Imaginez un instant : le Bitcoin, souvent présenté comme l’actif refuge ultime face à l’inflation et aux dettes publiques, se retrouve soudainement sous pression intense à cause d’une décision prise à des milliers de kilomètres de là, dans les bureaux feutrés des régulateurs chinois. Ce lundi 9 février 2026, les marchés cryptos ont perdu plus de 2,7 % en une seule journée, Bitcoin glissant sous la barre symbolique des 70 000 dollars. Mais derrière cette chute apparente se cache une mécanique bien plus profonde et inquiétante pour l’ensemble du système financier mondial.
Quand Pékin accélère le découplage financier
Depuis plusieurs années, les observateurs attentifs notent une tendance claire : la Chine réduit progressivement son exposition aux actifs libellés en dollars américains. Ce mouvement, longtemps discret, semble aujourd’hui prendre une tournure beaucoup plus directive et structurée. Les autorités financières chinoises ont récemment transmis des instructions claires aux grandes banques et institutions financières du pays : réduire sensiblement leurs encours en obligations du Trésor américain, communément appelées Treasuries.
Officiellement, cette consigne est justifiée par un besoin de diversification des risques. Les responsables expliquent que la volatilité croissante des taux américains et l’accumulation historique de dette publique outre-Atlantique pourraient exposer les institutions chinoises à des pertes importantes en cas de choc majeur. Pourtant, derrière cette explication technique se dessine une réalité géopolitique bien plus tranchée.
De 1 000 à 682 milliards : une chute impressionnante
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Il y a quelques années encore, la Chine détenait plus de 1 000 milliards de dollars en Treasuries. Aujourd’hui, ce montant a fondu jusqu’à environ 682 milliards. Cette diminution n’est pas le fruit du hasard : elle résulte d’une stratégie de long terme visant à diminuer la dépendance vis-à-vis du dollar et à renforcer la place internationale du yuan.
Ce désengagement progressif exerce une pression constante sur le marché obligataire américain. Moins d’acheteurs chinois signifie, mécaniquement, des rendements obligataires plus élevés pour attirer de nouveaux investisseurs. Et lorsque les rendements grimpent, les actifs risqués – actions technologiques, cryptomonnaies, matières premières spéculatives – subissent généralement une rotation défavorable.
Les rendements à 30 ans flirtent avec les 5 %
Le phénomène est particulièrement visible sur la partie longue de la courbe des taux. Le rendement des obligations américaines à 30 ans a récemment dépassé les 4,90 %, un niveau qui commence à inquiéter sérieusement les investisseurs en actifs risqués. Lorsque l’argent « sans risque » offre un rendement approchant les 5 % sur une aussi longue durée, pourquoi continuer à prendre des risques importants dans des actifs volatils comme le Bitcoin ou les actions technologiques ?
Cette remontée des taux longs s’accompagne d’un autre mouvement tout aussi symbolique : la flambée du prix de l’or. Le métal jaune a franchi la barre des 5 000 dollars l’once, porté par les craintes sur la dette américaine et la recherche de valeurs refuges alternatives au dollar.
Crypto : la peur domine, les leviers s’effondrent
Dans cet environnement macroéconomique tendu, le secteur crypto n’échappe pas à la règle. L’indice Crypto Fear & Greed, baromètre bien connu du sentiment des investisseurs, a plongé dans la zone « peur extrême » avec une valeur autour de 9/100. Un niveau qui rappelle les moments les plus sombres des bear markets passés.
Les chiffres techniques confirment cette détresse généralisée :
- Volume spot global sur 24h : en baisse de 12 % à environ 100 milliards de dollars
- Open Interest sur les contrats futures crypto : retombé à 96 milliards de dollars contre plus de 255 milliards à l’apogée précédente
- Valorisation totale du marché crypto : -2,75 % sur 24h
- Liquidations enregistrées : plus de 356 millions de dollars en quelques heures
Cette contraction brutale de l’open interest est particulièrement révélatrice. Elle indique que les traders institutionnels et particuliers procèdent à un désendettement massif, retirant les leviers qui avaient amplifié la hausse précédente. Moins de levier = moins de volatilité à la hausse, mais aussi des corrections plus brutales lorsque le sentiment bascule.
Bitcoin sous les 70 000 $ : support majeur menacé
Bitcoin a perdu le niveau psychologique et technique des 70 000 dollars. Ce seuil, qui avait servi de plancher solide lors des précédentes consolidations, est désormais transformé en résistance. Tant que le cours n’aura pas reconquis durablement cette zone, le biais restera baissier à court terme.
Les altcoins n’ont pas été épargnés. Ethereum perd plus de 3,8 %, Solana recule de près de 4 %, tandis que de nombreux memecoins (dogwifhat, Popcat, Bonk, Pepe) affichent des baisses quotidiennes dépassant souvent les 4 %. Le marché dans son ensemble donne l’impression d’un reflux généralisé.
Et si c’était le début d’une vraie dédollarisation ?
La décision chinoise de pousser ses institutions à se désengager des Treasuries s’inscrit dans un mouvement plus large de dédollarisation. Plusieurs pays, notamment au sein des BRICS, multiplient les accords commerciaux libellés en monnaies locales et accumulent de l’or plutôt que des dollars.
Certains analystes vont même plus loin : ils estiment que nous assistons aux prémices d’un changement structurel du système monétaire international. Si la Chine – et potentiellement d’autres grands détenteurs de dette américaine – continuent sur cette voie, les États-Unis pourraient être contraints de proposer des taux encore plus élevés pour financer leur dette colossale. Cela créerait un cercle vicieux : taux plus hauts → croissance ralentie → déficits encore plus importants → besoin de taux encore plus élevés.
« La vraie question n’est plus de savoir si le dollar restera la monnaie de réserve mondiale, mais pendant combien de temps il conservera cette position sans contestation sérieuse. »
Dans ce contexte, Bitcoin et les cryptomonnaies pourraient paradoxalement devenir, à moyen et long terme, l’un des principaux bénéficiaires de ce mouvement. Car si la confiance dans les monnaies fiduciaires et la dette souveraine vacille, les actifs numériques décentralisés, à offre limitée et sans contrepartie centrale, pourraient attirer une nouvelle vague d’investisseurs institutionnels et souverains.
Que faire face à cette tempête macro ?
Pour les investisseurs crypto, plusieurs scénarios se dessinent :
- Attendre la capitulation – Les zones de peur extrême ont historiquement souvent coïncidé avec les points bas majeurs.
- Réduire le levier – L’effondrement de l’open interest montre que le marché se purge de ses positions les plus risquées.
- Surveiller l’or et les taux longs – Tant que l’or continuera de monter et les rendements obligataires de grimper, la pression restera forte sur les actifs risqués.
- Regarder les flux ETF Bitcoin – Les entrées/sorties quotidiennes dans les ETF spot américains restent un excellent indicateur du sentiment institutionnel.
- Préparer un plan d’accumulation progressive – Si Bitcoin casse durablement sous les 65-68k, de nombreux investisseurs stratégiques envisagent d’accumuler par paliers.
Bien sûr, personne ne peut prédire avec certitude si nous sommes face à une simple correction ou au début d’un bear market plus profond. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que les événements macroéconomiques prennent aujourd’hui le pas sur les fondamentaux crypto internes. L’époque où le marché crypto évoluait dans une bulle déconnectée du reste de la finance mondiale semble révolue.
Conclusion : vigilance et sang-froid
Le marché crypto traverse actuellement une phase de grande incertitude. La décision chinoise d’accélérer le désengagement des Treasuries n’est qu’un catalyseur parmi d’autres d’un mouvement bien plus large : la remise en question progressive de la suprématie incontestée du dollar et de la dette américaine.
Pour les passionnés de cryptomonnaies, c’est à la fois une menace à court terme et potentiellement une opportunité historique à moyen et long terme. Car si le système monétaire actuel continue de montrer des signes de faiblesse structurelle, les actifs numériques pourraient bien devenir l’une des rares alternatives crédibles aux yeux d’une nouvelle génération d’investisseurs et même d’États.
En attendant, une seule attitude semble de mise : rester calme, réduire les risques inutiles, surveiller les indicateurs macro avec attention… et se rappeler que, dans le monde de la finance, les plus grandes opportunités naissent souvent au cœur des périodes de peur maximale.
Maintenant que vous avez toutes les clés en main, à vous de jouer. Allez-vous attendre le prochain signal de capitulation ou considérez-vous déjà que le marché a suffisamment corrigé ?









