions pour protéger les soignants ?
Face à cette montée en puissance des violences, plusieurs pistes sont régulièrement évoquées :
- Renforcer la présence d’agents de sécurité dans les services sensibles
- Installer davantage de systèmes de vidéosurveillance
- Mettre en place des protocoles d’alerte rapides et efficaces
- Former les équipes à la désescalade verbale
- Créer des unités judiciaires spécialisées dans les violences contre les soignants
- Durcir les sanctions pénales
Certaines grandes structures hospitalières ont déjà franchi le pas et embauché des vigiles permanents. Mais cette militarisation progressive des hôpitaux publics pose aussi question : jusqu’où ira-t-on dans cette voie ?
Un révélateur des fractures sociales françaises
Au-delà du cas individuel, cet événement tragique agit comme un miroir grossissant des tensions qui traversent la société française contemporaine : difficultés d’intégration, montée des communautarismes, défiance envers les institutions, précarité, addictions, sentiment d’abandon…
L’hôpital public, lieu de soin universel par excellence, devient paradoxalement l’un des théâtres privilégiés où s’expriment ces fractures.
Conclusion : vers un point de non-retour ?
L’affaire de Marseille n’est malheureusement pas isolée. Chaque mois apporte son lot d’agressions plus ou moins graves contre le personnel soignant. La question n’est plus de savoir si le phénomène existe, mais plutôt : comment l’enrayer durablement avant qu’il ne devienne la norme ?
Les deux infirmières agressées poursuivent leur travail malgré le choc. Elles incarnent cette résilience quotidienne du personnel hospitalier français. Mais jusqu’à quand ?
La sécurité des soignants n’est plus une option : c’est une urgence absolue.
Et vous, avez-vous déjà été témoin ou victime de violences en milieu hospitalier ? N’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire.









