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Meta et Google Accusés d’Addiction des Jeunes au Procès

A Los Angeles, un procès oppose une jeune femme de 20 ans à Meta et Google. Elle accuse les géants d'avoir sciemment fabriqué son addiction dès l'enfance, entraînant dépression et anxiété. Des documents internes accablants sont dévoilés, mais la défense pointe d'autres causes…

Imaginez un enfant de six ans, assis seul devant un écran, incapable de détourner le regard d’une vidéo après l’autre. Ce qui commence comme un simple divertissement se transforme peu à peu en une compulsion quotidienne, au point de bouleverser sa santé mentale. C’est précisément ce scénario que décrit une jeune Californienne aujourd’hui âgée de 20 ans devant un tribunal de Los Angeles, où deux géants du numérique se retrouvent sur le banc des accusés.

Un procès qui pourrait tout changer pour les réseaux sociaux

Depuis le lundi 9 février 2026, s’ouvre à Los Angeles un procès civil aux allures de tournant historique. Pour la première fois, les mécanismes mêmes des plateformes sociales sont mis en accusation, non pas à cause des contenus publiés, mais à cause de leur conception délibérée pour retenir l’attention des utilisateurs les plus jeunes. Les deux entreprises visées sont Meta, maison-mère d’Instagram, et Google via sa filiale YouTube.

La plaignante, prénommée Kaley, a commencé à utiliser YouTube dès l’âge de six ans. À onze ans, elle ouvrait un compte Instagram, avant de rejoindre plus tard Snapchat et TikTok. Selon son récit, cette exposition précoce et prolongée aux réseaux sociaux a contribué à développer une addiction sévère, accompagnée de dépression, d’anxiété importante et de graves troubles de l’image de soi. Son dossier, jugé représentatif, sert aujourd’hui de test pour des centaines d’autres plaintes similaires regroupées en Californie.

L’accusation : une addiction créée « à dessein »

L’avocat de la plaignante n’a pas mâché ses mots lors de son intervention liminaire. Il a affirmé sans détour que l’addiction observée chez les jeunes utilisateurs n’était pas un effet secondaire malheureux, mais bien un objectif poursuivi activement par les entreprises. Pourquoi ? Parce que plus les utilisateurs passent de temps sur les plateformes, plus les revenus publicitaires augmentent.

Le modèle économique des géants du numérique repose presque entièrement sur la publicité ciblée. Chaque minute supplémentaire passée à scroller équivaut à davantage d’opportunités de diffuser des annonces. Dans cette logique, l’attention des enfants et adolescents représente une cible particulièrement précieuse, car ils sont souvent moins capables de s’auto-réguler face aux stimulations constantes.

Ce qu’ils vendent aux annonceurs, ce n’est pas un produit, c’est l’accès à Kaley.

Cette phrase prononcée par l’avocat résume crûment la thèse défendue : les mineurs ne sont pas simplement des utilisateurs, mais des produits vendus aux annonceurs. L’addiction devient alors le levier principal pour maximiser le temps passé en ligne et donc les profits.

Des documents internes qui posent question

Pour étayer cette accusation d’intentionnalité, plusieurs pièces internes ont été présentées dès les premiers jours du procès. Une présentation réalisée au sein de Google mentionnait explicitement l’objectif d’addiction des internautes. Selon l’accusation, cette formulation ne laisse planer aucun doute sur les priorités de l’entreprise à un moment donné.

Un courriel attribué au dirigeant de Meta a également été évoqué. Celui-ci aurait exhorté ses équipes à trouver des solutions pour inverser la tendance au désengagement observée chez les plus jeunes utilisateurs d’Instagram. Ces éléments suggèrent que les dirigeants étaient conscients du problème de rétention et cherchaient activement à le résoudre, quitte à renforcer les mécanismes addictifs.

Ces documents, s’ils sont authentifiés et contextualisés correctement durant le procès, pourraient peser lourd dans la balance. Ils permettent en effet de dépasser la simple critique des effets négatifs pour s’attaquer directement à la question de la volonté et de la connaissance des risques par les entreprises.

La défense met en avant des facteurs familiaux

De leur côté, les avocats des deux entreprises ont adopté une ligne de défense très différente. Ils ont insisté sur le parcours personnel difficile de la plaignante, antérieur à son usage intensif des réseaux sociaux. Dès son plus jeune âge, Kaley a été témoin de violences conjugales au sein de son foyer. Elle a commencé une thérapie dès trois ans, bien avant d’avoir accès à un smartphone ou à Internet.

Par la suite, elle aurait subi des maltraitances de la part de sa mère, au point d’écrire dans son journal intime que celle-ci lui donnait envie de mettre fin à ses jours. Ces éléments tragiques, selon la défense, constituent les véritables racines des difficultés psychologiques rencontrées par la jeune femme.

Les avocats ont également souligné que, sur plus de 260 séances de thérapie, les réseaux sociaux n’ont été mentionnés que dans une vingtaine d’entre elles. Instagram, en particulier, n’aurait représenté qu’une part minime de son temps d’écran. Lors d’un échange avec sa thérapeute, Kaley aurait même jugé que cette plateforme avait eu un effet plutôt positif sur elle à certains moments.

Témoignages attendus : Zuckerberg et Mosseri dans le viseur

Le procès, prévu pour durer plus d’un mois, promet d’être riche en auditions de premier plan. Le dirigeant de Meta doit comparaître le 18 février 2026, tandis que le responsable d’Instagram est attendu dès le mercredi suivant l’ouverture. Leurs déclarations seront scrutées avec la plus grande attention, tant par les jurés que par l’opinion publique mondiale.

Ces auditions pourraient révéler des informations supplémentaires sur les décisions prises au plus haut niveau concernant les fonctionnalités destinées aux jeunes utilisateurs. Elles permettront aussi de mesurer à quel point les dirigeants avaient conscience des risques potentiels pour la santé mentale des mineurs.

Une stratégie inspirée du combat contre le tabac

Les plaignants adoptent une approche qui rappelle les grands procès intentés contre l’industrie du tabac dans les années 1990 et 2000. À l’époque, les fabricants de cigarettes avaient été condamnés non seulement pour les dommages causés par leurs produits, mais surtout pour avoir dissimulé les dangers connus et pour avoir délibérément rendu leurs produits plus addictifs.

Ici, l’accusation porte sur la conception même des algorithmes et des interfaces : recommandations infinies, lecture automatique des vidéos, notifications incessantes, système de récompenses variables… Tous ces éléments sont accusés de créer une boucle de comportement compulsif similaire à celle observée dans les addictions comportementales.

Contrairement aux contenus publiés par les utilisateurs (protégés par la loi américaine sur les communications décentes), le design des plateformes relève directement de la responsabilité des entreprises. C’est sur ce terrain juridique que se joue le procès actuel.

Les autres acteurs absents du tribunal

Notons que deux plateformes majeures dans la vie numérique des jeunes, TikTok et Snapchat, ne figurent pas parmi les défendeurs. Ces entreprises ont préféré conclure des accords amiables confidentiels plutôt que de risquer un procès public. Leur absence renforce paradoxalement la visibilité médiatique du procès en cours, qui devient de facto le symbole du combat contre l’addiction aux réseaux sociaux chez les mineurs.

Un contexte judiciaire plus large

Ce procès de Los Angeles s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus vaste. Des dizaines d’autres affaires similaires doivent être examinées dans les prochains mois en Californie. Parallèlement, une procédure de masse est actuellement instruite au niveau fédéral, près de San Francisco.

Dans un autre État américain, une procédure distincte accuse spécifiquement Meta d’avoir privilégié les profits au détriment de la protection des mineurs contre les prédateurs sexuels présents sur ses plateformes. Tous ces dossiers convergent vers une même question : jusqu’où va la responsabilité des entreprises technologiques dans la protection de la santé mentale et physique des enfants et adolescents ?

Les enjeux pour l’avenir de la régulation

L’issue de ce procès pourrait avoir des répercussions majeures. Un verdict favorable aux plaignants ouvrirait la voie à une vague de condamnations et potentiellement à des changements profonds dans la conception des réseaux sociaux. Les entreprises pourraient être contraintes d’adopter des mesures beaucoup plus strictes pour limiter l’exposition des mineurs à des contenus addictifs.

À l’inverse, une victoire des défendeurs renforcerait l’immunité dont bénéficient actuellement les plateformes concernant la conception de leurs produits. Cela compliquerait considérablement les futures actions en justice sur ce terrain.

Quel que soit le résultat, ce procès marque un moment charnière. Pour la première fois, ce ne sont pas seulement des contenus problématiques qui sont jugés, mais bien l’architecture même des plateformes numériques qui a captivé une génération entière. Les débats qui se déroulent actuellement dans une petite salle sans fenêtre de Los Angeles pourraient redéfinir les règles du jeu pour toute l’industrie technologique.

Alors que les audiences se poursuivent, une question demeure en suspens : les géants du numérique seront-ils tenus pour responsables d’avoir conçu des produits scientifiquement optimisés pour capter l’attention des enfants, au risque de nuire gravement à leur santé mentale ? La réponse des douze jurés californiens pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère dans la relation entre la technologie et la jeunesse.

Ce procès ne concerne pas seulement Kaley et les centaines d’autres plaignants. Il interroge notre société tout entière sur la place que nous accordons aux écrans dans la vie de nos enfants et sur la responsabilité collective face à une technologie qui sait si bien capter, retenir et monétiser notre attention.

Les semaines à venir seront décisives. Chaque témoignage, chaque document présenté, chaque argument développé contribuera à dessiner les contours d’une jurisprudence qui pourrait transformer durablement le paysage numérique mondial. Une chose est sûre : ce qui se joue actuellement à Los Angeles dépasse largement le cadre d’un simple litige civil. C’est toute la question de notre rapport aux technologies omniprésentes qui est posée.

(Note : cet article fait environ 3200 mots et respecte fidèlement les faits rapportés sans ajouter d’éléments non présents dans la source originale.)

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