La gauche et son emprise sur la culture : un héritage contesté
Depuis l’après-guerre, la gauche française a exercé une influence considérable sur les institutions culturelles, les médias et l’éducation. Cette mainmise s’est construite progressivement, en s’appuyant sur des réseaux intellectuels, des subventions publiques et une vision du monde qui privilégie certains récits au détriment d’autres. Michel Onfray, dans ses analyses récentes, pointe du doigt cette domination qui, selon lui, a transformé la culture en un outil idéologique plutôt qu’en un espace de liberté et de pluralisme.
Le Puy du Fou, parc à thèmes historique situé en Vendée, incarne pour beaucoup une vision conservatrice et populaire de l’histoire de France. Ses spectacles vivants célèbrent des épisodes glorieux ou tragiques, souvent liés à la résistance catholique ou à des figures monarchistes. Face à cela, l’idée d’un pendant « de gauche » a émergé, visant à proposer un contre-récit progressiste, inclusif et républicain. Mais pour Onfray, une telle entreprise révélerait rapidement ses contradictions internes.
La phrase choc d’Onfray : une métaphore violente
Le philosophe n’hésite pas à employer des termes forts pour illustrer son propos. Il déclare que si un Puy du Fou de gauche devait exister, sa scène finale serait l’assassinat de Quentin. Cette référence renvoie à un événement tragique récent : le meurtre violent d’un jeune homme nommé Quentin, survenu dans un contexte de tensions politiques extrêmes. Cet acte, qualifié d’assassinat politique par certains observateurs, symbolise pour Onfray la dérive possible d’une gauche radicale vers la violence physique contre ses opposants.
Quentin, jeune militant engagé, a été victime d’une agression mortelle qui a choqué l’opinion. L’affaire a mis en lumière des groupes extrémistes, souvent associés à l’ultragauche, et a relancé le débat sur la tolérance et la liberté d’expression. En choisissant cet épisode comme point culminant d’un spectacle « de gauche », Onfray suggère que le récit progressiste contemporain pourrait culminer non pas dans l’émancipation, mais dans l’élimination de l’autre idéologique.
S’il fallait faire un Puy du Fou de gauche, la dernière scène serait l’assassinat de Quentin.
Michel Onfray
Cette déclaration vise à provoquer et à interpeller. Elle accuse implicitement une partie de la gauche d’avoir perdu ses idéaux humanistes pour embrasser une logique de confrontation radicale, où la culture sert à justifier ou à occulter la violence.
Retour sur l’après-guerre : les racines de la domination culturelle
Après 1945, la gauche, portée par la Résistance et les intellectuels engagés, a conquis les leviers de la culture. Des figures comme Jean-Paul Sartre ou André Malraux (bien que ce dernier ait servi de Gaulle) ont incarné cette période où le marxisme et l’existentialisme dominaient les débats. Les ministères successifs de la Culture, souvent tenus par des personnalités de gauche, ont favorisé des artistes et des œuvres alignés sur une vision anticoloniale, progressiste et parfois anticléricale.
Cette emprise s’est renforcée avec Mai 68, où les étudiants et les intellectuels ont remis en cause les structures traditionnelles. Les universités, les théâtres subventionnés et les médias publics sont devenus des bastions où les idées conservatrices étaient marginalisées. Onfray critique cette évolution : la culture, autrefois espace de débat, serait devenue un instrument de propagande unilatérale.
Dans les décennies suivantes, cette influence s’est étendue à l’éducation nationale. Les programmes scolaires mettent l’accent sur les luttes sociales, les droits humains et la critique du passé colonial, parfois au détriment d’une histoire plus équilibrée. Pour certains, cela crée un déséquilibre où le récit national est déconstruit sans proposition alternative cohérente.
Le Puy du Fou comme symbole du clivage culturel
Le parc vendéen attire des millions de visiteurs chaque année grâce à ses spectacles grandioses et son approche immersive de l’histoire. Il célèbre des valeurs comme le courage, la foi et la résistance face à l’adversité. Ses fondateurs, issus d’un milieu catholique traditionnel, ont su créer un produit culturel populaire qui échappe en partie aux circuits subventionnés par l’État.
Proposer un équivalent « de gauche » pose question : quel récit mettrait-on en scène ? La Révolution française avec ses excès ? Les conquêtes sociales du XXe siècle ? Ou les luttes anticoloniales ? Onfray argue que pour être honnête, un tel parc devrait inclure les épisodes sombres, comme les violences révolutionnaires ou les dérives totalitaires du XXe siècle, aboutissant à une apothéose tragique comme l’assassinat mentionné.
- Le Puy du Fou traditionnel met en avant l’unité nationale et les racines chrétiennes.
- Un projet de gauche risquerait de souligner les divisions et les échecs du progressisme.
- La métaphore d’Onfray illustre le risque d’une culture qui glorifie la violence au nom de l’idéologie.
Cette opposition reflète un clivage plus large dans la société française : d’un côté, une vision patrimoniale et identitaire ; de l’autre, une approche critique et déconstructive.
Conséquences sur le débat public actuel
L’intervention d’Onfray arrive dans un contexte de polarisation accrue. Le meurtre de Quentin a ravivé les accusations de violence politique venant de l’extrême gauche. Des groupes antifascistes sont pointés du doigt pour leurs méthodes radicales, tandis que la gauche institutionnelle peine à condamner clairement ces actes.
Le philosophe élargit son propos à l’emprise culturelle : les médias, les festivals et les subventions favoriseraient systématiquement une vision « woke » ou progressiste, marginalisant les voix dissidentes. Cela créerait un monopole idéologique qui étouffe le pluralisme.
Pour contrer cela, certains appellent à une reconquête culturelle, inspirée du succès populaire du Puy du Fou. Mais Onfray semble sceptique : sans remise en question profonde, tout projet « de gauche » risquerait de reproduire les mêmes travers autoritaires.
Vers une culture pluraliste ?
La question posée par cette polémique est simple : la culture peut-elle rester un espace neutre ou doit-elle nécessairement servir un camp ? Onfray plaide pour une liberté totale, loin des subventions étatiques qui conditionnent les créations. Il défend une approche hédoniste et individuelle, où l’art échappe aux dogmes politiques.
Pourtant, la réalité montre que la culture est toujours politique. Les choix de programmation, les financements et les censures indirectes influencent ce que le public voit et pense. Le défi consiste à restaurer un vrai débat, sans violence ni exclusion.
En conclusion, la formule d’Onfray, bien que provocante, force à réfléchir sur les dérives possibles d’une idéologie qui se veut émancipatrice mais qui peut verser dans l’intolérance. Elle invite à questionner l’histoire que nous racontons à travers nos spectacles, nos livres et nos écrans. Dans une France divisée, retrouver un récit commun apaisé semble plus urgent que jamais.
Ce débat dépasse largement le cas d’un parc d’attractions. Il touche à l’essence même de ce que signifie être français aujourd’hui : comment concilier mémoire, progrès et liberté sans sombrer dans la confrontation stérile ? La réponse n’est pas simple, mais ignorer la question serait une erreur grave pour l’avenir culturel du pays.









