Dimanche après-midi, la Puerta del Sol et les rues adjacentes de Madrid ont pris des airs de volcan prêt à exploser. Des dizaines de milliers de drapeaux espagnols flottent, les slogans fusent, les visages sont tendus. Au milieu de cette marée humaine, un seul nom revient en boucle : Pedro Sánchez. Et un seul mot d’ordre : démission.
Une Espagne au bord de la rupture politique
Ce n’est pas une simple manifestation d’opposition. C’est un cri de ras-le-bol qui monte depuis des mois et qui a fini par déborder dans les rues de la capitale. Le Parti populaire (PP), principale formation de droite, a réussi à fédérer bien au-delà de son électorat traditionnel. Retraités, étudiants, familles entières, classes moyennes asphyxiées par l’inflation… Tous étaient là.
La préfecture a compté 40 000 personnes. Les organisateurs en annoncent le double. Peu importe le chiffre exact : l’image est forte et l’onde de choc politique, immédiate.
Le timing n’est pas dû au hasard
Cette mobilisation arrive au pire moment pour le gouvernement socialiste. En l’espace de quelques jours seulement, Pedro Sánchez a encaissé deux coups extrêmement durs :
- La condamnation du procureur général de l’État – qu’il avait défendu bec et ongles – pour divulgation de secret professionnel.
- Le placement en détention provisoire de José Luis Ábalos, son ancien ministre des Transports et ancien numéro deux du PSOE, dans une vaste affaire de corruption liée aux masques pendant la pandémie.
À ces deux dossiers déjà explosifs s’ajoutent les enquêtes visant l’épouse du président, Begoña Gómez, pour trafic d’influence présumé, et son frère David Sánchez pour malversation et trafic d’influence également.
« Le sanchisme est en prison et doit être chassé du gouvernement »
Alberto Núñez Feijóo, président du Parti populaire
Les figures de l’opposition en première ligne
Sur l’estrade, on retrouve tout le gratin de la droite espagnole. Alberto Núñez Feijóo, leader du PP, a pris la parole avec une fermeté rare. À ses côtés, Isabel Díaz Ayuso, présidente de la Communauté de Madrid, véritable star des conservateurs, a enflammé la foule en parlant d’un « projet totalitaire » et d’une « mafia » au pouvoir.
Même l’ancien président du gouvernement Mariano Rajoy, d’ordinaire discret depuis sa chute en 2018, était présent dans les rangs. Un symbole fort.
Le maire de Madrid, José Luis Martínez-Almeida, complétait ce casting cinq étoiles de l’opposition. Tous unis autour d’un même message : l’Espagne ne peut plus attendre 2027 pour changer de gouvernement.
Ce que disent les manifestants
Dans la foule, les motivations se mêlent. Il y a bien sûr la colère contre les affaires judiciaires qui s’accumulent autour du clan Sánchez. Mais il y a aussi une lassitude plus profonde.
Daniel, étudiant de 18 ans venu avec son père, résume bien le sentiment général : « Les prix augmentent sans arrêt, le logement est devenu inaccessible, et pendant ce temps le gouvernement est englué dans les scandales. On n’en peut plus. »
Marcelle, 78 ans, retraitée qui se dit « apolitique » mais « anti-mensonges », n’avait manifesté qu’une seule fois dans sa vie auparavant. Elle est venue cette fois « parce que c’est trop ». Pour elle, la solution est simple : « Des élections, maintenant. »
Le « sanchisme » : un concept qui fait mouche
Le terme « sanchisme » est devenu l’arme rhétorique préféré de l’opposition. Il désigne à la manière dont Pedro Sánchez se maintient au pouvoir : alliances controversées avec les indépendantistes catalans et basques, amnistie des leaders du procés, et surtout, selon ses détracteurs, une tolérance voire une implication dans des pratiques douteuses.
Pour Feijóo, « la corruption est leur système, leur mécanisme, leur façon de prendre et de garder le pouvoir ». Un discours qui résonne particulièrement quand on voit l’ancien bras droit du président du gouvernement derrière les barreaux.
Pedro Sánchez : un président assiégé mais combatif
De son côté, le président du gouvernement refuse catégoriquement de démissionner. Il a présenté plusieurs fois ses excuses aux Espagnols pour les affaires touchant son entourage, tout en jurant qu’il ira jusqu’au bout de la législature en 2027.
Ses soutiens dénoncent une campagne orchestrée par la droite et l’extrême droite pour le déstabiliser via des procédures judiciaires qu’ils qualifient de « lawfare » (guerre juridique).
Mais chaque nouvelle révélation fragilise un peu plus sa position. Et la rue, elle, ne décolère pas.
Vers des élections anticipées ?
C’est la grande question qui plane désormais sur la politique espagnole. Pedro Sánchez dirige un gouvernement minoritaire qui dépend des voix des partis régionalistes et de l’extrême gauche. Un seul retrait de soutien pourrait provoquer sa chute.
Le PP, fort de sa victoire aux européennes et de sa première place dans presque toutes les régions, se sent pousser des ailes. Feijóo répète à l’envi qu’il est prêt à prendre les rênes du pays dès demain matin.
Mais pour l’instant, Sánchez tient bon. La question est de savoir combien de temps encore.
Un pays profondément divisé
Cette manifestation a aussi révélé à quel point l’Espagne reste coupée en deux. D’un côté, ceux qui voient en ont assez et descendent dans la rue. De l’autre, ceux qui, bien que critiques, refusent de manifester aux côtés de Vox et du PP.
Le fossé est profond. Et il risque de s’élargir encore dans les prochains mois.
Ce qui s’est passé dimanche à Madrid n’est probablement qu’un début. La pression monte, les dossiers s’accumulent, et la patience des Espagnols semble arrivée à son terme.
La suite politique de cette journée historique reste à écrire. Mais une chose est sûre : Pedro Sánchez n’a jamais été aussi près du précipice.
Restez connectés. Les prochaines semaines s’annoncent explosives en Espagne.









