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Manifestation Massive à Paris pour Gaza : 50 000 Voix Contre l’Oubli

Samedi, Paris a vibré au rythme de 50 000 voix criant « Gaza, Paris est avec toi ». Sept semaines après un cessez-le-feu présenté comme une victoire, la rue française dénonce une trêve en trompe-l’œil et un génocide qui, selon les manifestants, se poursuit en silence. Mais derrière les slogans, que reste-t-il vraiment de cette fragile accalmie ?

Le bitume de Paris résonne encore. Samedi après-midi, des dizaines de milliers de personnes ont convergé vers la place de la République, puis remonté les grands boulevards au cri de « Gaza, Gaza, Paris est avec toi ». Une marée humaine, drapeaux palestiniens au vent, pancartes brandies haut : le message est clair, sept semaines après un cessez-le-feu censé apaiser les esprits, rien n’est réglé.

Une mobilisation d’ampleur dans la capitale

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, même s’ils divergent comme souvent. Les organisateurs revendiquent 50 000 participants, quand la préfecture de police en compte 8 400. Peu importe le nombre exact : la foule était dense, déterminée, bruyante. Des familles entières, des étudiants, des retraités, des militants de longue date et des citoyens venus pour la première fois. Tous unis par une même indignation.

Les slogans fusent : « De Paris à Gaza, résistance ! », « Palestine, on ne nous fera pas taire », « Gaza, silence on tue ». Certains portent des keffiehs, d’autres des pancartes artisanales où l’on peut lire « Stop génocide ». L’ambiance oscille entre colère contenue et espoir tenace.

Un cessez-le-feu en trompe-l’œil

Le 10 octobre dernier, un accord arraché sous pression américaine était présenté comme une avancée majeure. L’armée israélienne acceptait de se replier au-delà d’une « ligne jaune » à l’intérieur même de la bande de Gaza. En réalité, cela signifie qu’Israël conserve encore le contrôle de plus de la moitié du territoire. Pour beaucoup, c’est une occupation déguisée.

Sur le terrain, la situation reste dramatique. L’aide humanitaire entre au compte-gouttes, quand elle entre. Les infrastructures continuent d’être détruites. Les hôpitaux, déjà à l’agonie, peinent à fonctionner. Et chaque jour apporte son lot d’accusations croisées de violation de la trêve.

« Le cessez-le-feu est un écran de fumée. Israël le viole tous les jours, empêche l’aide de rentrer et continue de détruire maisons et infrastructures. »

Anne Tuaillon, présidente de l’Association France Palestine Solidarité

Ce constat, partagé par de nombreuses ONG présentes dans le cortège, explique la colère. Quatre-vingts organisations, syndicats et partis politiques avaient appelé à manifester. Un rassemblement rare par son ampleur et sa diversité.

La Cisjordanie, l’autre front oublié

À Paris, on ne parle pas que de Gaza. La situation en Cisjordanie occupée revient sans cesse dans les discussions. L’accélération de la colonisation y est dénoncée comme jamais. Les violences de colons atteignent, selon les manifestants, des niveaux inédits.

Jeudi, deux Palestiniens ont été tués lors d’une opération conjointe police-armée israélienne à Jénine. Les images, largement diffusées, choquent. L’ONU a réclamé une enquête pour « apparente exécution sommaire ». Pour beaucoup dans le cortège, ces morts illustrent que la violence n’a pas pris de pause, même pendant la trêve.

Bertrand, technicien informatique de 42 ans croisé dans la manifestation, ne décolère pas :

« Le massacre continue. Les vidéos de Jénine parlent d’elles-mêmes. Sans sanctions réelles, rien ne changera. »

Des figures politiques dans le cortège

Plusieurs personnalités de gauche ont rejoint la marche. Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, était visible parmi les premiers rangs. Sa présence, comme celle d’autres élus, montre que le sujet dépasse largement les cercles militants traditionnels et s’invite dans le débat politique national.

Cette mobilisation intervient dans un contexte français particulier. Depuis deux ans, les rassemblements pro-palestiniens ont parfois été interdits ou très encadrés. Cette fois, la préfecture a autorisé le défilé, mais sous haute surveillance policière.

Pourquoi la rue reste le dernier recours

Pour beaucoup de manifestants, venir défiler est devenu l’ultime moyen d’agir. Saleha, 72 ans, drapeau palestinien sur les épaules et béret vissé sur la tête, résume le sentiment général :

« Toute l’humanité regarde et ne peut rien faire. C’est une impunité totale. La seule chose qui nous reste, c’est la mobilisation. »

Dans la foule, on parle boycott, on parle sanctions, on parle reconnaissance d’un État palestinien. On parle surtout d’une frustration immense face à l’inaction internationale. Deux ans après le début de cette guerre déclenchée le 7 octobre 2023, l’impression que plus rien ne bouge domine.

Et pourtant, ce samedi-là, Paris a prouvé que la solidarité, elle, ne faiblit pas. Des milliers de voix se sont élevées ensemble pour rappeler qu’on ne tourne pas la page aussi facilement. Que derrière les communiqués lisses et les accords fragiles, une population continue de souffrir.

En repartant, beaucoup ont promis de revenir. Tant que le cessez-le-feu restera une parenthèse, tant que l’aide n’arrivera pas en quantité suffisante, tant que la colonisation s’étendra, la rue restera leur tribune. Et Paris, comme d’autres capitales, continuera d’entendre résonner ce cri : Gaza n’est pas seule.

À retenir :

  • 50 000 personnes selon les organisateurs, 8 400 selon la police – une mobilisation rare
  • Exigence d’un cessez-le-feu définitif et de sanctions internationales
  • Dénonciation de la poursuite de la colonisation en Cisjordanie
  • Présence de figures politiques et d’une centaine d’organisations
  • Un sentiment partagé : l’impuissance face à l’inaction mondiale

Ce rassemblement n’est pas un épiphénomène. Il s’inscrit dans une longue histoire de solidarité française avec la cause palestinienne, ranimée à chaque nouvelle escalade. Et alors que l’hiver approche et que les besoins humanitaires explosent à Gaza, une question demeure : jusqu’à quand la communauté internationale fermera-t-elle les yeux ?

La réponse, pour l’instant, semble se trouver dans la rue. À Paris comme ailleurs.

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