Une suspension soudaine qui interpelle sur la liberté de la presse
Imaginez une rédaction animée, des journalistes préparant leurs directs, et soudain, les portes se ferment. C’est exactement ce qui est arrivé à Manoto. Lancée en 2010, cette chaîne s’est imposée comme un média incontournable pour la diaspora iranienne et tous ceux qui cherchent une information alternative aux récits officiels de la République islamique.
Le lundi 23 février 2026, la direction a publié un communiqué expliquant cette décision radicale. Les menaces contre la liberté d’expression se multiplient, selon eux, surtout en ce moment où l’Iran traverse une phase particulièrement sensible sur les plans intérieur et régional. Les reportages indépendants dérangent visiblement au plus haut niveau.
Les faits tels qu’ils ont été rapportés par la chaîne
Manoto affirme avoir reçu une information préoccupante via la police antiterroriste britannique. Cette dernière aurait alerté le propriétaire de l’immeuble sur une menace potentielle visant la chaîne et provenant du régime iranien. Face à cela, le bail a été résilié, et l’accès physique aux studios a été bloqué.
Conséquence immédiate : impossible de poursuivre les émissions en direct. La chaîne a donc pris la décision de les suspendre temporairement, le temps de trouver des solutions alternatives. La priorité reste claire : reprendre les directs depuis un endroit sûr et stable dans les délais les plus courts possibles.
Les menaces de la République islamique contre la liberté d’expression – visant à réprimer les reportages indépendants — se sont intensifiées.
Cette phrase extraite du communiqué résume bien le sentiment de la rédaction. Elle pointe du doigt une stratégie délibérée pour faire taire les voix dissidentes, même quand elles s’expriment à des milliers de kilomètres de Téhéran.
Un contexte de pressions répétées sur les médias persans en exil
Ce n’est pas la première fois qu’une chaîne basée à Londres fait face à de telles difficultés. En 2023, une autre télévision persane importante avait dû cesser ses activités pendant sept mois sur recommandation des autorités britanniques. À l’époque, le ministère des Affaires étrangères avait convoqué un diplomate iranien pour protester contre des menaces graves visant des journalistes installés au Royaume-Uni.
Plus récemment, en mars 2024, un reporter de cette même chaîne avait été victime d’une agression au couteau près de son domicile londonien. Ces incidents cumulés montrent un pattern inquiétant : la diaspora médiatique iranienne semble devenir une cible privilégiée.
Manoto, populaire auprès des Iraniens de l’extérieur, diffuse des programmes variés, allant des divertissements aux informations politiques. Son opposition ouverte aux autorités iraniennes en fait un symbole pour beaucoup, mais aussi une source de préoccupation pour le régime.
Les implications pour la liberté d’expression au Royaume-Uni
Le Royaume-Uni se targue d’être un refuge pour la presse libre. Pourtant, cet épisode soulève des questions. Comment un propriétaire peut-il être poussé à expulser un locataire sur la base d’une alerte policière ? Et que fait la police antiterroriste exactement dans ce dossier ? Sollicitée, elle n’a pas donné de réponse immédiate.
Cette affaire illustre les défis auxquels font face les médias exilés. Ils opèrent dans des démocraties qui protègent théoriquement la liberté de parole, mais les pressions extraterritoriales peuvent contourner ces protections. Les menaces physiques ou indirectes deviennent des outils pour limiter l’impact de ces voix critiques.
Pour les téléspectateurs de Manoto, majoritairement issus de la diaspora, cette suspension représente une perte temporaire d’un lien important avec l’actualité non filtrée. Beaucoup suivent ces chaînes pour comprendre ce qui se passe réellement en Iran, loin de la propagande officielle.
Pourquoi cette affaire dépasse le simple incident technique
Il ne s’agit pas seulement d’un bail résilié. C’est un symbole plus large de la guerre informationnelle que mène Téhéran contre ses opposants. En ciblant des médias à l’étranger, le régime cherche à étouffer les récits alternatifs qui circulent via satellite ou internet.
Les Iraniens à l’intérieur du pays subissent déjà des restrictions sévères sur les communications. Les contestations massives de janvier ont été réprimées durement, et les blackouts internet restent monnaie courante. Les médias exilés deviennent alors les seuls canaux pour diffuser des informations non contrôlées.
- Manoto accuse directement le régime d’intensifier ses actions contre la presse indépendante.
- La police britannique a jugé la menace suffisamment crédible pour alerter le propriétaire.
- L’accès aux locaux a été physiquement interdit, forçant l’arrêt des directs.
- La chaîne promet un retour rapide depuis un site sécurisé.
Ces éléments montrent que l’incident n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une série d’événements qui questionnent la capacité des États démocratiques à protéger ceux qui fuient la censure.
Les antécédents qui renforcent l’inquiétude
Depuis plusieurs années, les journalistes iraniens en exil font face à une campagne de harcèlement. Menaces téléphoniques, cyberattaques, surveillance, et parfois agressions physiques : le spectre est large. Londres, hub important pour ces médias, devient paradoxalement un lieu vulnérable.
La popularité de Manoto auprès de la diaspora amplifie l’impact. Des émissions divertissantes aux débats politiques enflammés, la chaîne touche un large public. Perdre temporairement ce lien affecte moralement de nombreux téléspectateurs qui comptent sur elle pour rester informés.
La direction insiste sur son engagement à reprendre au plus vite. Mais combien de temps cela prendra-t-il ? Et à quel prix en termes de sécurité ? Ces questions restent en suspens.
Un appel à la vigilance internationale
Cet événement rappelle que la liberté de la presse n’est jamais acquise. Même dans des pays respectueux des droits humains, des influences étrangères peuvent la fragiliser. Les autorités britanniques ont un rôle clé à jouer pour garantir la protection de ces médias.
Pour l’instant, Manoto continue probablement ses activités en différé ou via d’autres plateformes. Mais l’arrêt des directs marque un précédent préoccupant. Si une chaîne établie depuis plus de quinze ans peut être ainsi mise en difficulté, qu’en est-il des plus petites structures ?
La communauté internationale suit ces développements de près. Toute atteinte à la liberté d’expression, surtout quand elle implique des menaces étatiques, mérite une réaction ferme. En attendant, les équipes de Manoto cherchent des solutions pour revenir à l’antenne.
Ce cas illustre parfaitement les tensions entre souveraineté nationale, sécurité et droits fondamentaux. Il montre aussi la résilience nécessaire pour continuer à informer dans un climat hostile. Espérons que la diffusion reprenne rapidement, sans compromettre la sécurité de quiconque.
En conclusion, cette suspension temporaire n’est pas qu’une anecdote. Elle révèle les mécanismes subtils par lesquels des régimes autoritaires tentent d’étendre leur censure au-delà de leurs frontières. La vigilance reste de mise pour préserver l’espace médiatique libre, partout dans le monde.









