La tension était palpable ce jeudi 12 février 2026 sur le plateau de C à vous. Ce qui devait être une simple discussion autour de l’affaire des assistants parlementaires européens s’est rapidement transformé en un affrontement verbal virulent entre l’avocat de Marine Le Pen et le journaliste Patrick Cohen. Les mots ont fusé, les reproches se sont multipliés et l’ambiance est devenue électrique en quelques minutes seulement.
Derrière cette passe d’armes se cache un enjeu majeur pour la vie politique française : l’avenir judiciaire de Marine Le Pen et sa possible participation à l’élection présidentielle de 2027. Entre accusations de mauvaise foi, rappels historiques et arguments techniques sur la procédure, le débat a révélé des lignes de fracture profondes dans la perception de cette affaire tentaculaire.
Une affaire qui hante la droite nationale depuis des années
Depuis maintenant près d’une décennie, l’affaire des assistants parlementaires du Front National (devenu depuis Rassemblement National) suit son cours judiciaire avec une lenteur qui agace autant qu’elle inquiète les soutiens de Marine Le Pen. Ce dossier concerne l’emploi présumé fictif de plusieurs collaborateurs au Parlement européen, payés avec des fonds européens mais qui auraient travaillé pour le parti en France.
Les montants en jeu sont considérables et les conséquences potentielles dévastatrices pour la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale. Le parquet a requis quatre années d’emprisonnement dont une ferme, assorties de cinq années d’inéligibilité. Si cette peine était confirmée en appel, elle pourrait purement et simplement écarter Marine Le Pen de la course à l’Élysée en 2027.
Le verdict attendu le 7 juillet prochain
La cour d’appel doit rendre sa décision le 7 juillet 2026. Cette date n’est pas anodine : elle intervient à moins d’un an du premier tour de la présidentielle. Dans l’entourage de la dirigeante frontiste, on redoute évidemment l’application d’une exécution provisoire qui rendrait immédiatement effective une éventuelle peine d’inéligibilité, même en cas de pourvoi en cassation.
C’est précisément sur ce point que les débats se cristallisent depuis plusieurs mois. L’exécution provisoire avait déjà été prononcée en première instance, mais les avocats généraux eux-mêmes avaient jugé cette mesure injustifiée selon les déclarations rapportées lors de l’audience en appel.
L’avocat de Marine Le Pen contre-attaque
Rodolphe Bosselut, conseil historique de Marine Le Pen, n’a pas mâché ses mots face à ses contradicteurs. Il a tenu à rappeler que la saisine urgente de la cour d’appel était directement liée à l’approche de l’élection présidentielle et à la crainte d’une exécution provisoire maintenue.
Pourquoi on se retrouve aujourd’hui dans cette situation infernale où une cour d’appel a été saisie en urgence ? Parce que précisément il y avait une élection présidentielle et que la présidence de la Cour et le parquet général se sont rendus compte que l’exécution provisoire de première instance dont vous n’avez pas rappelé que les avocats généraux ont dit qu’elle était absolument injustifiée.
Cette sortie a immédiatement provoqué la réaction de Patrick Cohen, qui a tenu à préciser qu’il avait déjà évoqué ce point dans une précédente émission. L’échange qui a suivi a rapidement pris des allures de règlement de comptes personnel.
Quand l’ironie et la mauvaise foi s’invitent au débat
L’avocat a lancé avec ironie : « Chaque fois que vous faites quelque chose de bien, je ne suis pas là… ». Une pique qui n’a pas manqué de faire réagir l’animatrice, venue au secours de son chroniqueur en confirmant que le sujet de l’exécution provisoire avait bien été abordé à plusieurs reprises.
Mais Rodolphe Bosselut n’a pas lâché l’affaire. Il a maintenu que sans cette exécution provisoire contestée, la question de la date du procès ne se serait jamais posée avec autant d’acuité. C’est alors que la procureure générale a été citée pour contredire directement cette affirmation : le procès aurait pu avoir lieu bien plus tôt sans les multiples reports et recours déposés par la défense.
Les « quarante-cinq retours » au cœur de la polémique
L’un des moments les plus tendus de l’échange a concerné les fameux « quarante-cinq retours » engagés pendant l’instruction. Patrick Cohen a ironisé en évoquant « Ali Baba et les quarante-cinq voleurs », provoquant un vif démenti de l’avocat qui a nié avoir jamais employé cette expression.
Finalement, Rodolphe Bosselut a concédé que l’expression avait bien été utilisée, mais en précisant qu’elle concernait l’ensemble des recours, y compris ceux qui n’étaient pas de nature pénale. Il a également tenu à remettre les choses en perspective en rappelant que les faits reprochés à Marine Le Pen remontaient à plus de vingt ans pour certains d’entre eux.
Quand vous me dites : ‘Vous citez des affaires des emplois fictifs du RPR’, c’était il y a 20 ans. Les premiers faits qui sont reprochés à Marine Le Pen remontent à 24 ans.
Une manière habile de souligner la prescription potentielle de certains faits et de mettre en balance la célérité de la justice selon les partis politiques concernés.
La question de la coopération avec la justice
Patrick Cohen a ensuite accusé Marine Le Pen d’avoir refusé de déférer aux convocations des policiers et des juges lorsque l’affaire a éclaté en 2017. Une affirmation immédiatement contredite par l’avocat qui a exigé davantage de bonne foi de la part du journaliste.
Soyez un peu de bonne foi et ne dites pas que c’est ça qui a fait que la procédure ait duré 10 ans.
Selon Rodolphe Bosselut, la longueur exceptionnelle de la procédure s’explique principalement par deux facteurs : la crise sanitaire liée au Covid qui a paralysé de nombreuses juridictions pendant de longs mois, mais aussi par des lenteurs institutionnelles indépendantes de la volonté de la défense. Il a notamment évoqué deux années nécessaires au juge d’instruction pour rendre son ordonnance et dix-neuf mois au procureur pour prendre ses réquisitions.
Un contexte politique explosif
Cette passe d’armes intervient dans un moment particulièrement sensible pour le Rassemblement National. Alors que les sondages placent régulièrement Marine Le Pen en position de force pour le scrutin de 2027, chaque développement judiciaire est scruté avec la plus grande attention par ses adversaires comme par ses soutiens.
La menace d’une inéligibilité constitue sans doute l’obstacle le plus sérieux auquel la dirigeante frontiste ait été confrontée depuis son entrée en politique. Au-delà des aspects purement judiciaires, c’est toute la stratégie de dédiabolisation et de normalisation du mouvement qui pourrait être remise en cause si la condamnation était confirmée.
Les arguments de la défense en détail
La ligne de défense adoptée par Rodolphe Bosselut et ses confrères repose sur plusieurs piliers principaux :
- La nature politique supposée de la procédure, avec une accélération inhabituelle liée au calendrier électoral
- Les lenteurs imputables aux institutions judiciaires elles-mêmes
- La prescription de certains faits les plus anciens
- L’absence de caractérisation pénale claire des emplois en question
- Les conditions de travail réelles des assistants parlementaires européens, souvent très flexibles
Ces arguments sont régulièrement opposés aux éléments apportés par l’accusation, qui met en avant les écarts entre les déclarations des intéressés, les documents administratifs et les activités réellement exercées sur le territoire français.
Les précédents judiciaires en matière d’emplois fictifs
L’avocat de Marine Le Pen n’a pas manqué de rappeler que des affaires similaires avaient concerné d’autres formations politiques par le passé, notamment le RPR dans les années 1990-2000. Ces dossiers avaient souvent donné lieu à des condamnations, mais rarement à des peines d’inéligibilité aussi lourdes que celles actuellement requises contre la présidente du RN.
Cette comparaison historique vise à démontrer une forme de « deux poids, deux mesures » dans le traitement judiciaire réservé aux différents partis politiques français au fil des décennies.
Quel impact sur la campagne de 2027 ?
Si le verdict du 7 juillet confirme la peine d’inéligibilité avec exécution provisoire, Marine Le Pen se trouverait dans une situation extrêmement délicate. Elle devrait alors envisager plusieurs scénarios :
- Faire appel en cassation tout en sollicitant un référé-suspension
- Se retirer de la course et soutenir un autre candidat du mouvement
- Contester la décision sur le terrain politique en dénonçant une instrumentalisation de la justice
Chacune de ces options présente des risques majeurs pour l’unité et les chances électorales du Rassemblement National.
La télévision comme tribunal parallèle
Cet échange particulièrement tendu sur C à vous illustre une réalité bien connue du paysage médiatique français : les grandes affaires politico-judiciaires se jugent aussi à la télévision. Les plateaux deviennent des arènes où s’affrontent versions des faits, interprétations juridiques et stratégies de communication.
Dans ce contexte, chaque mot prononcé, chaque citation, chaque ironie peut avoir un impact sur l’opinion publique bien plus important que de longs développements dans la presse écrite spécialisée.
Vers une politisation accrue de la justice ?
Ce type de confrontation télévisée ravive également le débat plus large sur les relations entre justice et politique en France. Les accusations de « justice politique » ou au contraire de « persécution judiciaire » reviennent régulièrement dans les discours des uns et des autres dès qu’une personnalité importante est mise en cause.
Marine Le Pen et son entourage n’ont jamais caché leur conviction que cette affaire relevait davantage d’un acharnement politique que d’une simple enquête judiciaire. Une position partagée par une partie significative de leur électorat, qui y voit une nouvelle illustration du « système » cherchant à empêcher l’alternance.
Les prochaines étapes judiciaires
Après cet échange médiatique, tous les regards se tournent désormais vers les ultimes plaidoiries et le délibéré de la cour d’appel. Les avocats de Marine Le Pen devraient continuer à mettre en avant :
- Les contradictions dans les témoignages de certains anciens collaborateurs
- La pratique courante au Parlement européen concernant les collaborateurs parlementaires
- Les délais excessifs qui porteraient atteinte aux droits de la défense
- L’absence d’enrichissement personnel démontré
Face à eux, le parquet général continuera probablement à insister sur les preuves matérielles accumulées au fil des années : relevés horaires, mails, déclarations fiscales, témoignages croisés.
Une affaire aux multiples ramifications européennes
Il ne faut pas oublier que cette affaire n’est pas uniquement française. L’Office européen de lutte antifraude (OLAF) a joué un rôle déterminant dans le déclenchement des investigations. Les fonds européens sont au cœur du dossier, et l’institution bruxelloise a déjà obtenu le remboursement de plusieurs millions d’euros de la part du Rassemblement National.
Cette dimension européenne ajoute encore une couche de complexité au dossier et alimente les soupçons de certains observateurs quant à une possible instrumentalisation politique à l’échelle continentale.
Conclusion : un moment décisif pour la démocratie française
Quelle que soit l’issue judiciaire de cette affaire, elle marquera durablement le paysage politique français. Elle pose en effet des questions essentielles sur l’équilibre des pouvoirs, l’indépendance de la justice, le financement des partis politiques et les conditions dans lesquelles peuvent se dérouler les campagnes électorales.
L’échange virulent entre l’avocat de Marine Le Pen et Patrick Cohen n’est que la partie visible d’un affrontement beaucoup plus large qui se joue à la fois dans les prétoires et dans l’opinion publique. À quelques mois du verdict, la tension ne cesse de monter et chacun retient son souffle en attendant de connaître le sort judiciaire réservé à celle qui reste, pour beaucoup, la principale adversaire du pouvoir en place pour 2027.
Une chose est sûre : cette passe d’armes restera dans les annales des débats télévisés français comme un moment où la politique et la justice se sont retrouvées face à face, sans filtre et sans concession.









