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Manifestation Massives à Berlin pour la Chute du Régime Iranien

Des milliers de personnes ont envahi les abords de la porte de Brandebourg pour crier leur rejet total de la République islamique. Entre drapeaux historiques, bonnets « Free Iran » et témoignages déchirants, la colère monte… mais que demandent réellement ces opposants ?

Imaginez une froide journée d’hiver berlinoise, la porte de Brandebourg dressée fièrement au milieu d’une foule immense, des drapeaux colorés claquant au vent et des milliers de voix qui scandent à l’unisson un seul mot d’ordre : liberté. Ce samedi-là, ce n’est pas une manifestation ordinaire qui se déroule au cœur de la capitale allemande. C’est un cri du cœur lancé par une diaspora iranienne déterminée, venue de toute l’Europe pour exiger la fin d’un régime qu’elle juge oppressif et sanguinaire.

Un rassemblement historique sous le signe de la résistance

Devant l’un des monuments les plus emblématiques d’Europe, plusieurs milliers de personnes – environ 8 000 selon les autorités allemandes – se sont réunies à l’appel d’une organisation d’opposition iranienne en exil. Le lieu n’a rien d’anodin : la porte de Brandebourg symbolise à la fois la division passée de l’Europe et sa réunification. Aujourd’hui, elle devient le décor d’un autre combat pour la réunification d’un peuple avec sa liberté.

Les drapeaux qui flottent au-dessus des têtes ne sont pas ceux que l’on voit habituellement dans les médias lorsqu’il est question d’Iran. Il s’agit du drapeau historique aux trois bandes horizontales verte, blanche et rouge, orné en son centre d’un lion tenant un sabre surmonté d’un soleil rayonnant. Ce symbole, associé à l’époque pré-révolutionnaire de 1979, est devenu l’étendard de nombreux opposants au régime actuel.

Des bonnets ocre et un message clair : Free Iran

Parmi la foule, un détail attire immédiatement l’attention : des milliers de bonnets et d’écharpes de couleur ocre, distribués gratuitement par les organisateurs. Sur chacun d’eux, trois mots simples mais puissants sont brodés en lettres blanches : Free Iran. Ce geste, loin d’être anodin, crée une unité visuelle impressionnante et renforce le sentiment d’appartenance à un même combat.

Ces accessoires ne sont pas seulement décoratifs. Ils incarnent un message que les manifestants souhaitent porter le plus loin possible, jusqu’aux dirigeants du monde entier. Car au-delà de la colère et du deuil, c’est bien d’espoir dont il est question ici.

Maryam Rajavi, une voix qui porte au-delà des frontières

Depuis une estrade, la dirigeante du mouvement d’opposition prend la parole. Son discours, vibrant et déterminé, appelle les responsables politiques internationaux à entendre « l’appel à la liberté du peuple iranien ». Elle incarne pour beaucoup la figure de proue de cette résistance organisée en exil.

Les dirigeants du monde entier doivent écouter l’appel à la liberté du peuple iranien.

Dirigeante de l’opposition en exil

Ces mots résonnent particulièrement fort dans un contexte où la répression sanglante de manifestations récentes en Iran reste dans tous les esprits. Les images de jeunes gens abattus dans les rues, les arrestations massives et les exécutions continuent de hanter la diaspora.

Des parcours de vie marqués par l’exil et la perte

Parmi les manifestants, beaucoup ont fui l’Iran il y a des décennies, d’autres sont arrivés plus récemment. Leurs histoires se croisent et se complètent, formant un tableau complexe de la diaspora iranienne contemporaine.

Samin Sabet, 40 ans, travaille aujourd’hui dans un hôtel à Heidelberg. Arrivée en Allemagne il y a seulement un an, elle porte un regard lucide sur la situation politique de son pays d’origine. Elle ne veut plus entendre parler de dictature, qu’elle vienne des mollahs ou d’une éventuelle restauration monarchique.

Nous ne voulons plus de dictature, ni de monarchie. Ce que nous voulons, ce sont des élections libres en Iran.

Samin Sabet, manifestante

À ses côtés, ou plutôt venu de Suède pour l’occasion, Iraj Abedini, psychologue de 61 ans, a quitté l’Iran il y a quarante ans. Son témoignage est plus douloureux encore : il a perdu deux neveux lors des manifestations qui ont secoué Ispahan en janvier. Pour lui, être présent à Berlin est une façon de transformer le deuil en action.

Un message clair : ni mollahs, ni chah

Ce qui frappe dans les discours et les pancartes, c’est la double rupture affichée. Les manifestants rejettent aussi bien le régime religieux actuel que toute tentative de retour à la monarchie d’avant 1979. Cette position cherche à se démarquer des autres courants d’opposition, parfois accusés de nostalgie ou de compromission.

Le slogan répété tout au long de la journée résume cette volonté d’une troisième voie : ni dictature des mollahs, ni dictature du chah. Une affirmation qui vise à incarner une alternative démocratique et laïque.

Le poids d’un passé controversé

Le mouvement qui organisait cette manifestation n’est pas exempt de critiques, même au sein de l’opposition iranienne. Son soutien passé à Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988) reste une source de division profonde. Beaucoup d’Iraniens, même opposants au régime actuel, conservent une méfiance envers ce groupe en raison de cette page sombre de son histoire.

Cette controverse n’empêche pas des milliers de personnes de se rassembler sous sa bannière lorsque l’objectif affiché est la chute du régime en place. La colère face à la répression récente semble, pour beaucoup, primer sur les divergences historiques.

Que peut attendre le peuple iranien des négociations internationales ?

La veille de cette grande manifestation à Berlin, des discussions entre l’Iran et les États-Unis se sont tenues à Oman. Pour de nombreux manifestants, ces pourparlers ne sont qu’une nouvelle tentative du régime de gagner du temps et de consolider son pouvoir.

Iraj Abedini exprime sans détour son scepticisme : selon lui, les négociations internationales ne mènent nulle part et ne bénéficient qu’au régime. Il estime même que certains gouvernements occidentaux ont d’autres priorités et ne soutiennent pas réellement la population iranienne dans son aspiration à la liberté.

Le régime iranien tente d’utiliser la négociation pour rester au pouvoir. Et le gouvernement américain, qui a d’autres plans, ne soutient pas le peuple iranien.

Iraj Abedini, manifestant

Cette méfiance envers les tractations diplomatiques est largement partagée dans la foule. Beaucoup craignent que les grandes puissances privilégient la stabilité régionale à la démocratie en Iran.

Un cri d’espoir au cœur de l’Europe

Ce rassemblement berlinois ne se limite pas à une protestation contre le régime de Téhéran. Il est aussi une démonstration de force et de solidarité de toute une diaspora. Des Iraniens venus de Suède, de France, d’Autriche, des Pays-Bas ou d’Allemagne se retrouvent autour d’une même aspiration : vivre un jour dans une Iran libre et démocratique.

Dans une Europe parfois accusée d’indifférence face aux violations des droits humains en Iran, cette mobilisation massive rappelle que la question iranienne reste bien vivante sur le continent. Elle interroge aussi les capitales européennes sur leur position réelle face à un régime régulièrement accusé de réprimer dans le sang toute contestation.

Des symboles forts pour un combat qui dure depuis des décennies

Le choix des symboles n’est jamais anodin dans ce type de mobilisation. Le retour du drapeau pré-révolutionnaire, le lion et soleil, les bonnets ocre « Free Iran »… tous ces éléments construisent une identité visuelle forte et immédiatement reconnaissable pour ceux qui suivent la cause iranienne depuis l’étranger.

Ces symboles permettent aussi de se démarquer des manifestations pro-régime parfois organisées dans certaines capitales européennes par des soutiens du pouvoir en place. Ici, pas d’ambiguïté possible sur le message : le régime doit partir.

Et maintenant ? Vers une mobilisation plus large ?

Si ce rassemblement à Berlin a permis de donner de la visibilité à la cause, la question qui se pose désormais est celle de la suite. Comment transformer cette colère exprimée dans les rues européennes en pression réelle sur le régime ? Comment maintenir l’unité face aux divisions historiques de l’opposition ?

Pour beaucoup de participants, cette journée n’est qu’une étape. Ils savent que le chemin sera long, que les obstacles sont nombreux et que le prix à payer a déjà été très lourd. Mais ils refusent de baisser les bras.

En rentrant chez eux, dans leurs villes d’exil, ils emportent avec eux les images de cette foule immense, les chants, les drapeaux, les témoignages. Autant de carburants pour continuer le combat, jour après jour, jusqu’à ce que, peut-être un jour, ces mots scandés à Berlin deviennent réalité en Iran : liberté.

Ce samedi à Berlin n’était pas seulement une manifestation. C’était un rappel puissant que, malgré la répression, malgré l’exil, malgré les années qui passent, une partie du peuple iranien n’a pas renoncé à son rêve d’une vie libre dans son pays.

Et tant que ce rêve vivra dans le cœur de milliers d’hommes et de femmes, il continuera de résonner, ici et là, dans les rues de Berlin, de Paris, de Londres, de Stockholm… et, qui sait, un jour peut-être, à Téhéran.

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